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L’affaire qui oppose la Jeanne d’Arc (J.A.) à l’AS Police vient de connaître un nouveau rebondissement ce 12 Août 2008, avec l’arrestation d’un joueur naturalisé Malien et qui évolue à la J.A. : l’ailier droit, Moumouni Mama.

En effet, après le carré d’as de la ligue de Bamako pour la montée en Division 1, la finale avait opposé la J.A. et l’AS Police. A l’issue de ce match, la J.A. l’a remporté par le score de 1 à 0. Du coup, c’est l’équipe de Seydina Oumar Sow qui représentera Bamako pour la montée.


De quoi s’agit-il?

Les responsables de l’AS-Police avaient déjà émis des réserves sur un joueur du nom de Salia Sanou. Mais finalement, il s’est avéré que ledit joueur est né à Bamako et de surcroit, réside à Lafiabougou. Aussi, l’AS Police sera déboutée de ses réserves ; ce qui sera confirmé par le résultat sur le terrain. Sans lâcher prise, l’AS-Police décide de faire appel de cette décision qui, selon elle, reste à étudier. C’est dire que l’affaire s’est transformée, du coup, en coup de théâtre.

Ainsi, les responsables de l’AS Police ont décidé de mener des enquêtes sur les vraies identités des joueurs étrangers évoluant à la J.A. Du coup, les Policiers effectuent un voyage au Burkina faso. Finalement, ils découvriront que, bien qu’ayant des origines burkinabé, Salia Sanon est né et a grandi au Mali. Ce qui lui a permis d’obtenir, d’office, la nationalité malienne.

Mais le 12 Août 2008, un autre joueur de la Jeanne d’Arc naturalisé malien, mais d’origine béninoise, fut arrêté après les entraînements. Rappelons que cette fois-ci, le joueur Moumouni Mama en question n’est pas concerné, ni par évocation, ni par une quelconque réserve de la part de l’AS Police. D’ailleurs, le joueur en question a été sélectionné en équipe nationale Cadets dirigée par Nouhoun Diané.

Mais sur une plainte du responsable de l’AS Police, qui fut un ancien membre du bureau fédéral, le Contrôleur de Police, Falaye Keïta, le joueur Moumouni Mama sera arrêté et mis au violon, à la Brigade d’Investigation Judiciaire (BIJ), le 12 Août 2008.

Le lendemain matin, le 13 Août 2008, le Secrétaire Général de la FEMAFOOT, Yacouba Traorédit “Yacoubadjan”, accompagné de Me Amadou Camara furent convoqués à la BIJ pour expliquer comment le joueur s’est retrouvé avec des papiers maliens. Durant plus d’une heure, le Secrétaire Général sera entendu par le policier de justice.


D’ahurissantes révélations

En matière de football, les textes sont clairs là-dessus : un joueur de n’importe quelle nationalité peut opter pour la nationalité du pays d’acceuil. A condition que ledit joueur soit consentant et respecte la loi en vigueur, concernant ladite naturalisation. C’est dans cet ordre d’idée que le joueur Moumouni Mama a été retenu pour jouer avec le Mali. Aussi, vu ses qualités techniques, il fut convoqué par le coach Diané. Et forcément, sur la demande de la fédération, un passeport et des papiers afférents lui ont été confectionnés aux services de l’Immigration.

Cela est du reste pratiqué dans tous les pays du monde. Ainsi, de nos investigations, il ressort que plusieurs cas du genre se sont passés au Mali. La preuve : à l’époque où il était membre du bureau fédéral (avant 2005), le plaignant, Falaye Keïta, avait lui-même confectionné des passports pour des joueurs maliens d’origine étrangère. Il s’agit de Oumar André Traoré qui évoluait au Nianan de Koulikoro. La grosse surprise est surtout survenue lorsqu’on a évoqué le cas du gardien international malien, Soumbeyla Diakité, qui évolue au Stade malien de Bamako.

Et Yacoubadjan, de lâcher : “Le fait de donner un passport à Moumouni Mama n’est pas un crime en football ; surtout qu’il a opté pour la sélection nationale. C’est Falaye Keïta qui a confectionné le passport de Oumar André Traoré, d’origine ivoirienne, et de Soumbeyla Diakité, d’origine guinéenne. Je vous dis le nom de Soumbeyla : c’est Soumeïlou Diakité. Vous n’allez pas me dire que Marcel Dessailly est Français? Lassana Diarra, Bartémis Obafemi, Kader Keïta, Boubacar Barry ne sont pas des étrangers, mais ils évoluent avec le pays de leur choix.

