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hopital3.jpgC’est peut être l’épilogue d’une affaire qui tient le pays en haleine. Le docteur Mohamed Keïta, maître assistant au service ORL de l’hôpital Gabriel Touré et de Mme Dembélé Salimata Dao, assistante anesthésiste au service de réanimation du même hôpital, incarcérés pour leur implication dans la prise en charge de Mme Touré Aïda Niaré, une patiente décédée par la suite, ont été libérés hier dans la journée.

Leur demande de mise en liberté provisoire a été acceptée par le juge d’instruction. Ils ont été donc libérés dans l’après-midi. La confirmation a été donnée par le secrétaire général du ministère de la Santé, Daba Diawara, qui a salué la compréhension de la famille Niaré. Il a en outre rappelé que la démarche a abouti grâce à l’implication personnelle des ministres de la Santé et de la Justice et du directeur de cabinet du Premier ministre.

SERVICE MINIMUM

D’autres personnalités comme l’ancien Premier ministre, Mamadou Dembélé, l’ancien ministre Issa N’Diaye, Ismaïl Konaté, le président de l’Association des aveugles du Mali, étaient également impliquées dans les négociations. Ainsi que l’Union nationale des travailleurs du Mali et l’Association des professionnels de la santé. Tous ces médiateurs ont joué dans le sens de l’apaisement, a expliqué Daba Diawara.

On se souvient que le personnel du centre hospitalo-universitaire avait déclenché un mouvement de grève le 8 août dernier pour réclamer la libération de leurs collègues. Une suspension de 48 heures du mouvement avait été décidée en assemblée générale lundi. Le personnel du centre hospitalo-universitaire avait donc repris le travail.

Au terme de ces 48 heures, le mouvement avait repris hier aussi bien à l’hôpital Gabriel Touré d’où tout est parti que dans l’autre centre hospitalo-universitaire, celui du Point G, au Centre national d’odonto-stomatologie (CNOS) et à Kati. Mais à la différence du débrayage sauvage des premiers jours du mouvement, le service minimum était assuré dans les différentes structures pour faire face aux urgences.

La suspension, le 13 août dernier, du mouvement déclenché par le personnel de Gabriel Touré avait été obtenue par la médiation de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) et de l’Association des griots. Les deux corporations se donnaient ainsi le temps de négocier la libération de Mohamed Keïta, et Mme Dembélé Salimata Dao.

Ils avaient, avaient-ils assuré lors de l’assemblée générale extraordinaire, reçu des assurances que les détenus seraient relaxés dans les 48 heures qui suivaient.
Ce « sursis » écoulé, le personnel avait donc remis ça. Les hôpitaux du Point G, de Gabriel Touré, de Kati et le CNOS sont ainsi restés fermés hier matin au public pour les consultations générales ou spécialisées.

A Gabriel Touré, certains malades présentaient des tickets de consultation pris la veille. Ils n’avaient pu, expliquent-ils, être consultés pour cause d’assemblée d’information et avaient donc été obligés de revenir hier. A leur grande surprise, les médecins avaient débrayé.

Les boxes de consultations gynécologiques et pédiatriques situés dans le nouveau bâtiment qui abrite l’administration hospitalière étaient alors quasiment vides. Une demi dizaine de femmes attendaient toujours en espérant sans doute que les hommes en blouse blanche finiraient par les prendre en pitié. Mais au service de pédiatrie, une infirmière administrait des soins (piqûres, pansements) aux enfants.

Dans les différents services de l’hôpital, les médecins avaient cessé le travail mais des équipes étaient maintenues pour assurer le service minimum.
Idem dans les unités de consultations générales ou spécialisées d’un Point G également en grève. L’hôpital de Kati suivait aussi le mouvement, avait indiqué un responsable du département de la Santé.

PARTIE DE PING-PONG. Le secrétaire général du Syndicat national de la santé et de l’action sociale (SNS-AS) de l’hôpital Gabriel Touré, le Dr Salif Diakité, promettait durant la matinée que le mouvement continuerait jusqu’à la libération des collègues emprisonnés tandis que des syndicalistes d’autres structures de santé venaient aux nouvelles.

Des rumeurs inquiétantes circulaient alors sur l’état de santé de Mohamed Keïta qui nécessitait une hospitalisation et dont le cas aurait donné lieu à une espèce de partie de ping-pong entre médecins et magistrats. D’autres rumeurs mettaient en cause les avocats qui auraient refusé d’être constitués pour les deux agents de santé.

Le bâtonnier de l’Ordre des avocats, Me Seydou Ibrahim Maïga, s’était élevé contre ces procès d’intention. « Le barreau s’inscrit certes dans la manifestation de la vérité, dans le triomphe du droit et dans l’indépendance de la justice mais ne peut s’opposer à la constitution d’avocats. En tant que bâtonnier, je me battrais pour que les droits de la défense soit garantie« , avait-il assuré.

Dans un communiqué, il assurait le Barreau avait, dans cette affaire, gardé profil bas par respect pour la mémoire de Mme Aïda Niaré et pour la stabilité sociale. « Ce n’est pas une procédure du barreau. Une citoyenne malienne est morte dans des circonstances malheureuses. Ses parents ont porté plainte avec constitution de partie civile. Ils ont rempli toutes les conditions de recevabilité de cette plainte« , ajoute le bâtonnier.

Mais pourquoi arrêter quelqu’un dont la faute n’est pas encore prouvée ? Chacun n’a-t-il pas droit à la présomption d’innocence ? Me Seydou Ibrahim Maïga répond que cela n’exclut pas que des personnes soient mises sous mandat de dépôt pour des besoins d’enquête. C’est le juge chargé d’instruire le dossier à charge et à décharge, qui apprécie.

« Du point de vue juridique, il peut soit estimer que la détention n’est plus nécessaire pour la manifestation de la vérité et vous mettre en liberté provisoire, soit ne pas retenir de charges contre vous et prend dans ce cas une ordonnance de non lieu et vous libère. Mais dans une troisième hypothèse, le juge retient contre vous des charges et transmet le dossier à des juridictions compétentes« , explique le bâtonnier dans son texte.

Pendant ce temps, le ministère de la Santé multipliait démarches et négociations avec les syndicalistes pour une sortie rapide et durable de crise. Il faut souhaiter que ce soit désormais le cas.

B. DOUMBIA- L’Essor


17 août 2007.