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Après la fin de non-recevoir signifiée à une délégation nationale, partie négocier la paix en Guinée dont des ressortissants ont des visées sur ses terres agricoles, le Mali se doit aussi de circonscrire très vite l’autre menace qui pèse cette fois-ci sur la zone Office du Niger après l’attaque de Diabaly par des hommes armés se réclamant de la rébellion touareg.

Quand des litiges frontaliers ne sont pas réglés à l’amiable, il est fait recours à l’arbitrage international aux fins de les trancher une bonne fois pour toutes. Mais que peut-on d’autre contre des frères « égarés », adeptes de la guérilla urbaine, si ce n’est la fermeté ?

Dans le cas précis de l’O. N., l’Etat, avec 4 généraux aux postes clés (président de la République, Premier ministre, ministre de l’Administration territoriale, ministre de la Sécurité intérieure) devra s’obliger à appliquer les mesures radicales contre les fauteurs de troubles, mettre fin à la longue « récréation », en affirmant son autorité. Et pour cause…

Grenier du pays, la zone Office du Niger est appelée à jouer un rôle déterminant dans la réussite de « l’Initiative riz », préconisée par le Premier ministre pour répondre à la crise céréalière mondiale, avec une production attendue de 1,6 million de tonnes de riz non décortiqué. Or, pour cela, la zone a, plus que d’intrants et d’équipements agricoles, besoin de quiétude et d’entente.

Mais tout ceci, finalement, risque de n’être qu’un rêve sans lendemain si la situation sécuritaire n’est pas préalablement maîtrisée parce que, apparemment, l’attaque de Diabaly a déjà fait son effet : instaurant une sorte de psychose, facteur bloquant à l’atteinte de bons résultats. Mardi dernier en tout cas, c’était bel et bien le sauve-qui-peut dans la région.

Le paysan a beau être brave, il a beau s’engager à traduire en acte concret une ambition politique, il ne peut, seul, les mains nues de surcroît, affronter des hordes de bandits sans foi ni loi et dont la vocation, assurément, est de contrarier la volonté populaire à travers des actes antipatriotiques. Trop, c’est trop !

L’Etat, après avoir maintes et maintes fois offert la carotte, se doit donc d’user du bâton contre ceux qui se sont mis en dehors de la République. Sinon, normalement, les questions soulevées par la rébellion au nord ont leurs solutions soit dans le Pacte national de 1992, soit dans l’Accord d’Alger de 2006 ou plus récemment encore dans le Protocole d’entente de Tripoli.

Alors que veut-on de plus si ce n’est des lubies de quelques capricieux de prendre en otage un pays déjà assommé par des difficultés de toutes sortes (vie chère, crise de l’école…) et presque inextricables ? Peut-on seulement imaginer l’ampleur des difficultés alimentaires à venir si les récoltes ne sont pas bonnes à cause de l’insécurité ? Quel intérêt a le Nord déficitaire en production céréalière à porter la menace sur les terres agricoles du Sud ?

On le voit, il n’y aura pas grand monde pour comprendre les motivations réelles des assaillants de la semaine dernière. Et si ce sont des « bandits armés », ils doivent être, à l’instar de leurs semblables partout dans le pays, recherchés et traduits en justice. Mais admettons-le : ici, c’est 1,6 million de tonnes de fois plus facile à écrire qu’à faire.


A. M. T.

12 Mai 2008