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Le Front pour la Démocratie et la République (FDR) vient de marquer un pas important dans la recherche de la paix dans notre pays. En réussissant à réunir un aréopage d’éminentes personnalités pour faire le diagnostic exhaustif des problèmes dans l’espace sahélo saharien, il a posé les jalons d’une résolution durable de la crise au Nord.

L’arrivée massive des acteurs de la crise du nord à l’atelier organisé par le Front pour la démocratie et la République, le 30 novembre et le 1er décembre a été le premier signe révélateur de l’engouement qui allait prévaloir au cours des assises sur la grande réflexion concernant la sécurité, la stabilité et le développement dans l’espace sahélo-saharien. C’est à ce propos que le Président du Fdr a fait remarquer que la question sahélo-saharienne mérite toutes les attentions, les efforts et sacrifices. Cela a été visiblement compris.

L’aréopage comprenait les principaux acteurs des problèmes de notre septentrion, une délégation de députés maliens conduite par Assarid Ag Imbarcaouane et des élus nigériens, des responsables du gouvernement, des représentants du Haut conseil des collectivités, 16 partis politiques de la majorité parlementaire et de l’opposition, une dizaine d’associations et d’organisations du nord, de la société civile, des responsables religieux, des diplomates et la presse. C’était aussi un grand signe que ce soit un regroupement de l’opposition qui ait pris cette initiative acceptée par le gouvernement qui a dépêché son premier responsable sur la question du nord de notre pays, l’Inspecteur général de police et président du comité de suivi de l’Accord d’Alger, Mahamadou Diagouraga.

Les débats, a indiqué le président du Fdr, Tiéblé Dramé, seront menés sans concession, sans calcul, ni malice. L’esprit des débats a été notamment salué par le 4ème vice-président de l’Assemblée nationale du Niger, Brigi Raffini qui a apprécié “l’opportunité d’un atelier où il est en train de se dégager une vision extrêmement juste, un forum de très haute qualité”. Le président de l’Union des forces démocratiques de Mauritanie, Mohamed Ould Maouloud, a témoigné du patriotisme des Maliens qui se sont réunis autour d’un problème national sans se laisser tenter par l’exploitation politicienne du sujet. Bakary Koniba Traoré du Rassemblement pour le Mali a parlé d’une question indispensable.

Raisons socio-économiques

Les débats, comme l’a si bien signalé le président du Fdr, traitaient des enjeux et pistes de solution d’un phénomène qui était local au départ mais qui a fini par prendre des dimensions sous-régionales. Il s’agissait de voir si le mal est récurrent ou nouveau, si la paix durable ne sera qu’un mirage ou une affaire à portée de main et si éventuellement on arrivait à la paix, comment la pérenniser. Pour cette pérennité, M. Dramé suggère un montage institutionnel dont les hommes seront désignés avec soin. Il a soutenu que le Fdr joue son rôle en lançant ces débats puisque les partis politiques et organisations démocratiques doivent s’emparer du sujet. Le regroupement, a-t-il indiqué, est attaché aux valeurs de solidarité, de justice, de partage, socle de tout développement. Face à la gravité de la situation et aux urgences de l’heure, les militants du Fdr sont déterminés à prendre toutes leurs responsabilités afin de peser par le poids et la pertinence de leurs propos dans la résolution de la crise. Ce qui est déjà une belle victoire sur nos préjugés et faiblesses au moment où tout semble nous échapper.

Vendredi, les discussions ont porté sur les causes, conséquences et caractéristiques des rébellions au Mali et au Niger. Les conférenciers étaient Ibrahim Samba Traoré, ancien conseiller de l’ex-président Alpha Oumar Konaré et Massoudou Hassoumi, membre du Conseil économique et social de la République du Niger. S’il y a une cause qui ait fait l’unanimité entre animateurs et participants, c’est le motif socio-économique.

