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Par presse interposée, le ministère de la défense et des anciens combattants et “l’entourage” du général Amadou Haya Sanogo se tiraillent depuis des semaines. Le point d’orgue de cet épisode est l’interpellation musclée du général et sa mise sous mandat de dépôt le 27 novembre. Malgré l’incarcération de celui-ci, il a pu s’exprimer sur les ondes d’une radio locale pour dénoncer les conditions de son interpellation. Pourquoi tant de bruit autour de cette affaire quand les priorités sont ailleurs ?

L’agitation médiatique et sociale autour du dossier judiciaire du général Amadou Haya Sanogo aurait-elle pour seul but de détourner l’attention du peuple des questions essentielles du pays ? A savoir trouver une solution à la cherté de la vie, résorber le chômage, stopper l’épidémie qu’est la corruption, faire en sorte que l’école retrouve ses lauriers et dénouer le nœud gordien qu’est devenue la région de Kidal livrée aux mains de bandits armés ?
Le panier de la ménagère est de plus en plus léger tant les denrées de premières nécessités sont inabordables.

Pour ne rien arranger, la plupart des familles maliennes sont en but au chômage des nouveaux diplômés.
Quand aux plus jeunes qui fréquentent encore les bancs, ils sont sans cesse confrontés à la grève, tantôt de leur initiative propre, tantôt de celle lancée par le corps enseignant.
Pour les Maliens qui ont la chance d’appartenir à la corporation des fonctionnaires, la corruption et le clientélisme sont les premiers maux qu’ils s’approprient allant jusqu’à considérer comme « fou » tout employé de l’Etat qui ferait preuve d’un peu de probité.

Kidal

En présidant la cérémonie de lancement d’un projet de réforme des forces de défense malienne ce lundi 2 décembre, le ministre de la défense et des anciens combattants, Soumeylou Boubèye Maïga, a évoqué le cas Sanogo qui, selon lui, «n’est pas une procédure à l’initiative du gouvernement mais des familles [de victimes, Ndlr] qui cherchent à savoir ce qu’il est advenu de leurs parents» à l’issue des événements du 30 avril 2012, cela s’entend. Cependant, le ministre ne s’est pas prononcé sur ce qui se passe à Kidal où la présence de l’armée reste symbolique tout comme celle de l’état, l’opération Serval ayant servi de couvert au retour des bandits du mnla, chassés par leurs anciens alliés, les djihadistes. Et depuis la semaine dernière, après que le nouveau président ait levé les mandats de certains chefs de ce groupement, voilà ceux-ci désormais députés.

Avant et depuis sa prise de fonction, le président Ibrahim Boubacar Keïta affirme partout que le pays restera un et indivisible, promettant même la justice… Drôle d’entrée en matière.

Le premier ministre, Oumar Tatam Ly, quant à lui, a été privé de séjour à Kidal le 28 novembre par des manifestants à la solde du mnla. Et cela à la barbe de la MINUSMA and Co. Suite à cet événement qui aurait finalement suscité une réaction de l’armée, le groupe rebelle, par la voix de son vice-président, et à travers ses canaux habituels, a annoncé qu’il rompait le cessez-le-feu qu’observent les parties depuis des mois avant qu’un autre des innombrables représentants de ce groupuscule ne vienne tempérer le jeu par une déclaration moins va-t-en guerre. On en rirait presque si ce n’était pas aussi dramatique.
A quel jeu jouent donc nos élus dans cette partie du septentrion malien ?

On nous dit sans arrêt que le territoire national est « libéré », mais nous constatons que cela n’est pas le cas partout et que des endroits de la patrie reste entre les mains de ce qu’il est convenu d’appeler « les groupes armés ».
Quelles que soient les intentions des étrangers, le gouvernement du Mali ne doit servir que les intérêts de notre pays en gardant en mémoire les propos d’un grand président Français, « Un état n’a pas d’ami, un état à des intérêts ». Et aujourd’hui, ceux du Mali se trouvent dans la concrétisation réelle de l’intégrité territoriale en ramenant effectivement toutes les régions, grandes ou petites, dans le giron de l’état.

Seydou Coulibaly

© AFRIBONE

Le 3 Décembre 2013