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Le président du Mouvement citoyen, Ahmed Diané Séméga, l’un des fondateurs du futur parti des amis d’ATT, vient de lever le voile sur cette formation, le Pdes, que les observateurs attendent avec beaucoup d’impatience. Mais la question aujourd’hui suspendue sur toutes les lèvres : qui va diriger le Pdes ? Le sphinx Modibo Sidibé, Premier ministre ? Le riche technocrate Hamed Sow, ancien ministre, ou le jeune loup aux dents longues Ahmed Diané Séméga, ou encore l’efficace et discrète Mme Gakou Salimata Fofana ? La liste n’est pas exhaustive.

Comme nous le constatons, il y a encore beaucoup de questions sans réponses, en ce qui concerne le futur parti d’obédience présidentielle, dont la création paraissait imminente, au lendemain du 8 juin 2010. En effet, c’est le président ATT, lui-même, qui a donné les éclairages nécessaires, d’abord dans l’émission « Baro » sur l’Ortm, le lundi 7 juin 2010 et, ensuite, lors de sa traditionnelle rencontre avec la presse qui eut lieu le lendemain, au Palais de Koulouba.

Le moment et le lieu choisis pour une telle annonce ne pouvaient laisser indifférent. De même que la personnalité qui s’est chargée de le faire. Aucune voix ne pouvant être plus autorisée que celle du président de la République, on s’est quelque peu posé la question de savoir, si le futur parti sera celui des  » Amis d’ATT «  ou le parti d’ATT, lui-même. En tout cas, c’est le président ATT, lui-même, qui a  » donné la primeur «  au peuple malien, le jour de la date anniversaire de son investiture.

Une stratégie de communication mûrement réfléchie pour, certainement, frapper un grand coup médiatique tout en laissant entendre, à l’intention de tous, qu’il s’agit là d’un grand projet politique…présidentiel. Apparemment, l’objectif visé a été atteint dans la mesure où, depuis l’annonce de la création de ce parti, la presse fait du sujet ses choux gras.

Et l’opinion ne cesse, depuis, de se poser des questions sur la personnalité qui sera désignée (ou élue, si cela plait) pour diriger ce nouveau parti. A ce niveau, on parle déjà de guerre de chefs opposant les  » Amis d’ATT «  du Mouvement citoyen (MC) à tous ces potentiels nouveaux arrivants (qualifiés d’opportunistes par certains) qui se sont déjà prépositionnés, ou seraient en train de le faire, en vue de quitter leur parti pour migrer vers cette nouvelle formation dont l’Assemblée générale constitutive est prévue, selon le président du MC, le 17 juillet 2010 et qui va s’appeler Pdes pour  » Parti pour le développement économique et social « . Certainement que les démons ont déjà donné leur caution. Ce qui, sous nos cieux, est fondamental ; surtout en de pareilles occasions.

Le Pdes ne vient-il pas trop tard ?

Le futur parti d’obédience présidentielle, avant même sa naissance, est déjà qualifié, par certains, de grand. Pour faire peur aux partis politiques déjà existants ou bien pour mieux attirer d’éventuels adhérents ? Certainement l’un et l’autre.

Quel défi ! Compte tenu du peu de temps qui nous sépare de la présidentielle de 2012, il faudra certainement travailler d’arrache- pied pour que ce futur parti puisse d’abord naître, à la date indiquée et, ensuite, s’implanter, s’agrandir et atteindre la taille nécessaire pour mériter le qualificatif « grand « . Cette grandeur qui lui permettra de se mesurer, voire de croiser le fer avec les grands partis actuels dans la conquête du pouvoir en 2012.

Rappelons que dans le domaine politique, les miracles sont rares voire rarissimes. Si l’élection du général ATT, en 2002, a pu se réaliser, c’est fondamentalement grâce à son aura personnelle et au soutien des partis politiques (y compris par une frange importante de cadres et de militants de l’Adema-PASJ) qui se sont alignés derrière le héros du 26 mars 1991.

Comme on le voit, ça c’était ATT, et n’est pas ATT qui le veut. De l’élection du général ATT à maintenant, la carte politique n’a que très peut varier : l’Adema-PASJ et les deux partis sortis de ses entrailles, que sont l’Urd et le Rpm, se partagent encore près de 70% de l’électorat. En 2010, l’Adema-PASJ a eu 19 ans au mois de mai, le Rpm, en juin, a eu 9 ans et le même mois, l’Urd, quant à lui, a eu 7 ans. Il y a aussi le Mpr, le Cnid et le Parena qui sont autant de forces politiques avec lesquelles il faudra compter.

Si un parti présidentiel se crée, c’est naturellement pour venir affronter ces mastodontes, présents sur l’arène depuis des lustres et beaucoup plus aguerries au combat. Si le futur parti présidentiel veut faire trembler ses adversaires, il faudra donc qu’il vienne au monde avec ses 32 dents bien comptées.

