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Hier dans la matinée, le ministre du Développement social, de la solidarité et des personnes âgées, Sékou Diakité, a tenu une conférence de presse pour se prononcer sur l’affaire du serveur destiné à la Caisse nationale d’assurance-maladie qui a coûté plus de 1,5 milliard de francs CFA aux contribuables. Nous ne tiendrons pas compte de certaines considérations, pour ne pas tomber dans une polémique qui nous éloignerait du sujet principal. Après cette sortie médiatique du ministre du Développement social, qui n’a apporté aucun démenti formel à notre information, nous sommes amenés à revenir sur les aspects qui prouvent l’inopportunité de cette dépense, à cause de l’écart constaté au niveau de l’offre technique et en même temps publier le fac-similé de la soumission de la société française CEGEDIM qui livre les détails relatifs à cette somme faramineuse, dépensée pour si peu.

Lors de sa conférence de presse, un des documents distribués à l’assistance porte bien le titre  » projet de mise en œuvre du progiciel esquif « . Cela nous réconforte car le ministre reconnaît bien qu’il s’agit d’un progiciel car le terme a toute son importance. C’est aussi la preuve que nous avons accès au dossier. Mais passons…

Selon le même document distribué à la presse, ce projet comporte plusieurs phases : de cadrage, mise en œuvre technique, paramétrage et développement d’interfaces, migration des données, homologation, formation du groupe de projet, conduite sur la durée, mise en œuvre, gestion des assurés, formations, assistance, etc. Lorsqu’on y ajoute la plate-forme technique et la licence du progiciel, cela fait, selon les démonstrations du ministre, la somme de 1 571 541 780 FCFA.

Rien que les honoraires payés aux consultants et intervenants dans le projet, en plus de leurs frais de voyage et d’hébergement, font plus d’un milliard de nos francs, soit les deux tiers du coût de mise en place du système d’information. Sans compter qu’une autre entreprise française, Actuariat, devait aussi intervenir, en tant que prestataire de services (consultant) en plus des groupes thématiques et du Comité de pilotag

e, pour lesquels, le mandat de délégation n° 6001 d’un demi-milliard a été versé au directeur administratif et financier du ministère du Développement social, de la solidarité et des personnes âgées.

Ce sont donc au total plus de 2 milliards de nos francs qui sont engloutis dans ce projet qui tarde à tenir debout. C’est là où gît le vrai débat : le coût du projet comparé à l’offre technique pose problème. D’ailleurs, l’acquisition de ce système d’information présente des incohérences. D’abord, l’article 1 relatif aux pièces constitutives du contrat cite lesdites pièces sans aucune référence à des termes de référence, comme le veut l’usage. Pourtant dans l’article 2 il est fait référence à ces mêmes termes de référence. Alors de quels termes de référence parle-t-on si l’on sait que l’offre technique n’est pas conforme au Dossier d’appel d’offres ?

D’ailleurs, la CANAM a eu à exprimer l’intérêt que le progiciel permette de recevoir les cotisations avec la situation individuelle des cotisants, notamment le montant du salaire, le montant de la cotisation, le montant versé à la CANAM, le montant recouvré par les OGD, etc. Des opérations de base qui n’étaient pas prises en compte par le système proposé par CEGEDIM qui exigeait, en plus, qu’une demande officielle lui soit adressée pour qu’elle prenne en compte ce nouveau besoin. Sur quelle base a-t-on apprécié l’offre technique pour attribuer le marché à 1,5 milliard FCFA ?

Les techniciens de la Caisse nationale d’assurance-maladie ont eu à formuler une kyrielle de réserves sur le fonctionnement du progiciel fourgué par CEGEDIM. En effet, la CANAM devra procéder à la saisie de l’ensemble des dossiers de demande d’immatriculation des assurés dans le progiciel ESQUIF car la récupération des données en provenance des OGD ne serait possible car, selon toujours les remarques envoyées au ministre depuis le début du mois de novembre dernier, des développements sont nécessaires pour adapter le progiciel aux besoins de la CANAM, surtout qu’il reste incompréhensible qu’au troisième millénaire une application informatique si chère payée ne puisse importer et exporter des données en fichier plat.

Par ailleurs, il reste à préciser que les offres techniques de CEGEDIM, telles que spécifiées dans le document remis à la presse par le ministre lors de sa conférence de presse, n’a pas répondu, de façon exhaustive, à la question : pourquoi, en dehors des charges spécifiques au serveur, des dépenses de plus de 1 milliard en honoraires et frais de déplacement pour un progiciel qui ne répond pas aux besoins et devrait faire l’objet d’un développement au fur et à mesure sur demande de l’acheteur ? De faux frais dont la valeur fait deux fois celle qui concerne le serveur. Sékou Diakité n’a pas été bavard sur le «Consultant fonctionnel Afrique» qui empoche plus de 196 millions FCFA. Qu’il dise qui ce consultant? Nous y reviendrons.

En attendant, nous publions le fac-similé relatif à ce montage financier, tel qu’il est contenu dans l’offre financière de CEGEDIM relative à sa soumission lors du marché parce que le ministre a fait cas de la répartition de cette manne financière sans en préciser les montants. Les lecteurs apprécieront.

Amadou Bamba NIANG

05 Janvier 2011