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L’ancien président tchadien Hissène Habré est dans la nasse. En effet, après avoir coulé une vingtaine d’années paisibles au Sénégal, pays de la Téranga, l’ex-dictateur a été appréhendé, tel un galapiat, le 30 juin dernier. Et c’est hier, 2 juillet 2013, qu’il a été présenté pour la première fois à la Commission d’instruction des chambres africaines extraordinaires. Finie donc l’impunité pour l’ex-dictateur qui, on le sait, a longtemps bénéficié de la protection de l’ex-président sénégalais Abdoulaye Wade. Donc, Hissène Habré sera jugé pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, au grand bonheur des victimes qui, depuis des lustres, n’y croyaient plus. Mais le plus ahurissant dans tout ça est l’attitude du chef d’Etat tchadien, Idriss Déby, qui, à chaque occasion, ne manque pas de donner de la voix dans cette affaire de l’ex-président Habré.

Dans une récente sortie, Déby a affirmé haut et fort que des crimes ont été commis par l’ex-président et que des charniers ont même été découverts après la chute du régime Habré. Et, cerise sur le gâteau, le président s’est permis d’égrener quelques crimes commis par Habré avec en sus une chronologie datée qui laisse perplexe. Comment sait-il tout cela ? Idriss Déby a vraiment manqué une occasion de se taire ; cela d’autant qu’il n’est ni juge ni avocat.

A moins qu’il ne craigne que le procès de Habré donne lieu à des révélations fracassantes. Car, on le sait, pour avoir collaboré pendant une dizaine d’années avec le président Habré, Déby sait bien de quoi il parle.

Et cela est la preuve qu’il a une co-responsabilité dans les crimes de guerre et crimes contre l’humanité reprochés à Habré ; cela d’autant qu’en sa qualité de commandant en chef des Forces armées, Déby constituait même la charpente du régime. En tout cas, pour autant qu’on sache, un régime ne peut pas mener une guerre contre une rébellion sans que le chef d’état-major des armées ne soit impliqué aux premiers rangs puisqu’en règle générale, c’est lui qui commande les opérations.

C’est dire donc qu’en faisant une telle sortie pour le moins inopportune, Déby donne des verges à ses adversaires pour se faire fouetter. La sagesse et le bon sens commandent, dans le cas d’espèce, que l’on sache garder sa langue dans sa poche pour ne pas courir le risque de devenir ridicule. Et d’ailleurs, on a l’impression que le Tchad, depuis la prise du pouvoir par Déby, est tombé de Charybde en Scylla.

Car après 20 ans d’exercice du pouvoir, Déby n’aura apporté que misère et mal gouvernance politique sur fond de disparition d’opposants Tchadiens. Le cas le plus illustratif est celui de l’opposant Mahamat Saleh qui a disparu sans que l’on sache pour quelle raison. Pour tout dire, Déby est un dictateur au même titre que l’ex-président Hissène Habré. Et, on ne peut nullement l’absoudre à bons comptes dans ce qui est arrivé sous le régime Habré.

Toutefois, on peut, à la décharge du président Déby, comprendre son coup de force contre Habré, dans la mesure où ce coup de force est né d’une certaine divergence de vues sur la gestion de la chose politique. A défaut de démissionner, Déby a préféré, en bon militaire, prendre ses responsabilités en mettant fin aux errements de Habré. C’est tout à son honneur. Dommage qu’il soit lui-même tombé dans les mêmes travers que son prédécesseur.

Boundi OUOBA

Publié le mercredi 3 juillet 2013

Le Pays


L’ex-président tchadien Habré inculpé de crimes et incarcéré

Deux jours après son arrestation, l’ancien président tchadien Hissène Habré a été inculpé mardi à Dakar de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et tortures par des juges d’un tribunal spécial qui ont aussi ordonné sa mise en détention provisoire.

Hissène Habré a été « inculpé de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et tortures » commis pendant ses huit ans de pouvoir de 1982 à 1990, « et a été placé sous mandat de dépôt », a affirmé à l’AFP un responsable du tribunal spécial chargé de le juger, information confirmée par des avocats de M. Habré.

Un de ses avocats, Me El Hadji Diouf, a également cité le terme de « génocide » parmi les chefs d’inculpation également retenus contre Habré.

A sa sortie du tribunal après plus de six heures d’audition, Hissène Habré, vêtu de blanc, a salué de la main droite quelques uns de ses partisans venus le soutenir et l’acclamer.

Il « sera incarcéré dans une prison à Dakar à partir d’aujourd’hui » mardi, selon Me François Serres, un autre de ses avocats, qui a dit ne pas connaître pour le moment le lieu de la détention envisagé.

Selon une source proche du dossier il va être placé en détention préventive « au pavillon spécial de l’hôpital Le Dantec », une structure dans le centre de Dakar qui accueille habituellement des détenus malades.

« Depuis des années, Hissène Habré est pourchassé et fait l’objet d’un acharnement. La décision de l’incarcérer avait été prise depuis longtemps », a affirmé Me Diouf.

Pour Jacqueline Moudeina, présidente de l’Association tchadienne pour la promotion et la défense des droits de l?homme (ATPDH), l?inculpation de Hissène Habré est au contraire « un point culminant de nos 22 années de campagne pour que justice soit rendue ».

Cinq proches d’Habré également visés

Outre Hissène Habré, cinq Tchadiens sont considérés comme des « suspects » et ont été cités dans les faits reprochés à l’ex-dirigeant tchadien pendant ses huit ans de règne, de 1982 à 1990.

Il s’agit de Guihini Koré, un neveu de M. Habré, Mahamat Djibrine, Zakaria Berdeye, Saleh Younouss et Abakar Torbo, présentés comme ses anciens collaborateurs.

Mahamat Djibrine, ancien responsable de la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), la police politique créée par Habré, a été arrêté en mai à N’Djaména.

« Ces cinq suspects seront sous peu visés par des mandats d’arrêts qui seront lancés par le juge d’instruction » du tribunal spécial, selon une source judiciaire.

Le procureur général du tribunal, Mbacké Fall, avait déclaré lundi à la presse avoir découvert contre M. Habré « des indices graves et concordants de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et de tortures » pendant le règne de l’ex-président tchadien et avoir demandé sa mise en détention préventive.

Du 8 au 16 juillet, M. Fall s’était rendu au Tchad pour l’enquête préliminaire et avait notamment visité des sites des charniers présumés, attribués au régime Habré, et situés à Amragoss et Ambing près de N’Djamena, ainsi que des lieux de détention de 1982 à 1990 dans la capitale tchadienne.

Âgé de 70 ans, Hissène Habré, qui vit au Sénégal depuis sa chute du pouvoir en 1990, avait été arrêté à son domicile de Dakar et placé en garde à vue dimanche.

Une « commission d’enquête sur les crimes et détournements » commis pendant les années Habré, créée par le gouvernement tchadien après sa chute, a estimé à plus de 40.000, dont 4.000 identifiées, le nombre de personnes mortes en détention ou exécutées au cours de ses huit ans de présidence.

18:09 – 02/07/13

Dakar (AFP)