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Alou Maïga, agent de l’ONG Action pour la Solidarité au Sahel : «C’est le Mali qui a été agressé»

De toute façon, je pense qu’il faut accepter Dioncounda tel qu’il a été choisi par la CEDEAO, même si c’est un mal nécessaire. A mon avis, ce n’est pas la personne de Dioncounda mais le Mali qui a été agressé. On ne doit pas agresser la Première institution d’un pays. Ça ne doit pas se faire. Certes, la liberté de manifestation est un droit reconnu par la Constitution, mais de là à porter la main sur une institution, je crois qu’il y a un fossé qu’on ne devait pas franchir. On ne doit pas se rendre justice dans un Etat de droit. Force doit rester à la loi. Cet acte condamnable ne doit pas rester impuni. Les auteurs doivent être recherchés et punis conformément à la loi.

Oumar Alhousséïni, agent commercial : «C’est un acte que je condamne avec fermeté»

C’est un acte que je condamne avec fermeté. Il faut que les gens se rendent compte que nous sommes dans un Etat démocratique, surtout qu’au moment des faits l’intéressé était Président de la République. C’est vraiment un acte déplorable pour le Mali et surtout pour le Mali actuel, qui a d’autres priorités. Je demande que les gens qui ont manifesté de la sorte soient recherchés et punis. Il peut avoir une manifestation de colère. Mais je pense sincèrement qu’ils ont dépassé les bornes. Cette agression remet en lumière la difficile question de la sécurité au Mali en ce moment.

Cette situation ne fait qu’en rajouter à la souffrance des populations du Nord, en créant la confusion à Bamako. Sans stabilité au Sud, il n’y aura jamais de reconquête du Nord. Je demande aux uns et aux autres de prendre conscience du danger qui nous guette, de faire confiance à ce gouvernement pour qu’on puisse faire face au principal défi de l’heure, à savoir le Nord. Dans cette partie du pays, les enfants ont du mal à aller à l’école, les gens n’ont pas accès à l’eau, à l’électricité, bref, les femmes ont des difficultés d’accouchement. Je pense vraiment que le Mali n’a pas besoin de cela.

Dr Moussa S. Dembélé, médecin : «Je condamne cet acte honteux»

Personnellement je ne tergiverse pas là-dessus. J’ai été surpris d’entendre sur les médias que le Président Dioncounda a été agressé jusque dans son bureau, au palais présidentiel. Je condamne avec la dernière rigueur cet acte honteux. J’aimerais aussi que les éventuels coupables soient rapidement arrêtés et punis conformément à la loi. J’appelle la population à la sérénité et à une prise de conscience. J’en appelle à un sursaut national, pour qu’on puisse faire face aux défis du moment. Je demande à la population de rester à l’écoute du gouvernement, de lui faire confiance, pour surmonter cette pente.

Moussa Diarra, chauffeur : «Une honte pour le Mali»

Ce qui s’est passé l’autre jour est une honte pour le Mali. Je n’avais jamais cru possible qu’un Président de la République se fasse frapper dans le monde, si ce n’est chez nous. On ne peut pas trouver de mots pour qualifier la gravité de la situation. On peut ne pas aimer quelqu’un, de surcroît un Président de la République, fut-il par intérim, mais aller jusqu’à le frapper, ça c’est trop.

Alou Koné, taximan : «Il a eu ce qu’il méritait»

Il a eu ce qu’il méritait. Il a fait la tête dure. Sinon, depuis le début de cette crise, les gens t’ont dit qu’ils ne voulaient pas de toi. Il fallait en tirer les conséquences et démissionner simplement. C’est cela la sagesse.

Yako Diarra, étudiant à la FSJP : «Acceptons les décisions de la CEDEAO»

Je crois que nous sommes obligés d’accepter les décisions de la CEDEAO. Tout ce que je veux c’est que le Mali reste comme il a toujours été, un pays respecté partout dans le monde. Ce qui s’est passé l’autre jour ne fait pas honneur à notre pays. Je pense qu’on ne devait pas aller jusqu’à le frapper. Il faut que les gens s’imprègnent de la façon dont un pays doit marcher.

Abdrahamane Diallo, revendeur de journaux : «Préserver la stabilité et la paix»

Dioncounda est le président de la République, donc, il n’est pas admissible qu’on le frappe. Il ne le fallait pas. Ils auraient dû le faire asseoir, pour parler, discuter et lui dire nous voulons que vous démissionniez. Cela valait mieux que de le frapper. C’est un acte qui ternit l’image de notre pays. Il faut le laisser faire les 12 mois de transition. Je crois qu’il faut tout faire pour préserver la stabilité et la paix sociale de notre pays.

Adama Kéita, Entrepreneur de BTP : «Je souhaite que Dioncounda reste»

Je ne suis pas du même avis que ceux qui ont frappé Dioncounda. La situation est telle qu’il faut une accalmie pour que le pays puisse aller de l’avant. Vu la façon dont les gens pensent, on oublie que tout le monde est comptable de la gestion d’ATT. Quelques uns avaient osé lever le petit doigt, mais ils n’avaient pas la majorité. Ce qui importe aujourd’hui c’est de sauver le Nord. Je souhaite que Dioncounda reste, quelle que soit la situation, même si on ne lui donne pas les pleins pouvoirs. Qu’il cohabite avec les autres pour qu’on puisse aller de l’avant. De toutes les façons, il représente l’Adéma, qui n’est pas n’importe quel parti au Mali. Les partis majoritaires pouvaient destituer ATT, ce qui a fait que les gens ne comprennent pas les politiciens.

Les militaires ne peuvent pas défendre l’intégrité du territoire s’ils n’ont pas les moyens adéquats. On a compris à travers le coup d’Etat que l’armée n’était pas équipée, alors que, chaque année, on vote des budgets pour ça. Tous les décideurs de l’époque étaient au courant de cette situation, ils ne pouvaient le nier, ils sont comptables. Les politiciens disent aujourd’hui à la junte de partir. Elle doit partir sur quelle base? C’est eux qui devaient donner les moyens à l’armée pour qu’elle accomplisse sa mission. C’est ce qui a amené tout ce problème. Je déplore qu’ils en soient arrivés à frapper le Président de la république. Dioncounda n’est pas le seul comptable. Mais je ne suis pas d’accord qu’il aille en Côte d’Ivoire dire qu’il n’est pas d’accord avec les autres par rapport à la Convention. Il pouvait le dire au Mali. Entre nous Maliens, on pouvait en discuter.

Propos recueillis par Pierre Fo’o Medjo, Youssouf Diallo et Yaya Samaké