Partager

jpg_image1.jpg

Depuis août 2007, date de la prise en otages des agents de la lutte acridienne au nord, la base principale de Gao tourne au ralenti. Bloqué par l’insécurité, le personnel est contraint de recueillir les informations par le biais des stations d’écoute.

La base de la Cité des Askia est chargée de la surveillance et de la lutte dans la principale zone de développement de l’insecte dans notre pays. « Nous suivons l’évolution des criquets à travers les informations de la FAO dans la zone. La base de Gao est chargée de surveiller et de contrôler les foyers de germanisation au Mali. C’est vrai qu’en début d’hivernage, la reconstitution du couvert herbacé favorise le développement de l’insecte. Mais nous parvenons à avoir des renseignements sûrs à travers l’administration, les guides et les gardiens des points d’appui comme Aguelhoc par exemple.

Les différentes informations ne font cas d’aucune présence de l’insecte dans la zone. De toutes les façons mon service est suffisamment outillé pour faire face à toute situation d’alerte. Tout le dispositif est en place. Nous disposons de produits, d’appareils et de matériel roulant pour circonscrire à toute éventualité. On peut mobiliser une dizaine d’agents de prospection et beaucoup plus d’agents de traitement« , soutient Lambert Diakité.

A la fois sentinelle et combatant

L’invasion acridiennne de 2004 est dans tous les souvenirs. La gestion de cette crise avait cruellement mis en lumière la quasi inexistence de structure de lutte antiacridienne contraignant les pouvoirs publics à de multiples interventions d’urgence pour contrer la catastrophe. « C’est une petite cellule de lutte contre le criquet, sous équipée et sans moyens de fonctionnement qui existait au niveau de la direction de la protection des végétaux.

En 2004, le département a du prendre des solutions d’urgence avant la mise en place de la solidarité internationale. Nous avons fait appel aux anciens techniciens de l’Oclalav afin d’aider d’une part à la formation des populations et des éléments de forces armées et de sécurité, et surtout renforcer les équipes sur le terrain pour circonscrire la catastrophe« , rappelle Fakaba Diakité, le chef d’opération en 2004.

Aujourd’hui, le paysage est totalement différent avec la naissance de plusieurs institutions de lutte antiacridienne tant sur le plan national qu’international. « La lutte contre le criquet dépasse les compétences d’un seul pays. Car quelque soit la prévoyance d’un État, il ne peut se mettre totalement à l’abri d’une invasion.

Généralement, les criquets se développent dans une zone pour en envahir une autre. L’organisation de la lutte interpelle tous les États et particulièrement ceux de la ligne de front. Trois commissions régionales ont été crées sous l’égide de la FAO, à travers le monde. Ce découpage classe notre pays parmi les pays du front occidental, en compagnie du Niger, de la Mauritanie, du Tchad, de l’Algérie, du Maroc ainsi que du Burkina et du Sénégal.
La commission de la région centrale regroupe les pays riverains de la Mer rouge tandis que les pays asiatiques composent la région orientale.

Il avait été demandé aux pays des lignes de front d’installer des centres autonomes. Dans notre zone, après la Mauritanie en 1995, le Mali a depuis 2006, un centre national de lutte contre le criquet pèlerin », précise Fakaba Diakité qui dirige justement cette structure.

Ce centre surveille et lutte contre le criquet pèlerin sur toute l’étendue du territoire national. Fakaba Diakité et son état-major sont chargés d’élaborer et d’exécuter des plans d’action prévisionnels de prospection et de lutte contre le criquet pèlerin. Le centre est donc à la fois sentinelle et combattant. Il fédère ses compétences avec celles des pays voisins pour un combat à l’échelle régionale, voire mondiale.

La dignité des pères de famille

Le Centre national de lutte contre le criquet pèlerin (CNLCP) se compose d’une direction centrale à Bamako, d’une base d’intervention installée à Gao, de points d’appui destinés au stockage et la conservation des produits et équipements de traitement et de gîtes pour les agents de prospection ou de traitement. Les points d’appui ont été créés à Kidal, Aguel-hoc, Yelimané.

Le centre est l’organe d’exécution, auprès du ministère de l’Agriculture, du Projet africain de lutte d’urgence contre le criquet pèlerin (PALUCP) qui a vu le jour à la faveur de l’invasion de 2004. Ce projet qui devra boucler son cycle en juin 2009, est né de la volonté de l’État et de ses partenaires dont la Banque mondiale et la FAO. Son objectif est de réduire ou tout au moins de minimiser l’impact des dommages économiques et sociaux de la récente invasion acridienne et d’améliorer les capacités nationales à prévoir et contrôler de futures infestations.

