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Le président sud africain Thabo Mbeki a démissionné le 21 septembre 2008. Son parti l’ANC a nommé le vice-président du parti, Kgalema Motlanthe, pour lui succéder à la présidence de la république. C’est aujourd’hui 25 septembre 2008 que prend effet la décision des députés sud-africains qui ont adopté une motion avalisant la démission de Thabo Mbeki de la présidence de la république.

Le président Thabo Mbeki avait été démocratiquement battu au sein de son parti en décembre dernier et il en a tiré les conclusions. Mais le hic est que cette démission s’accompagne de celle de la vice-présidente, Phumzile Mlambo-Ngcuka, et de 11 de ses ministres dont Trevor Manuel et Patrick Lekota. Par ailleurs, le président démissionnaire Thabo Mbeki a repris l’offensive judiciaire contre Jacob Zuma en se joignant à l’appel du procureur général devant la Cour constitutionnelle contre le jugement qui avait mis fin au procès pour corruption contre son rival. Ce qui présage un rebondissement qui n’est pas sans conséquence sur la stabilité de ce pays et de la région.

La biographie du président démissionnaire et son successeur.

Thabo Mbeki

Thabo Mvuyelwa Mbeki

(né le 18 juin 1942) est un homme politique sud-africain, membre du Congrès national africain, vice-président d’Afrique du Sud de 1994 à 1999 et président de la République d’Afrique du Sud (1999-2008).

Originaire de la région du Transkei dans l’actuelle province du Cap-Oriental, Mbeki est le fils de Govan Mbeki (1910-2001), un militant notable du Congrès national africain (ANC) et du Parti communiste sud-africain (SACP).

Sa langue maternelle, ainsi que celle de Nelson Mandela, est le xhosa.

Membre de l’ANC

Thabo Mbeki a rejoint l’ANC à l’âge de 14 ans, et l’a représenté auprès de gouvernements étrangers à partir de 1967.

Il est nommé chef du département de l’information du parti en 1984 et du département des relations extérieures en 1989.

Avec l’ANC majoritaire à l’assemblée d’Afrique du Sud lors des premières élections multiraciales de 1994, il est avec Frederik de Klerk l’un des deux vice-présidents de Nelson Mandela.

En 1996, à la suite de la démission de Frederik de Klerk et du retrait du Parti national du gouvernement, Thabo Mbeki devient l’unique vice-président d’Afrique du Sud au côté de Nelson Mandela lequel lui délègue l’essentiel de ses pouvoirs exécutif.

Président d’Afrique du Sud (1999-2008)

En juin 1999, Thabo Mbeki est naturellement élu président de la République et succède à Nelson Mandela. Il choisit Jacob Zuma comme vice-président.

Thabo Mbeki a été réélu en avril 2004 avec une majorité parlementaire encore plus étendue qui s’accroît encore par la suite avec la fusion-absorption du Nouveau Parti national.

Dans les affaires internationales, Mbeki a joué un rôle notable dans les mises en œuvre du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique et de l’Union africaine. Il a aidé à la promotion des processus de paix au Rwanda, au Burundi et en RDC. Mbeki a également tâché de promulguer le concept de « Renaissance africaine ». Son gouvernement a coopéré avec ceux du Brésil sous la présidence de Lula da Silva et de l’Inde sous le gouvernement d’Atal Bihari Vajpayee, constituant une alliance qui est devenue un protagoniste influent pour les intérêts des pays en voie de développement.

En juin 2005, Mbeki limoge son populaire et populiste vice-président, Jacob Zuma, englué dans un grave scandale politique. Il s’attire alors l’hostilité de la frange la plus populiste de l’ANC, celle qui soutenait Zuma.

En 2007, bien que ne pouvant effectuer de troisième mandat, Thabo Mbeki décide de se présenter de nouveau à la présidence de l’ANC, notamment pour contrer Jacob Zuma. Dans la cadre de sa campagne pour prendre la direction de l’ANC, bien que toujours sous le coup d’une enquête judiciaire pour corruption mais capitalisant sur la déception des plus pauvres face à la politique économique libérale du président Mbeki, Zuma obtenait cependant le soutien de cinq des 9 branches provinciales du Congrès national africain (ANC) (KwaZulu-Natal, Gauteng, État-Libre, Mpumalanga et Cap-du-Nord) et 61% des votes contre quatre branches provinciales et 39% des voix pour le chef de l’Etat Thabo Mbeki (Cap-Oriental, Nord-Ouest, Cap-Occidental et Limpopo nord), lui conférant ainsi la majorité relative des délégués. []

Lors de la conférence élective du président de l’ANC qui se tint ensuite du 15 au 20 décembre 2007 à Polokwane, Jacob Zuma recevait le soutien de près des trois quarts des 3 900 délégués face au président sortant Thabo Mbeki. L’élection se fait dans un climat tendu entre les deux camps sur fond de chants et de danses comme « Umshini Wami » (Passe-moi ma mitraillette), chant de la lutte contre l’apartheid, devenu emblème de Jacob Zuma.

