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« Les espoirs de satisfaction de nos doléances sont minces »

Pour le secrétaire général de la Section syndicale du ministère des Finances, Alassane D. Cissé, la grève projetée au ministère des Finances a de fortes chances d’avoir lieu car la partie gouvernementale paraît peu encline à mettre fin à la discrimination qui frappe les agents d’un même département.

Tout en admettant la nécessité d’assurer le service minimum, il rejette toute autre forme de réquisition et déplore que c’est la première fois, depuis l’indépendance, que le ministère des Finances seul grève. Entretien.

Les Echos : Quelles sont les raisons qui expliquent le dépôt de votre préavis de grève pour les 18 et 19 décembre 2008 ?

Alassane D. Cissé : Elles sont simples. Il s’agit de répondre et réparer une situation de disparité du régime d’intéressement existant au niveau du ministère des Finances. Les agents des services d’assiette de recouvrement et de gestion des fonds publics bénéficient, outre les traitements indiciaires, d’autres avantages qui sont le bénéfice du fonds commun, des pénalités, des ristournes et de la prime de rendement. Tandis que les services affectés à la conception, à la régulation et au contrôle du budget ne bénéficient de rien à ce titre. Est-ce à dire que la maîtrise de la dépense publique n’est plus une fonction rentable ? Nous pensons que non. On a beau faire des recettes si les dépenses auxquelles ces recettes sont affectées ne sont pas maîtrisées, il y aura toujours un impact négatif sur l’exécution du budget.

Les Echos : Quels sont les points de votre préavis de grève ?

A. D. C. : Le préavis de grève comporte 3 points : l’octroi de la prime de rendement au taux de 18 % du traitement indiciaire ou du salaire de base à l’ensemble des agents des services de la dépense, l’octroi d’une prime spéciale de fonction à l’ensemble de ces mêmes agents, l’attribution d’un local à la section syndicale et à la Mutuelle des finances.

Les Echos : A combien évaluez-vous l’incidence financière de vos doléances pour le budget d’Etat ?

A. D. C. : L’incidence financière est de 1,1 milliard par an pour 15 services totalisant 800 agents. Ce montant est largement en dessous des exonérations que le gouvernement accorde à des opérateurs économiques. Ce n’est pas la mer à boire. Et nous savons de quoi nous parlons.

Les Echos :Quel est le point d’avancement des négociations ?

A. D. C. : Les négociations continuent. Nous tenons à faire aboutir nos revendications et la grève ne peut être que le dernier recours. Mais il faut dire que les espoirs d’un dénouement heureux de la situation sont minces. Depuis dix jours que les négociations ont commencé, le département n’a fait aucune proposition concrète allant dans le sens d’un apaisement. Sur les 13 points, nous avons choisi trois. Et ils nous tiennent à cœur.


Les Echos : Confirmez-vous que la grève aura lieu ?

A. D. C. : Tout dépendra de l’issue des négociations. Elles ne sont pas encore ni bouclées ni rompues. Nous sommes prêts à négocier jusqu’à mercredi à 23 h 59.

Les Echos : Quel peut être l’impact de la grève des services financiers dans le pays ?

A. D. C. : L’incidence est difficilement évaluable en termes financiers. Mais au cas où la grève a lieu, des mandats seront retenus, l’administration sera paralysée et du fait de l’action transversale du ministre des Finances dans d’autres structures départementales, celles-ci seront aussi touchées. De l’indépendance à ce jour, il n’y a jamais eu de grève sectorielle au niveau du ministère des Finances.

Les Echos : Croyez-vous en la réussite du mot d’ordre ?

A. D. C. : Les gens sont intéressés et conscients de l’enjeu. Tous nos services de l’intérieur sont mobilisés et ils sont informés en temps réel de l’évolution de la situation.

Les Echos : En cas de grève, le service minimum sera-t-il assuré ?

A. D. C. : Le service minimum est prévu par les dispositions réglementaires. Nous ne pouvons pas nous y opposer. Mais, nous n’accepterons pas les réquisitions abusives.

Propos recueillis par

Mohamed Dao

17 Décembre 2008