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L’élan de convergence qui a marqué l’avènement du président Ibrahim Boubacar Kéita au pouvoir risque de s’effilocher comme beurre au soleil, au gré de la gestion de la question du nord et de l’affaire de Kati. L’un et l’autre dossier projettent le président nouvellement élu, sur une chaussée glissante.

Les règlements de comptes entre les éléments proches du Général Sanogo, qui ont suivi la prise en main du camp Soundiata Kéita de Kati par les pouvoirs publics ont rendu confuse la gestion d’un dossier déjà très complexe de la mutinerie des militaires.

Pas moins d’une dizaine de cas d’assassinats et de disparitions forcées sont signalées par des sources généralement bien informées dont celles proches des autorités militaires. A noter que jusque là le département n’a publié aucune liste des arrestations, encore moins des victimes d’assassinats et de disparition forcées.

La complexité de ce dossier prend des tournures ahurissantes lorsque des victimes dont les corps sans vie ont été retrouvés se comptent aussi bien dans les rangs des mutins contre le Général Sanogo, que parmi ses propres fidèles, dont le chef de sa sécurité, le lieutenant Dramane Sissoko.

Selon un communiqué du ministre de la défense, du 23 Octobre, « les services d’investigation ont procédé à des auditions et enquêtes relatives aux violences et cas d’assassinats perpétrés au cours de ce triste évènement » de la mutinerie du 30 septembre dernier.

« Les éléments de preuve qui ont été rassemblés à l’encontre de personnes impliquées dans les crimes constatés ont conduit à l’ouverture d’une procédure judiciaire depuis quelques jours ».

Le Ministre de la Défense et des Anciens Combattants a rassuré les populations que nul ne sera au dessus de la loi et que les enquêtes en cours seront conduites à leur terme en vue de rechercher et traduire en justice toutes les personnes concernées.

Mais ce communiqué tardif du ministre de la Défense et des Anciens Combattants a eu tout l’air de vouloir prendre de court les initiatives prises par les organisations internationales de défense des droits de l’homme, et de la justice, comme Amnesty international, la Cour pénale internationale (CPI) et Human Rights Watch.

Ainsi, selon des informations concordantes, le Général Sanogo, les interrogatoires du Général Sanogo sur « des faits très graves » devraient conduire à sa mise à la disposition de la justice, par une arrestation en règle, ou dans une moindre mesure la résidence surveillée.

Certains proches du dossier indiquent que dans ces violations graves des droits humains qui frisent le crime contre l’humanité, l’arrestation du « Capitaine bombardé Général » est inéluctable et sans délai.

Ces sources indiquent que le seul délai dans la gestion de ce dossier est celui du Président IBK qui ne veut pas perdre les bénéfices des voix des pro-putschistes lors des élections législatives prochaines. Le rôle joué par les militaires et la junte islamique dans l’élection du président malien n’est qu’un secret de Polichinelle.

Et comme personne n’ignore la connexion militaro-islamique, le président IBK aurait décidé qu’il n’arrivera rien au Général jusqu’après le deuxième tour des élections législatives. Ce n’est qu’alors qu’on verra, « Inchallah ».

C’est un scenario similaire qui se dessine dans la gestion du dossier du nord. Les faits esquissent le portrait achevé du scandale : sous le couvert d’une stratégie de remodelage de l’unité nationale, et de choix de la réconciliation nationale, la fameuse levée de mandat d’arrêt internationaux des présumés criminels de guerre a débouché sur intégration dans les listes RPM aux élections législatives.

Les observateurs en ont déduit à la culture de l’impunité et à l’exploitation politique d’une tragédie par le Président IBK et son RPM. Il a présenté des chefs rebelles qui étaient jusque là, sous coup de mandats d’arrêt (annulés par le ministre de la justice depuis une semaine) aux législatives sous les couleurs de son parti RPM.

Il s’agit de Mohamed Ag Intalla et de Hamed Ag Bibi. Le premier est le fils du grand chef touareg ifoghas qui contrôle le MNLA, et il se présente à Tin Essako. Il est le seul et unique candidat sur sa liste au nom du RPM et sa liste RPM est la seule en somme il est quasiment élu député.

Le second est Hamed Ag Bibbi, porte parole du haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA), ancien bras droit et ami de longue date du terroriste d’Iyad Ag Ghali et transfuge du mouvement rebelle Ançardine.

B. Daou

29 Octobre 2013