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Hier victime, aujourd’hui accusé. Cette image sied bien à notre confrère Nouhoun Keita, journaliste à la radio Kayira qui a eu hier maille à partir avec le commissariat du 4ème arrondissement. Interpellé, il a été maintenu à la police pendant cinq heures d’horloge avant d’être relaxé. Que trame t-on dans cette affaire ?

Vous vous souvenez que dans notre parution n°2675 du 28 juillet 2008, sous le titre « Trafic de passeport : Un journaliste malien victime des faussaires », nous avons écrit : « Le Passeport malien numéro A 1263469 délivré le 11 mai 2004 a deux titulaires. Le vrai titulaire serait Nouhoun Keita, journaliste à la radio Kayira et secrétaire à la communication du parti SADI.

L’usurpateur, le faux titulaire, serait un certain Abdoulaye Sissoko qui se dit commerçant, mais qui serait un escroc dangereux. Ce passeport a la particularité d’appartenir à deux personnes différentes mais avec la même photographie, celle de Nouhoun Keita. L’affaire du faux passeport qui serait au centre d’une escroquerie de 14, 8 millions de Fcfa est au niveau du commissariat du 3ème arrondissement.

Et mieux, Nouhoun Keita qui veut comprendre ce qui lui est arrivé a saisi le procureur de la République près le Tribunal de première instance de la commune II du District de Bamako d’une plainte pour faux et usage de faux ». Depuis sa plainte devant le procureur de la commune II, Nouhoun Keita ne ratait aucune occasion pour se plaindre du silence autour de son affaire. Malheureusement pour lui, contrairement à toute attente, au moment où sa plainte dort au tribunal de la commune II, c’est le commissariat du 4ème arrondissement qui le convoque.

Selon des indiscrétions, le procureur de la commune V aurait reçu une plainte avec constitution de partie civile qui n’est autre que l’Indien en question contre notre confrère Nouhoun Keita. Et c’est en exécution du soit transmis du procureur de la commune V que Nouhoun Keita a été convoqué au commissariat du 4ème arrondissement.

L’inspecteur Sissoko, en charge du dossier, n’a pas hésité à porter une accusation grave contre Nouhoun Keita. « Il m’a tout l’air que vous êtes complice dans cette affaire », a-t-il déclaré d’entrée de jeu. Et du coup, celui qui s’ estime victime d’une situation à laquelle il n’a aucune explication devient un accusé.

Nous sommes tentés de nous demander qui a porté plainte contre Nouhoun Keita qui s’estime victime, pour que cette affaire déjà pendante devant le commissariat du IIIème arrondissement et dont le procureur de la commune II est saisi d’une plainte contre X pour faux et usage de faux, se trouve au commissariat du IVème arrondissement.

Rappel des faits

Le vendredi 11 juillet 2008, aux environs de 17h 30, Nouhoun Keita reçoit à la radio Kayira la visite de Mahamoudou Touré, une connaissance de longue date qu’il a perdue de vue depuis bientôt dix ans. Après les salutations d’usage, Mahamoudou Touré, informe son hôte de l’objet de sa visite.

« J’ai un partenaire d’affaire d’origine indienne, nommé Azeez Arambathickal qui serait par ailleurs Président de la chambre de commerce Indo Malgache, qui a été escroqué par des individus à hauteur de 14 800 000 Fcfa. Mon partenaire d’affaire, actuellement au Mali, m’ a exhibé la photocopie d’un passeport censé appartenir à un certain Abdoulaye Sissoko. Mais, j’ai constaté sur le passeport que la photo était de toi, même si ton nom ni figurait pas.

Et comme en plus d’être tous deux ressortissants de Kéniéba et promotionnaire d’école, j’ai décidé de venir t’informer de la situation », a-t-il indiqué. Avant d’exhiber la photocopie du passeport et d’informer son interlocuteur que le nommé Azeez Arambathical se trouvait à l’hôtel Nyuma Belleza à Bamako Coura. Surpris de voir sa photographie sur la photocopie du passeport, Nouhoun Keita a failli tomber en syncope. « Comment cela est-t-il possible, ma photographie sur un passeport qui ne porte pas mon nom ?», s’est-t-il interrogé.

Avant de constater que la photocopie du titre de voyage qu’il tenait en main n’avait rien de différent de son véritable passeport que le nom du titulaire, la date de naissance et la profession. Toutes les autres caractéristiques du document étaient identiques. Face à la gravité de l’acte, il s’est fait immédiatement accompagner par Mahamadou Diarra, coordinateur du réseau de communication Kayira, pour aller rencontrer Azeez Arambathickal.

C’est au cours de cette rencontre que l’Indien s’est rendu compte qu’il a été victime d’un réseau d’escroquerie bien huilé. Muni de la photocopie du passeport, Mahamadou Diarra, montrant Nouhoun Keita à l’opérateur économique indien, lui demanda s’il le connaissait. Sa réponse ne se fit pas attendre.

Il répondit sans ambages qu’il ne l’avait jamais rencontré et ce n’était pas le nommé Abdoulaye Sissoko qui a fait l’intermédiation entre lui et un certain Alfa Koné. Dans un anglais approximatif, Nouhoun Keita s’est débrouillé pour expliquer à l’Indien qu’il n’était pas homme d’affaire, mais plutôt un journaliste à la radio Kayira.

Il lui a révélé qu’à part le nom et le prénom, ainsi que la profession et l’année de naissance, tous les autres renseignements contenus dans le passeport correspondaient au vrai passeport qu’il détient lui-même depuis mai 2004. Après la rencontre avec l’Indien, face à l’extrême gravité de cette affaire, Nouhoun Keita, accompagné du coordinateur du réseau de communication Kayira, s’est rendu au commissariat du 3ème arrondissement pour porter l’affaire devant le commissaire.

Mahamoudou Touré et l’Indien ont été interpellés par la police qui les a libérés après les avoir entendus. Et depuis le 11 juillet 2008, l’affaire se trouvait au niveau du commissariat du IIIème arrondissement pour les besoins d’enquête. Impatient, Nouhoun Keita souhaitait que toute la lumière soit faite sur cette affaire rocambolesque qui vient davantage ternir l’image des documents de voyage maliens.

Dans notre article qui avait ébruité cette affaire, nous n’avions pas hésité à inviter la police du troisième arrondissement et toutes les autorités qui ont une petite parcelle de pouvoir au niveau des services de la police malienne de se mobiliser pour que toute la lumière soit faite sur cette affaire qui ne doit pas être un cas isolé. Et plus que jamais, avec les nouvelles tournures prises par cette affaire, Nouhoun Keita pense que sa plainte au niveau de tribunal de la commune II doit lui permettre de connaître le ou les auteurs de cette forfaiture.

Assane Koné

14 Août 2008