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Ils étaient plus de 300 assaillants venus de Dalakan et de six autres villages de la Guinée voisine à attaquer, ce mardi 6 novembre, le village malien de Siradiouba, situé au bord du fleuve Sankarani, à environ 77 km de Yanfolila. Lors de cette déferlante aussi brusque que sauvage, ce sont cinq personnes qui ont trouvé la mort dont un gendarme de la Brigade territoriale de cette ville. Le bilan fait également état de 14 blessés, plus de 50 boeufs emportés, 34 cases et plusieurs greniers incendiés. Notre reporter Zhao Ahmed Bamba s’est rendu sur le site du drame.

Le conflit frontalier entre les villages de Siradiouba (Mali) et Dalakan (Guinée Conakry) est devenu plus sérieux à partir de 2005. De cette année à nos jours, il y a eu plus de trois accrochages. Le mobile de la crise qui était d’ordre minier à ses débuts en 1969 s’est transformé depuis 1977 en conflit foncier.

Jouissant d’un riche potentiel agricole, la zone de Siradiouba est occupée, depuis des années, par des cultivateurs guinéens qui ont été, de facto, acceptés par les populations de Siradiouba. L’appétit venant en mangeant, les Guinéens ont, par la suite, tenté de s’approprier la zone.

Une boulimie qui a été mal accueillie par les habitants de Siradiouba. C’est ainsi que le 26 mai 2007, le vieux Noumakan Sidibé a été surpris dans son champ par des Guinéens, qui l’ont battu à sang avant de lui faire boire de l’acide et ensuite le pendre à l’aide d’une corde.

Informées de ce qui venait de se produire à Siradiouba, les autorités maliennes avaient promis au chef de village, Demba Seydou Sidibé, que justice sera rendue et que, pour la circonstance, il devait y avoir une rencontre avec les autorités guinéennes pour régler la question de bornage de la frontière entre nos deux pays, une fois pour toute.

Selon le chef du village de Siradiouba que nous avons rencontré, c’est dans l’attente d’une suite de la part des autorités maliennes par rapport à l’assassinat du vieux Noumakan Sidibé, que les enfants de ce dernier, impatients, se sont fait justice, le 24 juin 2007, en tuant un Guinéen de Dalakan et en égorgeant deux enfants en bas âge d’un des assaillants qu’ils croient avoir assassiné leur père le 26 mai 2007.

C’est en revanchards que les habitants du village de Dalakan ont fait appel à leurs homologues de six autres villages guinéens, pour attaquer le village de Siradiouba, le matin de bonheur du 6 novembre 2007.


300 guérilleros armés de fusils de chasse et de PM russes

Au moment de l’attaque du village de Siradiouba, il y avait quelques gendarmes et gardes de Yanfolila venus pour assurer la sécurité des populations. Mais fait bizarre, les hommes de sécurité, au moment de l’attaque du village, n’avaient pas suffisamment de munitions. Ce qui ne les a pas empêchés de défendre vaillamment les populations de Siradiouba avec le peu d’armes et de munitions dont ils disposaient.

La suite se passe de tout commentaire, le bilan est lourd, cinq personnes ont trouvé la mort dont l’Adjudant de gendarmerie, Naba Diarra, de la Brigade territoriale de Yanfolila et quatre villageois parmi lesquels le fils de Noumakan Sidibé du nom de Bréhima N. Sidibé. Lors de cette attaque, les assaillants, venus de la Guinée voisine, étaient environ 300 guérilleros tous armés de fusils de chasse et de PM russes.

Parmi eux, il y avait certainement des porteurs d’uniformes. C’est ce qu’ont témoigné, en tout cas, le chef du village et d’autres personnes sur place. Mais cette attaque, dira Demba Seydou Sidibé, est le témoignage éloquent que nos autorités sont en train de créer des postes de sécurité partout sans penser à équiper ceux là qui sont chargés de veiller à la sécurité des personnes et de leurs biens. Demba Seydou Sidibé, qui s’exprime correctement en français, dira que les pertes de cette attaque guinéenne sont énormes.

Au total, il y a eu cinq morts côté malien, qui sont, entre autres : Nama Diarra, Adjudant de gendarmerie servant à la brigade territoriale de Yanfolila, Mania Djimé, cultivateur, Nousira Djimé, Naré Seydou Sidibé, cultivateur et éleveur, Bréhima Noumakan Sidibé, fils de Noumakan Sidibé assassiné le 26 mai dernier. Ils sont quatorze personnes qui ont été blessées, 34 cases et 19 greniers incendiés, plus de 81 bœufs enlevés. Sans compter les bœufs abattus.

