Partager

Affrontements communautaires sanglants dans le Sud-Est du pays ! Bruits de bottes dans le Nord du pays ! Peur-panique dans la capitale où les uns et les autres, ne sachant pas de quoi sera fait demain, commencent à faire leurs provisions. Telle est la situation difficile qui prévaut actuellement au Tchad, pays du maréchal Idriss Deby Itno ; tant la météo sociopolitique est très mauvaise. Tout se passe,  en effet, comme si la présidentielle du 11 avril dernier dont on ne se fait pas d’illusions sur le nom du vainqueur, avait contribué à raviver les tensions au Tchad. Tant et si bien que des violences ont éclaté un peu partout et ce, alors même que les résultats du scrutin n’ont pas encore été rendus publics. Craint-on d’annoncer la réélection du maître de N’Djamena au risque d’en rajouter au contexte sociopolitique très délétère ? Tout porte à le croire surtout qu’à ce qu’on dit, les rebelles qui n’entendent pas se laisser conter fleurette, ont déjà pris le contrôle de la province du Kanem où de violents affrontements les ont opposés aux forces armées tchadiennes. Certes, les soldats de Deby disent avoir mis en déroute ceux qu’ils qualifient de « terroristes », mais il faut dire que le Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT) trouble le sommeil des autorités de N’Djamena. Si fait que redoutant un pourrissement de la situation, certaines chancelleries occidentales ont  commencé à évacuer leurs ressortissants. Deby a semé la dictature et l’heure est venue, pour lui, de récolter… la tempête du désert. Car, après une trentaine d’années aux affaires, plutôt que de faire valoir ses droits à la retraite en quittant honorablement la scène politique, le « guerrier du désert », ainsi qu’on le surnomme, refuse de s’imaginer une autre vie en dehors du pouvoir. 

La France est interpellée

Au point qu’il a décidé de rempiler pour un 6e mandat et ce, après avoir pris le soin d’écarter tous ses adversaires de taille capables de lui tailler des croupières. On se rappelle encore l’attaque à l’arme lourde du domicile d’un de ses opposants, Yaya Dillo, qui avait laissé plusieurs morts sur le carreau. D’aucuns estiment d’ailleurs que les tensions en cours dans le pays, ont été exacerbées par cette attaque qui, dit-on, a provoqué un véritable malaise au sein des troupes. En tout cas, pour autant qu’il veuille sauver son fauteuil, Deby qui se pose en pion  incontournable dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, gagnerait à ouvrir un dialogue franc et  sincère  avec toutes les composantes de la nation tchadienne. Est-il seulement capable de ce sursaut ? Pas si sûr. Surtout quand on sait qu’il bénéficie du soutien de la France qui, certes, pour le moment, observe, mais n’hésitera sans doute pas à intervenir  encore militairement si, ville après ville, les rebelles décidaient de descendre sur N’Djamena. Comment, dans ces conditions, espérer la fin des dictatures en Afrique si ceux-là qui se font passer pour des parangons… de démocrates et qui disent se gader de toute ingérence, n’hésitent pas à voler au secours de dirigeants aux abois ? La France est donc interpellée.

Boundi OUOBA

Source: Lepays.bf