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cesaire1.jpgIl y a un peu plus de quatre ans (27-29 juin 2003), l’Afrique et les Amériques rendaient hommage à Aimé Césaire pour ses quatre vingt dix ans. Pour reconnaître unanimement la justesse de son combat, la conviction avec laquelle il l’a mené jusqu’au bout et parce qu’aussi, au delà des Antilles et du « nègre« , il l’étendait à tous ceux qu’on a tenté de « chosifier« . Ce combat il le résumait en ces termes : « je suis un Martiniquais, un Africain transplanté. Mais je suis avant tout un homme. Et un homme qui veut quoi ? L’accomplissement de l’humanité en l’homme« .

Sa disparition ne peut laisser indifférent, car s’il a défendu comme « un lion blessé » le peuple noir opprimé à travers les siècles, il n’a jamais encouragé la haine que certains voulaient entre les opprimés et leurs oppresseurs.

Il a d’ailleurs été le premier à avoir dépassé ce stade en exigeant qu’on ne fasse point de lui cet homme de haine pour qui il n’a que haine. Il ne professait qu’une chose : l’égalité entre les hommes.

La mort n’enlèvera presque rien à la gloire du chantre de la négritude. Si comme il aimait le dire, de sa lointaine île, il connaissait peu de l’Afrique, les Africains eux connaissent, grâce à son œuvre, tout ou presque des Antilles et de la diaspora noire.

Une des raisons qui explique qu’on le connaît et l’admire plus que Senghor l’Africain. Aimé Césaire a tenu son discours à l’intérieur d’une situation : la condition du dominé. D’où l’universalité de son combat. Il s’adressait autant à l’Africain qu’à l’Antillais. Il avait le sentiment tragique de l’histoire.

Son œuvre et sa personne sont bien perçues chez les étudiants africains qui aiment d’ailleurs l’opposer à Léopold Sédar Senghor. Senghor n’a pas connu la déportation, il est né sur la terre africaine, y a vécu sa jeunesse et connu à travers contes et légendes les valeurs africaines qu’il a en retour toujours magnifiées dans sa poésie.

Aimé Césaire était lui un homme violemment arraché à sa terre, qui a subi toutes les brimades et à qui on a voulu tout enlever, même son identité. Ce qui en a fait un révolté et c’est cette attitude qui le rapproche beaucoup de la jeunesse africaine.

« Le cahier d’un retour au pays natal » est de toute son immense œuvre le livre le plus lu. Celui-ci est même une sorte de bréviaire pour les élèves et étudiants africains. Certains passages de ce très long poème tels « la prière virile du poète » sont étudiés chez nous au lycée et même au 2è cycle fondamental.

La négritude a-t-elle eu un impact sur les consciences noires ?

Pour le professeur de lettres Cheickné Danthioko, chef du DER lettres de la Flash, c’est incontestable : la négritude de Césaire n’est pas dépassée et elle ne le sera jamais. N’est-elle pas la reconnaissance de soi, de sa culture et de ses valeurs ?

Elle est et restera d’actualité parce qu’elle est une forme de lutte contre l’assimilation. Cheickné Danthioko assure qu’elle est même plus que jamais nécessaire aujourd’hui pour guider la jeunesse africaine ballottée entre une multitude de cultures.

Le conteur, le chroniqueur et le généalogiste qui véhiculaient nos valeurs culturelles sont aujourd’hui concurrencés par la télévision, la radio et le net. Aussi, il est grand temps de redonner à la négritude toute sa valeur par la réintroduction du conte, de la légende de l’épopée etc… dans les programmes de nos petites classes.

Autant de genres qui cultivent en nous le goût de nos origines et cela dès notre jeunesse. Il faut peut être s’inscrire désormais au-delà de la perspective historique et relire l’œuvre d’Aimé Césaire en termes de fidélité envers soi.

Est-il resté tel ? Son message qui n’a pas varié de thème et sa lutte restée ardente en ont fait un homme de culture unique en son genre. Chaque peuple opprimé gardera de Césaire non plus le simple souvenir d’un poète, mais celui d’un symbole de sa propre renaissance, a reconnu le professeur Cheickné Danthioko.

Aimé Césaire a dominé le 20è siècle par sa propre longévité, la variété et la consistance de son immense œuvre, mais aussi et surtout par la constance de son combat, signe d’une fidélité sans faille à son idéal.


C. DIAWARA

L’Essor du 21 avril 2008.