Une vingtaine d’otages

M. Diagouraga a insisté sur ce problème qui crée des frustrations chez les jeunes de la région de Kidal. Il a précisé que Bahanga détient encore une vingtaine d’otages dont les lieux de détention ne sont pas connus.

Ahmada Ag Bibi, député et porte parole de l’Alliance démocratique du 23 mai s’est d’abord réjoui du fait que les Maliens acceptent de s’asseoir et de discuter de leurs problèmes. Il a déclaré qu’il est rebelle et fils de rebelle mais restait avant tout Malien. Il a parlé du dénuement de Kidal obligée de vivre de trafic. Il a souligné que la région est enclavée, sans système de santé, de cours d’eau et sans un seul centimètre de goudron. Il a cependant reconnu qu’avec ces débats, la solution sera sûrement trouvée et promis que les otages seront bientôt libérés.

D’autres causes ont été soulevées et font référence à l’histoire coloniale de nos pays – le doyen Seydou Badian Kouyaté s’est expliqué sur ce point qui traite de nos relations avec l’Algérie – aux problèmes de gestion, au réflexe identitaire, à la faiblesse de l’organisation de l’Etat, aux raisons géostratégiques, aux problèmes de communication avec les communautés du nord.

Soumeylou Boubèye Maïga, ancien ministre de la Défense, a expliqué la conflictualité, la criminalisation qui prend une dimension sous-régionale avec les réseaux liés à la drogue, la lutte pour le contrôle des ressources et l’implantation des associations religieuses et leur manipulation. Il a recommandé la surveillance de notre espace qui est devenu un “sanctuaire” vide d’autorité et de contrôle.

M. Ousmane Sy, ancien ministre de l’Administration territoriale, a signalé les dysfonctionnements entre les systèmes étatiques hérités de la colonisation et les réalités locales. Il a insisté sur la nécessité de poursuivre la décentralisation et d’y introduire des politiques spécifiques.

Mohamed Ould Maouloud de la Mauritanie s’est exprimé sur les conflits notamment ethniques entre les communautés de son pays. Le représentant du Niger a cité les guerres coloniales et les luttes d’indépendance.

Pistes de solution

Les pistes de solution ont été évoquées, samedi, avec le même engouement que celui du premier jour des débats. Les participants ont proposé des investissements dans l’espace sahélo-saharien notamment dans les secteurs de l’éducation et de la santé. Ils ont soulevé l’impérieux besoin de désenclaver et d’établir un bon système de communication avec les chefferies et les communautés locales. L’approche sécuritaire n’a pas été jugée pertinente. Le dialogue et la participation ont été retenus parmi les recherches de solution démocratique.

La nécessité de ne pas laisser en marge les partis politiques, les organisations démocratiques et la société civile a été réaffirmée. “Que nul ne croit qu’il ne doit pas se mêler de ce problème”, a martelé le président du Fdr, Tiéblé Dramé. Il a, à l’occasion, proposé la mise en place d’une Cellule stratégique au niveau de la présidence chargée des questions sahélo-sahariennes ou d’un Conseil national de sécurité. La sécurité et le développement dans l’espace sahélo-saharien doivent être gérés avec professionnalisme et non dans le dilettantisme.

L’idée de la conférence sous régionale qui a motivé l’organisation de l’atelier est maintenue mais des participants, en l’occurrence Ahmada Ag Bibi, jugent qu’il est plus pertinent de commencer par une conférence nationale. Ce dernier dont la participation a été particulièrement remarquée a fait un discours poignant sur les causes de la rebellion. Dans un élan de sincérité, il dit : “ je suis rebelle, fils de rebelle”. Ahmada Ag Bibi a même justifié le fait de prendre les armes pour défendre leurs révendications. Il est à souhaiter que le problème du Nord soit résolu durablement et que son fils ne soit pas lui aussi obligé de prendre à son tour les armes.

Baba Dembélé

03 Décembre 2007.