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L’auteur de l’interpellation du ministre de la Sécurité intérieure et de la Protection civile sur la disparition de Safiatou Togola, estime que la Brigade des mœurs aurait dû garder le profil bas, après que la fille eut été retrouvée au lieu de se livrer à une publicité autour d’une affaire dans laquelle elle ne semble pas tout à fait innocente.

S’il y a un sujet qui a ravi la vedette à l’Espace d’interpellation démocratique (EID), édition 2008, c’est bien la disparition de la jeune fille Safiatou Togola, dans les locaux de la Brigade des mœurs courant janvier 2008.

Sur la question, Nouhoum Sanogo, administrateur des biens, n’a pas cherché midi à quatorze heures pour interpeller le ministre de la Sécurité intérieure et de la Protection civile qui a solennellement promis que ses services compétents mettront tout en œuvre pour retrouver la fille. Naturellement, la réaction de l’intéressé se comprenait d’autant plus que c’est sa sœur répondant au nom de Fatoumata Sanogo qui est venue de Koutiala avec la fille, pour l’aider à trouver un travail d’aide-ménagère à Bamako. C’était courant janvier 2008.

« Dès leur arrivée ma fille du nom de Penda embaucha Safiatou et l’amena à son domicile conjugal. Le lendemain, Safiatou sortit seule pour regagner notre maison. Malheureusement, ne connaissant pas la ville, elle s’est égarée. Après plus d’une semaine de recherche, nous sommes arrivés à la localiser, un homme, qui l’avait retrouvée, finit par l’amener à la Brigade des mœurs » , précise Nouhoum Sanogo, dans une correspondance adressée le 11 avril 2008 au commissaire de la Brigade des mœurs.

Depuis, M. Sanogo multipliait les contacts comme en témoignent ses nombreuses correspondances adressées au directeur national de la police à qui il a demandé d’user de son influence auprès de ses services pour l’aider à retrouver Safiatou Togola.

Quelques jours après l’EID, les autorités de la Brigade des mœurs ont annoncé par voie de presse que Safiatou Togola a été retrouvée et que contrairement aux arguments développés par l’interpellateur à l’EID, elles ne sont impliquées ni de près ni de loin dans la disparition de la fille. « La fille n’a pas été vendue et elle avait plus de 18 ans. Donc, sa garde ne relevait pas de nous après son passage dans nos locaux lorsqu’elle a été retrouvée », ont expliqué les autorités de la Brigade.

Mais, cette sortie des autorités de la Brigade de mœurs a mis mal à l’aise Nouhoum Sanogo qui s’est vu dans l’obligation d’apporter des précisions. « En aucun moment, je n’ai dit que la fille a été vendue et je n’ai jamais dit qu’elle a 13 ans », dément l’interpellateur.

A bout de nerf, il explique que c’est une inspectrice de la Brigade des mœurs, Rokia Traoré, qui a informé sa sœur que la fille « se trouve bien ici et que seulement elle l’avait placée dans une famille par l’intermédiaire de sa sœur qui avait voyagé et devrait revenir vers le 10 février 2008. Et que dès que cette dernière serait de retour, elle remettrait la fille à notre disposition et depuis rien. Personnellement, j’ai effectué deux visites à la Brigade de mœurs courant mars, le seul langage que Rokia m’a tenu est : on la retrouvera ».

Cette déclaration, selon lui, en dit long sur la responsabilité de la Brigade des mœurs. Fort de cet argument, il signe et persiste que la Brigade sait quelque chose de la disparition de sa nièce Safiatou Togola. « Sinon, comment comprendre qu’en un laps de temps après la sortie du ministre suite à mon interpellation que la fille ait été retrouvée. Si ce n’est pas du montage », proteste-t-il.

Mieux, il estime que la protection de l’homme est un devoir sacré et qu’il appartient en priorité aux forces de sécurité d’assister ceux qui sont en détresse. Or, dit-il, dans cette affaire, « l’homme est considéré comme moins que rien ». Il dit ne pas comprendre comment un enfant égaré qu’on conduit à la police à l’effet de retrouver les siens, est plus tard déclaré porté disparu.

Nouhoum Sanogo s’est dit outré par la publicité faite par la Brigade de mœurs dans cette affaire douloureuse. Tout porte à croire que l’interpellation aurait servi à quelque chose car, Safiatou Togola a été retrouvée saine et sauve et devrait regagner son Koutiala natal.

Mohamed Daou

30 Décembre 2008