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En juin 2011, suite à l’affaire dite du Fonds mondial, dans un article intitulé «Qui veut mouiller Oumar Touré?», nous écrivions «Quatre jours avant le départ du Président de la République, prévu pour ce lundi 6 juin, à destination de New York, pour remettre la Déclaration de Bamako sur le VIH – Sida, il fallait trouver un agneau sacrificiel afin de rendre la voix d’ATT plus audible au niveau de cette tribune de haut niveau et des généreux donateurs. A cet effet, le Procureur Bouaré de la Cour Suprême a été mis à contribution pour convoquer l’ancien ministre de la Santé, Oumar Ibrahim Touré, et dresser un réquisitoire sévère, avant de lui dire qu’il était inculpé pour quatre motifs.

Il s’agit des crimes d’atteintes aux biens publics, de détournements de biens publics, de faux et usage de faux, de favoritisme et de complicité de favoritisme.

De plus, contrairement à la pratique judiciaire observée au Mali jusque là, ce désormais illustre procureur a pondu un communiqué, lu sur les ondes de l’ORTM (radio et télévision), pour informer l’opinion publique des charges qui pèsent sur le Vice-président de l’URD. Et, par la même occasion, lancer une opération de séduction envers les bailleurs de fonds».

Avec force conviction, et au regard du rapport du Fonds mondial que nous avions publié en exclusivité, lequel n’incriminait nullement le ministre Touré, au contraire, nous pronostiquions: «il est fort possible que, si le magistrat instructeur n’est pas sous pression, l’ancien ministre bénéficiera dans un bref délai d’un non lieu, partiel ou total».
Eh bien! Le procès relatif à ce dossier, jugé lors des dernières assises, du 3 au 11 décembre dernier, nous a donné raison. Le Procureur de la République, le très rigoureux Daniel Tessougué, a répété que cette affaite était un gâchis et qu’il était déçu par l’instruction du dossier et, surtout, par le fait que le juge ait travaillé sous l’autorité du Président de la République, Amadou Toumani Touré, au détriment de la loi.

En clair, le magistrat instructeur, un certain Samba Sarr n’était pas libre. Il était orienté par ATT, qui lui dictait les personnes à incarcérer. Il ne pouvait donc pas appliquer la loi et demander un non lieu pour des innocents. Il a fallu ce procès, public et contradictoire, pour que le peuple malien sache la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. Au cours des débats, l’auditoire, à l’instar du Procureur général, a été déçu.
Le tapage médiatique, sur la base d’informations erronées, mené par le journal L’Indépendant dans ce dossier a provoqué le courroux du Procureur général et des avocats, qui sont tombé à bras raccourcis sur la presse. Ils ont volontairement joué à l’amalgame, à la confusion et à la généralisation, sachant bien que le mal avait été amplifié et entretenu par L’Indépendant, par méchanceté s’il vous plait! Sans oublier ses connexions d’alors avec Koulouba, qui tirait les ficelles pour se donner une fausse belle image.

Cet organe de presse avait parlé de plusieurs milliards de FCFA détournés dans ce dossier, alors que le montant évoqué à la barre ne dépasse guère les 122 millions, découverts grâce à une plainte déposée par le ministre Touré. C’est bien ce qui a permis d’arrêter le comptable principal des subventions du Fonds mondial, Ichiaka Diallo, qui a reconnu devant le tribunal avoir croqué tout seul ce montant, obtenu par diverses méthodes illicites: imitations de signatures, fabrication de faux cachets…

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la vérité a éclaté. Comme le dit le PSP de Fily Dabo Sissoko: «la vérité finira toujours par triompher». Oumar Ibrahim Touré a été acquitté. Tous les mensonges colportés contre lui n’ont pas résisté à la manifestation de la vérité. Même son parti, l’URD, avait prêté le flanc à l’intoxication, à la désinformation, pour tenter de l’anéantir, voire le détruire politiquement parlant. Aujourd’hui, il est réhabilité. Dieu soit loué!

Les responsables de son parti, qui croyaient qu’il était à l’abattoir, sont visiblement gênés et peinent même à décrocher leur téléphone pour le féliciter. Oumar Ibrahim Touré a sauvé son honneur, celui de sa famille et même de sa ville Goundam, voire de la région de Tombouctou. C’est en effet toujours une personnalité politique, d’envergure nationale, soutenue et adulée dans son terroir.

Chahana Takiou


Les enseignements d’un procès

Le procès du scandale financier relatif aux détournements du Fonds Mondial s’est terminé par un autre scandale, cette fois-ci judiciaire. Ce n’est pas le verdict qui est en cause. Mais plutôt la manière dont cette affaire a été instruite et l’implication personnelle de l’ancien Président de la République, Amadou Toumani dans le montage de ce dossier.
C’est pourquoi, comme un château de cartes, les accusations portées contre Oumar Ibrahima Touré et autres se sont effondrées. Les accusations de détournements de biens publics, de faux et usage de faux et de délit de favoritisme ont fondu comme du beurre de karité au soleil du renouveau de la justice. Une justice libre, indépendante et courageuse, qui s’est départie des pressions extérieures pour dire le droit.

En effet, il est ressorti des débats que cette affaire du Fonds Mondial a été montée de toutes pièces, selon la volonté d’un inspecteur, aidé par un pouvoir faible qui s’est aplati devant lui pour mettre en prison de hauts cadres de notre pays et en protéger d’autres. Ce procès aura surtout montré à la face du monde la déliquescence du régime ATT. Le Président déchu a simplement sacrifié certains de ses cadres, et même un ministre de la République, sous la pression des bailleurs de fonds.
Comment comprendre que le rapport d’enquête d’un vérificateur étranger puisse servir de base à des poursuites judiciaires au Mali? La logique aurait voulu que le Président, saisi, informe son ministre. Quitte à ce dernier d’entendre ses cadres pour obtenir leur version. Cela s’appelle le principe du contradictoire en matière d’audit. Mais, non, on a tout simplement nié cette procédure.

Dans les débats, il a apparu que le PNLT était parmi les meilleurs programmes du ministère de la Santé (parole du ministre Oumar Touré), dont les mérites ont été reconnus même à l’extérieur du Mali. Ce qui justifie, sans doute, l’étonnement des magistrats concernant l’inculpation de ces cadres et autres commerçants.

Le ministère public, dirigé par Daniel Tessougué, magistrat dont l’intégrité et la probité morales sont connues de tous, n’a pu soutenir l’accusation d’atteinte aux biens publics contre Oumar Ibrahima Touré et autres et a martelé que ce procès était un gâchis. Il a retenu seulement le délit de favoritisme à l’encontre d’Ousmane Diarra et de Mamadou Ousmane Bah, accusation démontée par leurs avocats. Conséquences, Oumar Ibrahima Touré et d’autres ont été acquittés. Seul Ichiaka Diallo, qui a reconnu avoir détourné 121 millions de francs CFA, à l’enquête préliminaire et à la barre, a été condamné à 5 ans d’emprisonnement.
Ce procès pose en somme la problématique de la dépendance de nos magistrats vis-à-vis de l’Exécutif et de celle de notre pays vis-à-vis de l’aide extérieure. Il a montré également que, à cause des carences de nos magistrats instructeurs, des innocents ont inutilement passé deux et demi en prison pour des faits qu’ils n’ont pas commis.

Vivement donc le renouveau de notre justice, avec des magistrats compétents, responsables et courageux.

Youssouf Diallo

22 Septembre du 13 Décembre 2012