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Les températures peuvent atteindre 46 °C en saison chaude. Le cercle de Nara se trouve sur une partie de l’ancien Royaume du Ouagadou fondé par les Soninkés Cissé.

Il couvre une superficie de 30 000 km2, soit environ le tiers de la Région de Koulikoro. Nara est un cercle cosmopolite où cohabitent en parfaite entente plus de 200 000 âmes. La population est composée de Soninkés, Peulhs, Maures et Bambaras. L’agriculture, l’élevage et le commerce constituent les principales activités économiques.

Malgré d’intéressantes potentialités, le cercle de Nara, pour diverses raisons, tarde à amorcer un véritable développement local. Pour le préfet du cercle, Moussa Hamèye Maïga, «le développement du cercle est bloqué à cause de certaines contraintes comme la non maîtrise de l’eau, l’enclavement, la faible couverture sanitaire, le manque d’infrastructure et de débouchés pour les produits artisanaux».

Pour le maire de la ville de Nara, Bakari Magassouba, la plus grande contrainte réside dans les aléas climatiques. Zone d’émigration, l’apport des ressortissants installés à l’étranger est pourtant peu visible dans le processus de développement.

Actuellement les habitants de Nara sont en pleine campagne de récolte du mil « gadiaba », une variété parfaitement adaptée à la bande sahélienne. Cette variété de sorgho est généralement semée entre les mois de septembre et d’octobre. Les récoltes se font entre janvier et février. Avec la bonne pluviométrie de cette année, cette spéculation a plutôt bien donné.

Mais Nara, comme d’autres zones de production, n’échappe pas un paradoxe : la montée en flèche du prix des céréales malgré l’abondance. En effet, des responsables du cercle constatent que pour la première fois dans l’histoire de Nara, le prix du moule de 2 kg de mil a atteint la barre des 500 Fcfa. Le sac de 100 kg est vendu à 15 000 Fcfa. Or, le mil et le sorgho constituent la base de l’alimentation de la population.

Le riz et les pâtes alimentaires sont uniquement réservés aux jours de fête.

jpg_2323-1.jpgLe président du conseil de cercle, Papa Sacko, impute principalement la cherté des céréales la forte demande des voisins mauritaniens. Les commerçants mauritaniens débarquent effectivement avec beaucoup d’argent pour acheter le mil à des prix très alléchants pour les producteurs.

« Si nous ne prenons garde, notre pays risque de connaître une période de soudure très difficile cette année. Les Mauritaniens ne se contentent pas d’acheter tout le mil à Nara. Ils envoient des commerçants locaux à l’intérieur du pays pour acheter d’importantes quantités de mil », explique Ganda Keita, à la fois président de la Chambre locale d’agriculture de Nara et conseiller de village.

Et Papa Sacko de confirmer : « Notre cercle est devenu comme une passoire idéale pour les commerçants étrangers. Tout cela se passe devant les autorités qui ne lèvent pas le petit doigt ».

Le préfet du cercle assure n’avoir pas les moyens de contrôler toute la bande frontalière. La gendarmerie, la police et la douane n’ont pas de moyens de déplacement, précise-t-il.

« L’autre handicap est que nous n’avons aucun poste de sécurité avancé à la frontière. Tous les postes de contrôle ou de sécurité du cercle sont situés à l’entrée et à la sortie de la ville. Comment peut-on contrôler toutes les cargaisons de céréales qui sortent du cercle à partir de ces postes alors que nous avons une bonne dizaine de villages maliens situés dans la bande frontalière ? », s’interroge l’administrateur.

Les commerçants mauritaniens, eux, sont quasiment invisibles. Impossible de les rencontrer malgré nos efforts. Ganda Magassouba, un commerçant détaillant du marché de Nara, explique leur méthode : « En réalité, tu verras rarement ces gens en train de négocier les céréales. Ils mettent l’argent à la disposition d’une poignée de commerçants locaux qui se chargent de l’achat du mil aux producteurs.