Au Mali, il existe des Maliens de père et de mère, mais qui ont décidé d’évoluer avec des pays étrangers. Les cas les plus récents sont, enre autres, ceux de Modibo Sow, Fankélé Traoré, Dramane Traoré qui ont décidé de se naturaliser Nigériens où ils ont tous évolué en équipe nationale. Des exemples du genre sont nombreux. Partout dans le monde, on voit des étrangers naturalisés. C’est le cas au Togo, au Bénin, en Tunisie, en France, en Pologne, aux Pays Pas, en Allemagne, en Belgique…

D’ailleurs, selon Yacouba Traoré, même au sein de l’équipe de l’AS Police, il y a des Camerounais et autres nationalités étrangères qui évoluent. Malgré toutes ses explications, le Secrétaire Général fut quand même gardé à la BIJ.

Au moment où on pensait que l’affaire allait être close, le commissaire de justice nous fait savoir que l’ordre est venu d’en haut pourqu’on garde le Ségal pour faux et usage de faux. Nous avons voulu en savoir plus, et on nous dit que c’est Falaye Keïta qui a donné l’ordre. C’est vraiment dommage qu’on en arrive là avec cette banale affaire”, a déclaré Me Amadou Camara.


Pourquoi un tel agissement de Falaye Keïta ?

On comprend dès lors la stupéfaction du monde sportif malien, avec la tournure dramatique de cette affaire. Ainsi, des informations recueillies sur place, il ressort que Falaye Keïta est l’un des responsables de l’AS Police. A cet effet, chaque policier est sommé de payer 500 FCFA chaque mois pour alimenter la caisse. Et chaque Officier et Sous-Officier payet 2 500 FCFA. Ce qui fait la bagatelle de 14 millions de FCFA par mois. Cette somme permettait d’entretenir cette équipe de football.

Selon les uns, après l’échec de sa montée en D.1 pendant trois années successives, et surtout, avec la révolte des joueurs pour n’avoir rien bénéficié comme motivation, on tenterait, par tous les moyens, de chercher des alibis pour expliquer la déroute de l’équipe. Aux dires des autres, c’est une vengeance de Falaye à l’encontre de la FEMAFOOT qui a débouté l’As Police de sa réserve sur la J.A. Quoi qu’il en soit, cette affaire risque de causer de fâcheuses conséquences sur l’avenir du football malien.

A l’allure où vont les choses, si rien n’est fait pour calmer cette situation, de lourdes sanctions risquent de tomber, avec la suspension du football malien de toute compétition internationale par la FIFA et la CAF ; et cela, durant au moins deux ans. Aussi, une réunion extraordinaire de la FEMAFOOT a été convoquée hier (13 Août) à 17 heures. Va-t-on vers une radiation pure et simple de l’AS Police de toutes les compétitions de la fédération et de la ligue?

Tous les noms liés à cette affaire, et qui travaillent à la fédération, risquent d’être congédiés. Et l’affaire va faire couler beaucoup d’encre, même au sein de la police, entre les responsable, sportifs et les supérieurs hiérarchiques, au sujet de la gestion des fonds liés à l’équipe de football.

Aussi, tout le monde a aujourd’hui les yeux rivés sur la CAF qui, en cas de saisie, risque tout simplement de suspendre l’équipe nationale Cadets des éliminatoires, en attendant de voir clair.


Les condamnations fusent de partout

Depuis l’annonce et la tournure prise par cette affaire, les condamnations fusent de partout. Surtout que Falaye Keïta est censé ne pas confondre le règlement sportif avec d’autres règlements civils. Mais pour les uns, c’est une manière pour lui de tenter de convaincre ses supporters et supérieurs hiérarchiques, sur le fait que… l’équipe a été injustement disqualifiée.

Pour les autres, cette affaire dépasse le cadre J.A.-AS Police, mais c’est plutôt une affaire J.A.-Stade malien de Bamako. D’ailleurs, certains responsables de la J.A. n’hésitent pas à déclarer que ce sont des responsables du Stade malien de Bamako qui sont derrière les policiers.

Ce n’est ni la fédération, ni le joueur qu’on cherche, mais c’est moi et mes campagnons. Falaye Keïta et tous ceux qui sont derrière les policiers pensaient que ce sont les responsables de la J.A. qui ont établi les pièces administratives maliennes”, a déclaré le président de la J.A., Seydina Oumar Sow. Ce qui est vraiment dommage.

D’ailleurs, le joueur a du mérite, pour vouloir défendre les couleurs nationales du pays. Comme ce fut le cas de Fréderic Oumar Kanouté, Momo Sissoko, Oumar Sissoko, Jimmy Boubou Kébé, Moussa Fofana… Aujourd’hui, personne ne peut dire que ces joueurs possèdent la nationalité malienne par décret. C’est uniquement une loi de la FIFA qui les autorise à jouer avec le Mali.

C’est le cas des Brésiliens au Togo, de Santos avec la Tunisie, de Razak Omotoyossi avec le Bénin, ainsi que de Abou Maïga… Sans oublier le cas des Ivoiriens et des Burkinabés. “Cela n’est plus le sport ; c’est devenu de la vengeance, de la méchanceté. Le sport est un jeu de fair-play. C’est déplorable !”, a fustigé un responsable sportif, surpris.

Sadou BOCOUM

14 Aout 2008