Couvrant les pays de la ligne de front, ce projet est d’une grande utilité pour notre pays. De Douentza à Aguelhoc, en passant par Gao et autres localités touchées par le sinistre acridien, le PALUCP a créé un réel espoir chez les populations. « En 2004, ce fut un désastre. La saison avait bien débuté. Tout le monde à Douentza s’attendait à une bonne récolte vue la bonne fréquence des pluies. Mais en un seul matin, l’espoir s’est transformé en désespoir, à notre réveil, lorsque nous avons trouvé nos champs envahis par des sauterelles.

Nous avions investi tous nos revenus dans les semences et le labour. La famine menaçait plus que jamais. Les jeunes désespérés s’apprêtaient à prendre le chemin de l’exode. Grâce au PALUCP, nous avons retrouvé notre dignité de pères de famille et l’exode massif des bras valides du village a été évité », commente le vieux paysan, Aldiouma Guindo de Douentza.

La même satisfaction s’est exprimée à Douentza et dans d’autres localités comme le village dogon de Petaka, situé à quelques kilomètres de la préfecture, qui abrite sept bénéficiaires du programme. Il faut dire que celui-ci, à travers sa composante B, a considérablement contribué à réduire l’impact socio-économique négatif de l’invasion acridienne.

Dans un premier temps, une allocation financière a été accordée sous forme de dons et d’un montant forfaitaire de 200.000 Fcfa, à chaque exploitant sinistré afin qu’il achète les intrants et équipements nécessaires à sa stabilisation, explique Bouraïma Koné, le chef des opérations techniques du centre. « Le programme a ensuite fait exécuter en partenariat avec l’Agetier, des petits projets, d’amélioration des infrastructures routières, de creusement de puits à grand diamètre, d’aménagement des mares, de créations de marchés, etc », énumère Bouraïma Koné. Cette opération a couvert 5000 ménages sinistrés sur toute l’étendue du territoire national.

Sauvegarde environnementale

La lutte englobe aujourd’hui, une indispensable dimension environnementale. Les pesticides doivent être utilisés mais leurs dangers sur la santé des populations et des animaux, doivent être rigoureusement contrôlés. Le programme le fait et tente aussi de répondre aux principes de sauvegarde environnementale. « La lutte prend en compte l’homme et son environnement.

Nous avions des normes à respecter, alors que dans la plupart des cas, celles-ci étaient ignorées. Le programme exige l’utilisation de produits homologués et, depuis 2005, développe avec la FAO, le concept de contrôle environnemental. Cela concerne le conditionnement des pesticides, leur importation, leur utilisation et ce qu’il faut faire de leurs emballages », explique Toumani Sidibé, le responsable du suivi environnemental.

Sur ce plan, le CNLCP a fait de gros efforts. Le personnel fait aujourd’hui, l’objet d’un suivi permanent Chaque agent est régulièrement contrôlé pour mesurer le taux de pesticides dans son organisme. Ensuite des magasins de stockage répondant aux normes internationales requises ont été construits un peu partout dans les zones d’opération du centre.

La fermeture du programme du PALUCP à la fin du premier semestre de l’année prochaine suscite déjà nombre d’interrogations et d’appréhensions sur la poursuite efficace des activités du centre. « Après la fermeture du programme, le centre va fonctionner sur le budget national. Je suis optimiste pour la bonne poursuite de ses activités. La mission du centre sera essentiellement axée sur la prévention. Mais nous pouvons toujours en cas de débordement faire appel aux pays voisins et à la solidarité internationale. Nous sommes en train de mettre en place sous l’égide du PALUCP, un fonds d’urgence de 1 milliard Fcfa qui sera utilisé en cas de péril acridien« , annonce Fakaka Diakité.

L’invasion de 2004 a eu ceci de « positif » de réveiller pour de bon la vigilance, d’étoffer l’effectif du petit monde de la lutte anti acridienne, d’équiper et de réhabiliter les moyens de combat. Il reste maintenant à conduire un programme de formation accrue du personnel technique pour suivre l’évolution des techniques de prospection et de traitement. Fakaba Diakité y est favorable et a, par conséquent, placé la formation et le perfectionnement du personnel au cœur de toutes les activités de son service.

M. N. TRAORÉ

19 Septembre 2008