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Depuis la débâcle des Aigles du Mali, lors de la CAN au Ghana, nombreux sont les analystes, observateurs et autres supporters maliens à émettre des critiques et interrogations sur l’avenir de Jean François Jodar à la tête de la sélection nationale. Aujourd’hui, le sort du sélectionneur national semble définitivement scellé au niveau de la fédération malienne de football, où l’idée de la mise en place d’un collège d’entraîneurs locaux fait son chemin. Une éventualité qui, à son tour, recèle beaucoup d’équations, d’incertitudes et autant d’interrogations pour notre sélection nationale. Alors l’éventuel départ de Jodar ouvre la porte à toutes les aventures.

« Jodar partira, partira pas », c’est sous ce titre que votre bi-hebdomadaire « L’Aube » dans sa parution N°41 du lundi 11 février 2008, avait fait échos des interrogations sur l’avenir du sélectionneur national. En effet, suite à la campagne désastreuse des Aigles du Mali, éliminés dès le premier tour au Ghana, nombreuses sont les têtes pensantes du football malien à réclamer le départ de Jodar.

En réalité, bien avant la CAN, la FEMAFOOT et le sélectionneur national n’ont jamais parlé le même langage. Des reproches plus ou moins voilés des membres du bureau fédéral se sont multipliés à l’endroit d’un entraîneur pour qui certains n’ont jamais caché leur antipathie.

Contre lui, des campagnes de dénigrement et de déstabilisation se sont intensifiées surtout au moment des contre performances de l’équipe. Aussi, à la FEMAFOOT, Jodar a toujours été perçu comme un entraîneur « imposé » alors que le bon sens et les préoccupations pour l’intérêt du football malien commandaient de s’investir à lui faciliter sa mission.

Pour les responsables de Mali foot, l’élimination précoce de l’équipe nationale est alors une occasion « rêvée » de lui régler son compte en le rendant comme le seul responsable de l’échec de la campagne ghanéenne. Dès lors, Jean François Jodar deviendrait un fusible qui saute alors que Mali foot se trouve épargnée.

Tout a été mis en branle pour pouvoir liquider le Français qui se trouve du reste difficilement défendable au regard de ses rapports tendus avec la plupart des composantes de l’environnement du football malien. Au fil du temps et des événements, et alors que son contrat expire en juin 2008, il semble que son sort est déjà scellé par la fédération malienne de football.

Un document officiel, à ce propos, a été envoyé au département de tutelle pour exiger le remerciement de l’ensemble de l’encadrement technique au motif d’insuffisance de résultat, mais surtout des relations difficiles que Jodar entretient avec des joueurs de l’équipe nationale et la presque totalité des membres du comité exécutif de la fédération malienne de football.


Cette instance pense alors ainsi se décharger sur d’autres

Pour le remplacer, un collège d’entraîneurs est annoncé avec des scénarios possibles et de nombreuses propositions de noms qui circulent.
Selon le premier cas de figure, il s’agit de former un collège autour de l’actuel adjoint Amadou Pathé Diallo qui jouit non seulement d’une grande estime auprès de l’ensemble des joueurs professionnels et expatriés du Mali, mais aussi l’ancien international et joueur de l’AS Réal, après une grande carrière réussie dans le professionnalisme et la somme d’expérience cumulée dans l’ombre de différents sélectionneurs qui se sont succédés à la tête des Aigles du Mali, semble bien parti pour prendre la place de Jodar à l’orée de la coupe du monde 2010.

D’ailleurs beaucoup voyaient en Vieux Pathé, le successeur de Jodar conformément au vœu caressé par de nombreux connaisseurs de donner l’équipe nationale à un entraîneur national. En fait, le contrat de Jodar a été signé dans l’esprit d’encadrer des locaux susceptibles de prendre l’équipe nationale à son départ.

L’autre scénario proposé et soutenu par le bureau fédéral est de confier l’équipe à un collège dirigé par Mory Goïta et comprenant notamment Djibril Dramé et Cheick Oumar Koné. Selon des sources bien informées, ce dernier, consulté à ce propos par des responsables de Mali foot, aurait décliné l’offre de travailler avec Mory Goïta. Des noms comme Mamadou Coulibaly et Mohamed Magassouba circulent également pour faire partie du groupe.

A l’analyse de tout ce qui s’annonce, il y a lieu d’émettre de sérieux doutes sur la réussite d’un collège pour la reconstruction des Aigles du Mali en attendant le recrutement d’un nouvel entraîneur expatrié. Les différentes composantes d’un collège n’ont pas forcement la même vision des schémas de jeux et les mêmes préférences pour les joueurs. Il y a donc à craindre, compte tenu des esprits chagrins et des raisons subjectives que des dysfonctionnements graves n’apparaissent entre les différents techniciens.

Compte tenu de la position de force relative dont elle dispose, la fédération malienne de football serait amenée seulement à favoriser des entraîneurs qui lui sont régulièrement soumis. La porte s’ouvre ainsi grande au trafic d’influence et au clientélisme ; des joueurs peu qualifiés pourraient prendre des places au grand dam des plus méritants.

Dans tous les cas, il s’agirait de faire du neuf avec de l’ancien, comme l’a bien signalé notre confrère Papa Oumar Diop de l’ORTM. Car, en fait, les entraîneurs dont il s’agit ont tous connu un passage dans l’une des sélections nationales avec des résultats aux fortunes diverses. Mory Goïta qui est en pôle position peut seulement se flatter d’une coupe Amilcar Cabral remportée en 1997 et pour le rester c’est une succession d’échecs à la tête des sélections nationales cadets, juniors et espoirs.

Alors mieux vaut, pour le bureau fédéral dont les propositions ont toutes les chances d’avoir l’adhésion du ministère de la jeunesse et des sports, de s’atteler plutôt à la recherche d’un autre sélectionneur de haut niveau qui a, cette fois, l’expérience du football africain. Des contacts auraient déjà été établis avec Christian Sarramagna, Dominique Rocheteau et Yannick Stopyra.

Souleymane Diallo

25 février 2008.