Même là, son existence ou sa survie ne dépendra point des personnalités qui composeront son directoire, mais de l’accueil qui lui sera réservé par ses potentiels militants et, de manière générale, par les populations maliennes. En cas de rejet ou d’indifférence de l’opinion, de la masse des militants potentiels, le Pdes sera voué aux gémonies.

Et les historiens du présent diront que le grand parti annoncé est venu avec un pied cassé pour uniquement s’ajouter à la centaine de formations politiques qui pullulent le paysage politique de notre pays. Alors que l’objectif d’un tel parti, comme d’ailleurs des autres partis politiques, est de faire élire son candidat à Koulouba en 2012.

Ce n’est point un décret présidentiel, encore moins une décision ministérielle, qui va faire adhérer, par exemple, des citoyens lambda, véritables forces de frappe électorales, à ce nouveau parti.

Le compagnon de toujours ou le fils spirituel ?

En réalité, si le Mouvement citoyen est l’initiateur de ce nouveau parti présidentiel, s’il en est l’ossature comme l’a si bien dit le président du MC lors de l’interview accordée à votre quotidien préféré, le lundi 28 juin 2010, il revient, dans ce cas, à Ahmed Diané Séméga, le présumé fils spirituel du président ATT et président du directoire du Mouvement citoyen, d’en prendre les rênes.

Si ce c’est, au contraire, l’ensemble des  » Amis d’ATT «  qui ont décidé de créer un parti, il va falloir, au-delà des seuls cadres et militants du MC, trouver un homme ou une femme charismatique pour le diriger. Qui sera cet homme ou cette femme : Modibo Sidibé, le compagnon de toujours ? Ahmed Diané Séméga, le jeune loup aux dents longues ? Hamed Sow, le riche technocrate ? Madame Gakou Salamata Fofana, la figure montante du Pdes (le programme) ? La liste n’est pas exhaustive.

C’est dire qu’ATT est toujours à la recherche de l’oiseau rare pour diriger le parti dont il sera, incontestablement, le véritable maître, le vrai capitaine. Que le Général ATT soit à bord du bateau Pdes (le parti) ou sur le quai, dans une ville presque oubliée (d’après lui-même, propos prononcés le 8 juin 2010), comme Koulikoro, cela ne changera rien à son statut de mentor du parti et de vrai capitaine du vaisseau.

En se préparant à quitter le pouvoir, ATT aura besoin d’un parti sur lequel il va devoir compter pour, d’abord, défendre son bilan, et, ensuite, assurer ses arrières politiques et, pourquoi pas, son maintien éventuel sur la scène politique, après le 8 juin 2012.

De ce fait, aucune des personnalités citées, nonobstant leurs qualités intrinsèques et leur riche parcours politique ou professionnel, n’est autant qualifiée que le Général à la retraite Amadou Toumani Touré, lui-même, pour diriger ce parti.

S’il le faisait, cela n’offusquerait personne. Sauf évidemment ses adversaires politiques. Et cela se comprend. Au Sénégal, au Gabon ou au Congo-Brazza, par exemple, ce sont les chefs d’État de ces pays qui dirigent, eux-mêmes, leurs partis respectifs. Pourquoi ATT ne ferait-il pas de même ?

Ce schéma qui, de prime abord, semble invraisemblable n’est pourtant pas à exclure. Il est, quand même, loin d’être une simple vue d’un esprit malintentionné voire égaré.

Si ATT n’est pas prêt à prendre le gouvernail, le parti présidentiel risquerait d’avoir à affronter, lors de la présidentielle de 2012, une mer politique trop agitée. Car, dès sa naissance, ce parti aura à jouer déjà son va-tout dans un océan d’adversité de la part des grandes formations politiques. Quel challenge alors pour un nouveau-né ! Et peut-être même que ces grands partis parviendront à barrer la route au poulain d’ATT.

Est-ce là l’objectif visé par le président ATT en créant un parti ? Qui, d’ailleurs, n’aura pas droit à l’échec en 2012. C’est pourquoi, certains observateurs voient déjà le général ATT, paré de son aura et bardé de sa casquette de héros de la Révolution du 26 mars 1991, franchir le Rubicon dans des bottes de chef de parti politique. Ce n’est pas impossible. Tôt ou tard, l’histoire dira.

Mais, en attendant, l’opinion pense que la direction du futur parti revient de droit à Ahmed Diané Séméga. Car, en réalité, c’est le Mouvement Citoyen, dont il est l’un des fondateurs, qui a, d’abord, voulu se transformer en parti politique pour défendre le bilan d’ATT- cela avant même 2012- et perpétuer son œuvre, après 2012.

De ce fait, Ahmed Diané Séméga est au cœur même du projet. Le voir donc piloter le Pdes ne devrait point surprendre.

Mamadou FOFANA ,

Chroniqueur politique

30 Juin 2010.