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Le molestage d’un enseignant de Mourdiah par les populations, qui ont pris prétexte de la correction d’un élève au fouet, a suscité la colère du Syndicat des Contractuels de l’Enseignement Fondamental (Sycef). Après avoir déposé un préavis de grève, les enseignants ont eu gain de cause auprès de leur département. Mais ils attendent de pied ferme la décision du tribunal de Nara prévue pour le 8 juillet.

Pour avoir fouetté son élève, le 14 mai dernier, en le prenant par quatre, le professeur Touré du Centre de Mourdiah a provoqué la colère collective du village. Sollicité dans cette crise, le directeur de l’école ne trouve pas mieux que de désigner la maison de son professeur de Mathématiques. Alors la vindicte populaire s’abat sur ce dernier.

Le Procureur procède à plusieurs arrestations dont celle du directeur. Après deux comparutions, le verdict est attendu ce mardi 8 juillet. Mais le syndicat des Contractuels de l’Enseignement Fondamental (Sycef) présage déjà une justice à double vitesse et se met sur le pied de guerre.

Le ministère de l’Education de base, de l’Alphabétisation et des Langues nationales a donné suite aux revendications du syndicat des Contractuels de l’Enseignement Fondamental (Sycef) qui ont fait l’objet d’un préavis de grève le 8 juin dernier. Le centre de Mourdiah a été fermé, nous confirme-t-on, de source syndicale.

Ainsi, sur proposition du directeur national de l’Education de base, le département a procédé depuis le 10 juin 2008, à la « fermeture provisoire des écoles du 1er et du 2è cycles de Mourdiah, jusqu’à la sécurisation du personnel enseignant et des élèves. »

Dans la même foulée, « l’élève-maître Demba Diarra de la 4è année Généraliste de l’Institut de Formation de Maître de Tominian est exclu pour comportement répréhensible ».

Enfin le département a chargé le gouverneur de Koulikoro de l’application de cette décision et du transfert des candidats au centre du DEF le plus proche. Le département a jugé humiliant le traitement infligé par les habitants de Mourdiah au professeur de Mathématique du Centre.

Concernant le volet judiciaire de cette affaire, les habitants présumés coupables d’agression sur le professeur Hamadoun Oumar Touré, au nombre de 24 personnes, ont comparu devant le juge le 17 juin dernier.

Au départ on notait 27 personnes dont 24 ont été détenues jusqu’au 17 juin. Pour le syndicat, le cours de ce procès laisse voir déjà des failles, car lors de la dernière comparution, le 1er juillet, sur les 24 inculpés 5 personnes étaient absentes sur lesquelles 3 n’ont même pas été citées, sans qu’aucune explication ne soit fournie à leur sujet.

Elles auraient été libérées. Le syndicat assimile déjà cette situation à l’existence de deux poids deux mesures, car ils sont tous concernés dans la même affaire et doivent tous répondre devant la loi.

Pourquoi certains ont été libérés à l’insu de tous ? Des interrogations fusent de partout sur la réputation du juge. Le syndicat craint également une politisation de l’affaire qui fait courir un homme politique de Nara, premier responsable d’une institution de la République.

Parmi ces éléments absents et qui n’ont pas été cités le 17 juin figure l’élève stagiaire Demba Diarra qui selon les syndicalistes aurait participé à l’agression. Les responsables du Sycef sont résolus afin que les vrais coupables paient. Et des soupçons planent sur celui qui était le directeur de l’école de Mourdiah, à l’époque des faits, Bakary Kouyaté.

Lors des auditions, à part 4 personnes considérées comme étant des complices, tous les autres ont reconnu les faits d’agression sur le professeur Touré, après avoir violé son domicile, le 20 mai dernier.

Malgré les démarches entreprises par certains professeurs pour une résolution du problème à l’interne, les habitants sont passés à l’action. Aujourd’hui, le Sycef fait de ce problème une question sine qua non pour la reprise normale des cours à l’école de Mourdiah.


B. Daou

07 Juillet 2008