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Suite à l’agression du président de transition Dioncounda Traoré le 21 mai dernier, la justice malienne a décidé, le mardi 5 juin 2012, d’ouvrir une enquête pour » tentative d’assassinat » sur la personne du chef de l’Etat. Plus de deux semaines après l’agression du président de transition Dioncounda Traoré dans son bureau à Koulouba, le parquet a donc décidé de requérir l’ouverture d’une instruction judiciaire. Une décision saluée à sa juste valeur par le Front pour la démocratie et la République (FDR). Le porte -parole de ce regroupement, Maitre Kassoum Tapo s’est réjoui de « ce que le parquet de Bamako a décidé d’ouvrir une enquête pour tentative d’assassinat sur la personne de Dioncounda Traoré. Sans qu’aucune plainte n’ait été déposée par qui que ce soit auprès de lui. C’est un bon signe « .

Au vu des différentes auditions menées jusque-là, nous avons été confortés dans notre impression que Dioncounda Traoré a bien été victime d’une tentative d’assassinat et a subi des coups et blessures volontaires « , explique le procureur saisi de l’affaire. Toujours selon Sombé Théra, les auteurs des faits mais aussi leurs complices sont désormais passibles de la Cour d’assises. D’après lui, le défi du juge d’instruction sera maintenant de retrouver les agresseurs, les éventuels commanditaires et de situer les responsabilités individuelles.

A ce jour, une soixantaine de personnes ont été entendues mais seulement trois individus, Boubacar Boré, Yacouba Niaré et Mamadou Sangaré, tous trois membres de l’association Yèrè wolo ton, une association favorable au coup d’Etat du 22 mars, ont été placés sous mandat de dépôt à la Maison d’arrêt de Bamako. Ils sont, pour l’heure, uniquement accusés de » troubles graves à l’ordre public « .

Sept journalistes et animateurs de la Radio Kayira, convoqués hier mercredi, au Camp I de la gendarmerie ont été relaxés après quatre heures d’interrogatoires. Il s’agit de deux journalistes-reporters : Aboubacar Sékou Camara, par ailleurs Administrateur-délégué-adjoint et Mohamed Aboucara Kanouté. Les cinq animateurs sont Kassim Diarra, Mahmoud Sangaré, Awa Diallo, Job Diarra, Souleymane Korodjo Coulibaly.

Pour rappel, l’administrateur de la radio Kayira, Lassine Cissé, avait été lui aussi écroué à la prison centrale avant d’être relaxé.

Quant au coordinateur du réseau des radios Kayira, Oumar Mariko, non moins Secrétaire général du parti Sadi, l’un des artisans du MP22 et de la COPAM, toutes des structures ouvertement pro-putsch, il avait été également interpellé et devait être entendu par les enquêteurs le 26 mai. Toutefois, invoquant son statut de député, Oumar Mariko avait refusé d’obtempérer à la convocation arguant que celle-ci devait transiter par le bureau de l’Assemblée nationale. Et qu’il revenait à cette institution d’apprécier si oui ou non, il devait déférer à la convocation des enquêteurs.

Dans la nuit du même samedi 26 mai, Mariko s’est envolé vers le Maroc pour une mission prévue avant la manifestation ayant conduit à l’agression de Dioncounda Traoré. Du moins, c’est ce que soutient un avocat proche de lui et interpellé dans le même dossier. Un responsable du parti Sadi et proche collaborateur de Mariko à radio Kayira, que nous avons approché pour vérifier l’information selon laquelle Mariko serait en fuite, a eu une réaction indignée. » Mariko a un programme de déplacements à l’extérieur très chargé et il n’a pas cru devoir le suspendre à cause de l’enquête en cours. En tout état de cause, il ne tardera pas à regagner le pays « .

Douze jours sont passés depuis et l’opinion commence à donner du crédit à l’hypothèse de la fuite.

Côté réaction, le FDR, le front pour la démocratie et la République), par la voix de son porte-parole, Maitre Kassoum Tapo, s’est réjoui de ce que le parquet de Bamako a décidé d’ouvrir une enquête pour » tentative d’assassinat sur la personne de Dioncounda Traoré. Sans qu’aucune plainte n’ait été déposée par qui que ce soit auprès de lui.

C’est un signe que la justice a décidé de s’assumer pleinement dans cette affaire. Il faut espérer que le droit et rien que le droit soit dit « .

Le FDR, constitué des grandes formations politiques à l’exclusion du RPM qui s’en est retiré suite à des divergences sur le choix du président et la durée de la transition, a été créé pour faire échec au coup d’Etat militaire du 22 mars 2012. Il a été le premier regroupement politique à qualifier l’agression du Pr Dioncounda Traoré de » tentative d’assassinat « .

Abdoulaye DIARRA

L’Indépendant du 7 Juin 2012