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alcool1.jpgL’alcoolisme, c’est une maladie où le malade est le seul à en souffrir, à souffrir aussi du mépris, de la pitié, de la complaisance ou de la condescendance de son entourage et de la société qui le culpabilisent, sans compter les crises de conscience de l’alcoolique lui-même.

Cette définition est tirée du témoignage même d’un ancien alcoolique. C’est dire que nul ne peut mesurer l’ampleur des ravages de l’alcool plus que celui qui les a vécus et est parvenu à s’en sortir.

En prendre conscience

Silence, on boit !”. Ce titre quelque peu intrigant, mais évocateur, est l’ouvrage d’un prêtre, abbé et ancien alcoolique, aujourd’hui repenti. Pour rappel, ce natif de Mandiakoui (cercle de San) avait exposé son oeuvre, un samedi 18 Mai 2002, au Centre Djoliba, en présence de ses corréligionnaires de l’Eglise catholique et d’invités de marque.

Rappelons aussi qu’à l’époque, l’auteur dudit ouvrage, qui n’était autre que l’Abbé Joseph Tanden, était aussi le secrétaire général de la Conférence Episcopale du Mali (CEM).

Tanden a cessé de boire un certain 8 Novembre 1992 à Paris -il y a donc plus de 15 ans-, suite à d’heureuses circonstances qui le mettaient en contact direct avec des “malades de la bouteille”. Des circonstances qui avaient fini par l’amener à prendre conscience de son état d’alcoolique.

Compte tenu de son statut d’homme d’Eglise, son témoignage était un acte courageux et sensibilisateur, tant il était difficile et pénible, pour un ex-alcoolique, de parler de lui même en évoquant ce phénomène qui, après avoir affecté sa famille et son entourage, finit par détruire celui qui s’y adonne.

Aussi, l’Abbé Joseph Tanden peut être qualifié de “Moïse sauvé des eaux”, tant un alcoolique s’en sort rarement. C’est pourquoi, dans son exposé, l’Abbé a souhaité que sa triste expérience soit utile aux autres, en particulier l’alcoolique.
“…Je prends le risque de n’exposer que dans le souci de construire, d’aider et de continuer à me soigner, sans blesser ni humilier l’Eglise…”, avait-il confié.

Un phénomène issu des moeurs?

Un citoyen de l’ethnie bobo (bwa) affirmait : “Chez nous, les bébés trouvent l’alcool dans leur biberon. Il n’est donc pas rare de voir des femmes boire et faire boire leurs enfants”. Le cas n’est pourtant pas coutumier de la seule ethnie bwa. Tant au Mali que dans d’autres pays, l’alcool fait partie intégrante des habitudes communautaires et sociales : on en use traditionnellement lors des fêtes, cérémonies, rites, et même dans les occasions ordinaires.

Joseph Tanden est de l’ethnie bobo. Très jeune, il avait succombé à l’emprise de l’alcool. De son point de vue, relater sa propre expérience ne signifie pas faire de la délation, ni concevoir une mauvaise image de son ethnie. Il s’agissait plutôt de mettre en exergue les dangers de l’alcoolisme.

C’est que l’Abbé Joseph n’avait guère pu échapper au phénomène, car, très tôt, il avait été contraint d’être en contact direct avec cette boisson prisée par son ethnie: le dolo (bière de mil). En effet, sa mère le praparait à chaque jour de foire. Ainsi, après le dolo, Joseph connaîtra aussi la bière et le whisky. Car, comme dirait l’autre, “l’appétit vient en mangeant”.

“Silence, on boit !”

Selon son auteur, le titre de cet ouvrage signifie que l’alcoolisme n’épargne aucun milieu, et que ce n’est pas dans le bruit que l’on peut aider un alcoolique. Et qu’il ne sert à rien de rappeler à un alcoolique qu’il boit. Aussi, pour l’en sortir, c’est parfois “dans un silence de douleur”, conseillait Joseph Tanden.

L’auteur de “Silence, on boit !” Ignore lui-même comment il avait pu passer de l’état de buveur simple, occasionnel ou convivial à celui de buveur excessif. Selon lui, “l’alcool est un piège dans lequel on peut être pris à son insu”.

Aussi, il est extrêmement important, pour l’alcoolique, de s’imprégner de ce témoignage de l’Abbé Tanden : ”...A un moment, j’ai constaté qu’un ordre nouveau s’est opéré dans mon rapport avec l’alcool… A certaines heures, il me fallait impérativement ma bouteille de bière. Moi qui, autrefois, ne buvais que quand j’ai soif, je commençais à boire sans avoir soif. Pourtant, la quantité que je consommais quotidiennement avait augmenté. Et chaque fois que les effets de l’alcool s’estompaient, je commençais à déprimer. Je m’enfermais alors de plus en plus dans ma chambre pour boire encore, pour nier en quelque sorte ma situation. Ainsi, j’étais obligé de boire constamment, pour pouvoir affronter le quotidien...”

Un cycle infernal

Ce douloureux témoignage de l’Abbé Tanden constitue un vrai avertissement : la consommation excessive d’alcool, de stupéfiant ou autre excitant mène droit à la ruine de celui qui s’y livre. Mieux, le meilleur moyen d’éviter l’alcool, c’est… de ne pas en goûter, car l’adage est bien réel qui affirme que ”qui a bu boira”.

Pour remédier à cette grave maladie, l’auteur de “Silence, on boit !” met l’accent sur la “cure de désintoxication” qui lui avait permis de rompre avec ce cycle infernal. Dans les centres de cure, les soins consistent à soigner les deux dépendances physiques et psychologiques du malade.

Le processus, qui est long, a pour but de faire du malade un buveur abstinent, c’est-à-dire quelqu’un qui accepte son état ou qui a déjà rompu avec l’alcool. Mais pour autant, ce long pprocessus n’est pas une fin en soi : il faut une volonté à toute épreuve.

Aussi, Joseph Tanden précise que pour être véritablement guéri de son mal, l’alcoolique doit prendre la décision d’arrêter de boire. Cette décision est d’autant plus capitale que l’alcoolique est seul à la prendre et à l’appliquer, car ni la menace, ni le chantage ne peuvent contraindre un alcoolique à arrêter de boire.

C’est pourquoi un vieil homme nous confiait ce trait d’esprit très familier dans notre société : “Lorsque ton ennemi devient l’esclave de l’alcool ou de tout autre stupéfiant, c’est comme s’il a décidé de se détruire lui-même, ou de devenir son propre ennemi. Alors, n’entreprends rien de plus contre lui”.

Oumar DIAWARA – Soir de Bamako

12 Février 2008.