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Le président de la République vient de prendre l’affaire en main pour s’immiscer dans les affaires judiciaires. Par cet acte, il viole le principe cardinal de la séparation des pouvoirs mais aussi il tend un piège à Tiébilé Dramé.

Cette situation inattendue a surpris plus d’un. Même le Général-président, Amadou Toumani Touré semble ne pas être au courant de l’affaire et tente de jouer au sapeur pompier. C’est pourquoi, il a très vite fait de rencontrer à sa demande une délégation du Parena le mardi 19 septembre. Et le président de la République de rassurer la délégation du parti du bélier blanc de sa «détermination à œuvrer pour le renforcement de ses relations avec le Parena».

Cette phrase laconique en dit long sur les intentions présidentielles. En effet, ATT qui a mal joué dans ce scandale politico-financier ne s’attendait pas à la rigoureuse réaction du parti de Tiébilé Dramé qui n’a pas hésité un seul instant à pointer un doigt accusateur sur lui.

Aussi, pour se racheter le président de la République entend disculper son vieil ami et non moins ancien ministre des Affaires Etrangères sous la transition démocratique.Cette voie que ATT semble emprunter ne sied pas au regard de notre Loi fondamentale à «l’aîné du Mali sans être le plus âgé».

En intervenant dans le cours de la justice, le chef de l’Etat porte une atteinte grave à la séparation des pouvoirs mais aussi au fonctionnement régulier de la justice et donne raison à La Fontaine : «selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir».

En procédant de cette manière, ATT ne servira pas Tiébilé Dramé. Au contraire, ce sera l’épée de Damoclès sur la tête du président du Parena. Et dans l’imaginaire populaire, les gens vont continuer de croire que «Tiébilé a commis un détournement en sa qualité de président du Comité national d’organisation du 23ème sommet Afrique-France. Et qu’il n’a eu son salut que grâce à l’intervention d’ATT».

De telles insinuations poursuivront l’homme politique qu’il est durant le reste de sa carrière. Cependant, pour éviter de salir l’honneur et la dignité du gendre du président Konaré et même de sa progéniture, il est important que l’action judiciaire puisse continuer de façon saine. Sans aucune «malveillante manipulation».

Le vin est tiré, il faut accepter de le boire.

Candidat malheureux à la présidentielle de 2002 (4ème loin derrière le trio ATT, Soumaila Cissé et IBK) le N°1 du parti du bélier blanc se doit de mettre tout son poids dans la balance afin que la justice éclaire cette situation. L’opinion publique a le droit de savoir si oui ou non le président Dramé «a bouffé».

Seule la justice pourra se prononcer sur la question à travers un non lieu , un acquittement ou une condamnation pour l’accusé. Ce qui est sûr, c’est que le classement de l’affaire par des moyens politiques n’arrange guère l’avenir politique à la fois du Parena et de son président. C’est un piège mortel pour les militants et responsables du parti du bélier blanc.

Le fait de dire qu’un «mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès» ne s’adapte pas à ce contexte. Là, il faut obligatoirement une décision judiciaire. C’est celle-là et celle là seulement qui pourra réhabiliter le patron du Parena dont l’image est quelque peu écorchée par l’événement, au cas où il bénéficierait d’un non lieu. Cela est mieux qu’une intervention présidentielle qui alimentera la suspicion.


A suivre.

Chahana TAKIOU

21 septembre 2006.