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On prête au gouvernement l’intention d’accorder une aide exceptionnelle aux partis politiques recalés par la Section des comptes de la Cour suprême, une sorte de remake de ce qui s’est passé il y a deux ans (décret du 4 janvier 2006). Cette décision est en contradiction avec l’esprit et la lettre de la loi n°05-045 du 18 août 2005 portant charte des partis politiques. Elle est aussi inopportune, car elle véhicule un certain nombre de messages inquiétants, facilement décryptables par les citoyens ordinaires. Quatre me viennent à l’esprit.

Premier message : quand on est Fama, on peut violer impunément la loi. Pour des raisons bassement politiciennes et en toute illégalité, le gouvernement se substitue au législateur pour procéder à une répartition de fonds publics entre des partis politiques défaillants. Le comble, c’est que hormis les organes de la presse, personne ne lève le petit doigt. Pourquoi s’étonner que des chauffeurs de « Sotrama » enfreignent les règles du code de la route, que des fonctionnaires déclenchent des grèves sauvages sans service minimum, que des professeurs confisquent les feuilles et notes d’examen des étudiants ?

Deuxième message : la médiocrité paie autant que l’excellence. Les cinq partis qui ont fait l’effort de satisfaire aux critères fixés par la loi sont récompensés par le gouvernement, au même titre que les nombreux recalés. Pourquoi s’étonner que des partis qui n’ont aucun élu et n’existent que dans les registres du ministère de l’Administration territoriale exigent et obtiennent parfois des portefeuilles ministériels, que nos étudiants trichent aux examens ou soudoient les professeurs pour obtenir leur parchemin ?

Troisième message : le laxisme est une vertu, la rigueur un vice. Pour ne pas mécontenter des partis politiques, le gouvernement tombe dans la complaisance. Cette dérive existe dans beaucoup de nos services publics. Le chef de service qui est exigeant sur le respect des horaires de travail et sur le rendement de ses agents est taxé de méchanceté ; par contre, celui qui ferme les yeux sur le laisser-aller et la pagaille est traité de bon. Il est inutile de se fixer des règles si on ne veut pas les appliquer ou si on peut les contourner à tout moment. Pourquoi s’étonner que des marchands réoccupent illégalement la voie publique après mille et une mesures de déguerpissement, que des importateurs ayant bénéficié de faveurs d’exonération créent une pénurie artificielle pour écouler des produits de première nécessité à des prix exorbitants, que des agents en faction dans les postes de contrôle routier laissent passer des véhicules de transport brinquebalants et surchargés ?

Quatrième message : les deniers publics n’appartiennent à personne ; on peut en faire ce qu’on veut. Dans le cas d’espèce, la cagnotte distribuée aux partis est loin d’être négligeable : elle est passée de 140 millions de F CFA en 2001 à 1,1 milliard en 2008. Pourquoi s’étonner que des gestionnaires puisent abondamment dans les caisses publiques, que des responsables politiques et administratifs usent et abusent des biens de l’Etat mis à leur disposition ?

Depuis quelque temps, les discours des dirigeants et des responsables politiques sur la soumission à la loi, le respect du bien public, la persévérance dans l’effort, le travail bien fait, le patriotisme, la citoyenneté, la discipline, n’ont pas d’écho auprès du citoyen lambda. La raison est simple : il est las d’écouter les verbiages de gens qui ne donnent pas le bon exemple. Comme le dit l’adage anglo-saxon : « ce que vous faites sonne si fort dans mes oreilles que je n’entends pas ce que vous dites ».


Ali Cissé

(administrateur civil Faladié, Bamako)