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« Au Mali, l’armée torture et tue parfois, des soldats français l’ont vu faire », c’est le titre d’un article sulfureux de l’AFP (GAO-Mali -AFP – 17.02.2013 – Par Marc BASTIAN) qui accuse l’armée malienne d’exactions et de représailles contre des arabes et touareg, assimilés à des Jihadistes ou soupçonnés de les soutenir du temps de l’occupation. Le Républicain a fait réagir l’armée malienne et un responsable d’organisation de défense des droits de l’homme au Mali.

Depuis le début de la guerre en janvier, notre armée entièrement soutenue par l’ensemble des Maliens, continuent son avancée, appuyée par l’armée française pour la libération totale du pays. Les forces alliées pour notre libération ont anéanti à cet effet, des centaines de Jihadistes terroristes et leurs alliés du MUJAO, de Ansar Dine, d’Aqmi et de Boko haram, selon nos informations. Ce faisant, certaines organisations de défense des droits de l’homme comme la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), Amnesty international et Human Rights Watch, ainsi que des leaders de communautés arabes et touareg ont de leur côté relevé des exactions, des représailles de l’armée malienne contre des personnes assimilées aux Jihadistes ou soupçonnées d’être leurs soutiens. Dans le même ordre d’idées, un article de l’AFP du 17 février reproche à l’armée malienne des de recourir « régulièrement à la torture et au meurtre contre les suspects de soutien aux groupes islamistes armés au temps de leur domination ». Le journaliste de l’AFP cite comme sources des médecins et militaires maliens, ainsi que des soldats français.

« L’ampleur du phénomène reste difficilement quantifiable: s’agit-il d’une stratégie de contre-insurrection dans une région plus favorable aux islamistes qu’ailleurs au Mali, ou de dérapages d’esprits échauffés? Le colonel Saliou Maïga dirige la gendarmerie de Gao, à 1.200 km au nord-est de Bamako. Il a recensé plusieurs cas de torture et penche pour la deuxième hypothèse: «les soldats, s’ils ne sont pas contrôlés par leurs chefs, peuvent faire n’importe quoi», peut-on lire. Plusieurs militaires ont ainsi tiré sur des personnes désarmées passant à proximité lors d’affrontements avec un petit groupe de jihadistes, le 10 février dans le centre de Gao, a constaté un journaliste de l’AFP. Des militaires maliens et français estiment que les victimes civiles ce jour-là (au moins trois morts et 15 blessés) étaient «essentiellement» dues à l’armée malienne. Ces deux ethnies sont surnommées «peaux blanches» par la population noire majoritaire, qui les accuse souvent d’être «tous des terroristes» et mène aussi, par endroits, des représailles ethniques sans discrimination, indique l’AFP.

Les ONG parlent de «graves abus», dont des meurtres, dans et autour de la ville de Niono (ouest), d’»une série d’exécutions sommaires» près de Mopti et Sévaré (centre), où sont également rapportées des «violences sexuelles contre des femmes», et dans d’autres localités dans «les zones d’affrontements». Selon l’article, un journaliste de l’AFP a pu voir quatre «peaux blanches», à Gao et Tombouctou, à 900 km au nord-est de Bamako, portant des traces de torture: brûlures de cigarettes, à l’électricité, à l’acide, os brisés, marques de coups et de strangulation, balles dans le corps, violences sexuelles. Il ajoute : « A Tombouctou, des journalistes de l’agence américaine Associated Press (AP) ont également affirmé avoir découvert deux Arabes enterrés dans le sable, près de la ville. La famille de l’un d’eux a expliqué que la victime avait été arrêtée par les forces maliennes deux semaines auparavant. Plus de nouvelles ensuite, jusqu’à la découverte de son cadavre. Depuis, des soldats maliens sont venus plusieurs fois voir les journalistes d’AP, selon une source militaire française et un journaliste sur place. Pas de menaces physiques, selon ces sources, mais une insistante pression psychologique. L’agence n’a pas souhaité s’exprimer. A Gao et Tombouctou, des soldats français ayant vu agir leurs homologues maliens confient leur écœurement ».

La CPI mieux indiquée

Contacté, le Lieutenant –Colonel Diarran Koné, chargé de mission au ministère de la Défense et des Anciens combattants s’inscrit en faux contre de telles accusations. Pour lui, ce n’est que « des affabulations des journalistes, un montage en vue de rallier à leur cause tous les arabes et les touareg qui ont la peau blanche et qui ne sont pas avec les occupants. Ils cherchent à recruter des habitants en parlant de peaux blanches. Nous sommes entrain de prendre certains Jihadistes, en ce moment ils misent sur la communication pour faire adhérer tous les habitants à leur cause». Selon le Lieutenant-Colonel Diarran Koné, si racisme et discrimination, il y a, ce sont eux qui veulent le créer, « sinon l’armée malienne a dans ses rangs, des arabes, des touareg qui sont en train de les combattre. Le Colonel Major El hadj Gamou est un exemple, ainsi que Ould Meidou qui est au Cabinet du ministère de la défense », selon le Lieutenant Colonel Diarran Koné. Toutefois, une commission d’enquêtes a été mise en place et travaille sur le terrain, de même, la Cour pénale internationale demeure saisie. « Tous les cas d’exaction ou de représailles avérés seront sanctionnés conformément à la loi ».

Absent du Mali, le Directeur exécutif d’Amnesty International-Mali, Saloum D. Traoré n’a pu être contacté. Cependant un responsable d’organisation de défense des droits de l’homme, présentement tenu par le devoir de réserve indique que la situation est très délicate, car il y a une sorte de confusion. « En tant que défenseur des droits de l’homme, je ne peux pas nier les faits. Mais aussi, on ne peut pas s’aventurer à dire que c’est vrai ». Selon lui il est préférable de se fier à la CPI qui est en train de travailler, conformément à un accord signé avec le ministère de la justice. Il y a aussi la commission africaine des droits de l’homme et des peuples de l’Union africaine qui ont mandat pour apprécier la situation. La résolution 2085 du Conseil de sécurité prévoit dans les missions de la Misma, des observateurs qui relèvent de l’Union africaine, a conclu notre interlocuteur qui a demandé l’anonymat.

B. Daou

Le Républicain du 19 Février 2013