Le 18 décembre, au bout d’une bataille de procédure qui a retardé de 24 heures le vote, Zuma est élu président de l’ANC en remportant 2 329 voix (60% des suffrages) contre 1 505 à Thabo Mbeki. La victoire de Zuma est d’autant plus humiliante pour le président sortant que chaque autre membre du comité directeur soumis ce jour là au vote des militants est un proche de Zuma, ne laissant aucune place au camp sortant.

Controverses sur le SIDA

Les vues du président Mbeki sur la question du Sida ont provoqué la controverse, notamment quand il a nié le lien entre le virus et la maladie et pour avoir affirmé que, dans un pays où plus de 800 personnes meurent chaque jour de cette maladie, il ne connaissait personne qui soit mort du sida dans son entourage immédiat.

Cependant, en août 2007, le limogeage de Nozizwe Madlala-Routledge par le président Mbeki, la sanctionnant pour avoir dénoncé l’état des services de santé, fut interprété à nouveau par les ONG comme « Treatement Action Campaign » et par l’opposition comme un « déni » de la pandémie.


La démission

Mis en cause indirectement pour des « interférences » politiques par le juge ayant prononcé un non-lieu dans des affaires de corruption concernant Jacob Zuma, Thabo Mbeki annonce sa démission le 21 septembre 2008 après avoir été désavoué par son parti. L’ANC nomme alors le vice-président du parti, Kgalema Motlanthe, pour lui succéder à la présidence de la république. Le 23 septembre, par 299 voix contre 10, les députés sud-africains adoptaient une motion avalisant la démission de Thabo Mbeki de la présidence de la république avec effet au 25 septembre 2008.

La démission de Thabo Mbeki s’accompagne de celle de la vice-présidente, Phumzile Mlambo-Ngcuka, et de 11 de ses ministres dont Trevor Manuel et Patrick Lekota. Parallèlement, Thabo Mbeki reprenait l’offensive judiciaire contre Jacob Zuma en se joignant à l’appel du procureur général devant la cour constitutionnelle contre le jugement qui avait mis fin au procès pour corruption contre son rival. Dans sa plainte, Thabo Mbeki fait valoir que les attendus du jugement étaient « scandaleux et préjudiciables » envers sa réputation en tant que personne privée et chef de l’Etat.

Kgalema Motlanthe

Kgalema Motlanthe (né en 1949) est un homme politique d’Afrique du Sud. Le 22 septembre 2008, il a été désigné par son parti, le Congrès national africain, pour succéder à Thabo Mbeki, démissionnaire, au poste de Président de l’Afrique du Sud.

Il est vice-président de l’ANC (Congrès national africain) et restera en poste comme Président de la République d’Afrique du Sud au moins jusqu’en avril 2009, date prévue pour les prochaines élections générales dans le pays.
Premiers pas

Ancien syndicaliste, Motlanthe fut d’abord influencé par l’idéologie révolutionnaire du Mouvement de la conscience noire de Steve Biko dans son pays. Il est emprisonné sous le régime d’apartheid en 1977, à l’âge de 28 ans, soit un an après les émeutes de Soweto de 1976.

En 1976, il fut détenu pendant onze mois pour avoir poursuivi les buts du Congrès national africain. Il fut ultérieurement condamné à 10 ans d’emprisonnement sur l’île de Robben Island. Peu après sa libération, il fut élu Secrétaire général de l’Union nationale des mineurs de fond. En 1997, lorsque Cyril Ramaphosa prit sa retraite de la politique, Motlanthe fut élu Secrétaire général de l’ANC.


Ministre et membre du Parlement

Motlanthe fut élu vice-président de l’ANC lors de la 52e conférence nationale du Parti, à Polokwane, en décembre 2007, au détriment du candidat choisi par le camp de Mbeki, Nkosazana Dlamini-Zuma. Le nouveau leadership de l’ANC, dominé par des soutiens à Jacob Zuma, fit pression sur le Président Thabo Mbeki pour faire nommer Motlanthe au sein du Gouvernement. Ce dernier fut élu membre du Parlement en mai 2008, et en juillet, il fut nommé au Gouvernement par Mbeki en tant que ministre sans portefeuille. Ce qui fut considéré comme une transition douce vers un futur gouvernement Zuma.

Le 23 septembre, Nathi Mthethwa, membre de l’ANC, indiqua que la démission de Mbeki prenait effet à compter du 25 septembre. Le président de l’ANC, Jacob Zuma, déclara que son vice-président, Kgalema Motlanthe, prendrait les rênes du pouvoir présidentiel jusqu’aux prochaines élections générales de 2009 : « Je suis convaincu« , déclara-t-il, « que, dans cette situation de responsabilités, Motlanthe assurera convenablement l’intérim« . L’ANC confirma que Motlanthe « s’apprêtait à prendre la Présidence avec pleins pouvoirs jusqu’aux élections de 2009« .


25 Septembre 2008