Les dégâts sont considérables, a ajouté un conseiller du chef de village, qui a déclaré que le premier responsable du malheur de Siradiouba est le Préfet Bréhima Koné qui a eu suffisamment d’informations sur cette crise et qui n’a pris aucune disposition pour éviter ce carnage à Siradiouba.

Adji Sidibé, qui a vu impuissant 44 de ses bœufs enlevés, a soutenu qu’à chaque fois, le chef de village ne ratait pas d’occasion pour informer le Préfet de Yanfolila. Mamadi Sangaré, pour sa part, a déploré l’enlèvement de 7 bœufs et un autre tué. Il a regretté aussi le fait que les autorités maliennes prennent à la légère la situation le long de la frontière entre le Mali et la Guinée.

Le jour de l’attaque, a ajouté Mamadi Sangaré, les assaillants guinéens croyaient que le village de Siradiouba était vide de ses bras valides, puisque la veille, presque tous les jeunes du village étaient partis pour Yanfolila afin de tenter de libérer un des leurs, qui avait été arrêté pour une affaire de moto, appartenant, selon eux, à un ressortissant du village guinéen de Dalakan.

A en croire le chef de village, il ne devrait pas y avoir de conflit foncier entre le Mali et la Guinée Conakry, d’autant plus le fleuve Sankarani qui sépare les deux pays sert de ligne frontalière depuis le temps colonial.

En 1969, lors des premiers conflits, le Gouverneur de Sikasso, à l’époque Sory Ibrahima Sylla, avait rencontré les autorités guinéennes.
Le spectre du conflit semblait définitivement exorcisé à l’issue d’âpres négociations.

Mais en 1977, les Guinéens, qui étaient venus demander des terres cultivables aux Maliens de Siradiouba, avaient été acceptés sans problème.
Et depuis, ils traversaient le fleuve pour venir cultiver du côté malien. Demba Seydou Sidibé se dit très surpris que les Guinéens revendiquent, ces temps-ci, les terres de Siradiouba comme leurs propriétés.

Si rien n’est fait, dira le chef du village de Siradiouba, les conflits le long de la frontière entre le Mali et la Guinée Conakry pourraient faire l’objet de conflits armés entre deux pays tôt ou tard. Il a cité aussi l’incident de Niani en 2006, qui avait vu le Préfet de cercle de Yanfolila prendre une décision ayant permis d’apaiser les tensions.


Une famine est même à craindre

Par ailleurs, les populations de Siradiouba craignent que les céréales ne soient pas récoltées à temps à cause du climat d’insécurité qui règne. Une famine est même à craindre.

Un habitant du village a fait savoir que les rizières le long du fleuve sont détruites par des hippopotames. «Il trouve que ces pachydermes ne sont autres que des Guinéens qui détiennent la magie de se déguiser en animal sauvage».

Il a poursuivi en disant que l’attaque du 6 novembre 2007 avait amené toutes les femmes de Siradiouba, prises de peur, à élire domicile dans les villages voisins.

Le président du Conseil de cercle de Yanfolila, Alfouseyni Sidibé, a déploré le départ immédiat des militaires venus en renfort.
Il faut signaler que les militaires venus de Sikasso pour renforcer les effectifs présents sur le terrain ont rallié la capitale du Kénédougou, le dimanche 10 novembre de bonne heure, en dépit de l’annonce faite par le ministre de la Sécurité intérieure, qui avait assuré les populations de Siradiouba, que ses militaires étaient venus pour assurer leur sécurité.

En effet, le Général Sadio Gassama a effectué une visite sur le terrain à Siradiouba le 9 novembre 2007, pour rassurer les populations du soutien des autorités du Mali.
Par ailleurs, le vendredi prochain les Généraux Kafougouna Koné de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales et Sadio Gassama de la Protection Civile et de la Sécurité Intérieure se rendront sur place à Yanfolila, pour y rencontrer leurs homologues de la Guinée Conakry.

Les ministres maliens et guinéens devront certainement échanger sur les vraies délimitations de la frontière entre le Mali et la Guinée.

Au cours de notre reportage, il nous a été donné de constater le terrible enclavement de Siradiouba qui, comme d’autres contrées du Mali, vivant dans les mêmes conditions, semble oublié par les autorités maliennes.

Zhao Ahmed BAMBAEnvoyé Spécial

13 novembre 2007.