Les transactions -les rechargements et déchargements des camions- se passent généralement pendant la nuit. Ils sont bien informés sur les prix dans les différents lieux de vente. Dès qu’une transaction intéressante est faite, les céréales sont expédiées par des camions ».

Pour arrêter cette hémorragie, estime le préfet, les pouvoirs publics ont besoin de la coopération des populations. « Il faut que ces gens soient dénoncés pour que nous puissions agir efficacement. Beaucoup de personnes nous accusent pendant qu’eux-mêmes sont complices de ce commerce frauduleux », dénonce le responsable administratif.
Le commerce est en effet frauduleux, car depuis 2007, un arrêté interministériel réglemente en principe la sortie des céréales du pays.

Ici comme ailleurs, l’activité des commerçants se fait au rythme de la mise sur le marché du mil par les producteurs. La période d’achat commence en septembre et dure jusqu’en février. Inversement, au cours de l’hivernage (de juin à septembre), l’activité d’achat ralentit en raison de la raréfaction de l’offre.

L’idéal serait que l’Office des produits agricoles (Opam) et les commerçants nationaux achètent et stockent le surplus de céréales aux producteurs. Mais leur faible surface financière est un facteur limitant l’activité de nombre de commerçants. C’est pourquoi la plupart d’entre eux jouent plutôt sur la multiplication des opérations que sur le stockage : ils revendent rapidement les céréales achetées afin d’avoir de l’argent frais pour d’autres achats.

Le manque de moyens financiers restreint la marge de manœuvre des commerçants, même à court terme. C’est grâce à la grande vitesse de rotation de leurs opérations que les commerçants parviennent à maximiser leurs profits.

En fait, relèvent certains, c’est toujours contraints que les paysans vendent le mil. Car ils ont aussi besoin d’argent pour subvenir à d’autres besoins. Et cette situation persistera tant que les sources de revenus ne seront pas diversifiées.


Envoyé spécial

A. M. CISSE


Très utiles banques de céréales

L’installation des banques de céréales répond à un souci des pouvoirs publics de prévenir les difficultés alimentaires pendant le période dite de soudure.

La démarche s’est révélée utile à tout point de vue. L’achat des excédents céréaliers aux producteurs à des prix rémunérateurs, l’assistance aux familles démunies, le renforcement de la cohésion sociale sont, entre autres bienfaits, à l’actif du dispositif.

Comme les autres communes du pays, celle de Nara a sa banque de céréales. L’année dernière elle avait reçu 20 tonnes de mil et de sorgho offertes par l’État et ses partenaires.

Installée à quelques mètres du marché, la banque de céréales se porte plutôt bien selon ses responsables. Même si à notre passage, pas un seul grain de céréales n’y était entreposé. Mais cette situation s’explique facilement : les 20 tonnes ont toutes été vendue peu avant les récoltes à raison de 15 000 Fcfa le sac de 100 kg.

« En cette période là, les populations en avaient vraiment besoin. En deux séances de vente, tout le stock a été raflé», explique le maire de la commune de Nara, Bakary Magassouba qui préside le comité de gestion de la banque de céréales.
Les recettes ont atteint 3 millions de Fcfa contre 2,6 millions de Fcfa en 2007 et 2 millions de Fcfa en 2006.

Le maire et son équipe attendent actuellement le meilleur moment pour réapprovisionner la banque de céréales. Selon Bakary Magassouba, avec les prix actuels (15 000 Fcfa le sac de 100 kg), il est préférable d’attendre la fin de la récolte du sorgho.

Par contre, le préfet du cercle de Nara, Moussa Hamèye Maïga, qui assure la surveillance de l’ensemble des banques de céréales du cercle, suggère d’approvisionner la banque le plus rapidement possible. Car, de son point de vue, il est peu probable que les prix baissent encore.

A. M. C.

22 Janvier 2009