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Mécontent de ce qu’un contrat d’une telle envergure ait pu être signé sans qu’il en soit informé au préalable, le ministre de l’Economie et des Finances, qui entretient de longue date des rapports crispés avec le désormais ex-PDG de la BHM-SA, a saisi l’opportunité pour le mettre dehors.
La tentative a échoué par deux fois.

La première fois, il avait sollicité l’autorisation du Premier ministre, Ousmane Issoufi Maïga. Elle lui avait été poliment refusée. Au motif qu’il fallait accorder à Mamadou Baba Sylla la possibilité de produire un bilan de ses activités en dix sept mois, sur lequel il serait jugé.

La deuxième tentative a été le Conseil d’administration extraordinaire tenu le jeudi 15 juin. Initié par le ministre Abu-Bakar Traoré, il devait asseoir la culpabilité de Mamadou Baba Sylla dans la signature du contrat passé avec RAPECO SPA et la Deutsche Bank Rome. Et, au finish, aboutir à sa révocation, suivie, indiquaient certaines sources proches du dossier, de son arrestation et de son emprisonnement.

Mais cette deuxième tentative, comme la première, a été un échec pour l’Argentier de la République dans la mesure où, dans l’incapacité de trouver une quelconque irrégularité dans la conduite de l’opération, le Conseil extraordinaire « après une analyse approfondie des conséquences pouvant résulter de l’option de résilier unilatéralement ou continuer la transaction, a décidé de poursuivre l’exécution du contrat et a recommandé la mise en place d’un comité adhoc d’Administrateurs pour le suivi du processus engagé en vue de sécuriser les intérêts de la BHM-SA« .

On en était là jusqu’à hier mercredi. Et, c’est finalement le Conseil des ministres lui-même, qui s’est substitué aux administrateurs pour mettre un terme aux fonctions de Mamadou Baba Sylla à la BHM-SA.

Il reste que cette mesure, toute souveraine qu’elle puisse être (c’est le même Conseil des ministres qui l’avait nommé après tout) met le Président ATT dans une position fort délicate devant l’opinion nationale et internationale.

Jusqu’à plus ample informé, l’unique motivation de la révocation de Mamadou Baba Sylla réside dans le contrat passé avec RAPECO SPA dont le promoteur et PDG se trouve être un Malien bon teint, Modibo Kane Kida, qui clame haut et fort son ambition de se faire élire président de la République du Mali, en lieu et place de l’actuel tenant de la charge, en mai 2007.

Tout se passe comme si, redoutant le bénéfice électoral que son futur adversaire aurait sûrement engrangé si cette opération sauvetage de la BHM-SA avait réussi, ATT s’est évertué à la saborder.

Du coup, il apparaît comme un homme davantage soucieux de ses intérêts personnels que ceux de ses concitoyens. Car il est important de le savoir, la BHM-SA est en état de faillite avancée et ne comptait plus que sur cette manne attendue de Rome pour se remettre à flot. Et poursuivre sa mission d’aider un grand nombre de nos compatriotes à acquérir un logement décent.

Si le sort des 120 000 clients de la BHM-SA préoccupait un tant soit peu ATT et son ministre de l’Economie et des Finances, si c’est pour préserver leurs intérêts que Mamadou Baba Sylla a été chassé de son poste, ils auraient pu nous épargner le spectacle affligeant que nous venons de vivre – y compris la signature du contrat avec RAPECO – en aidant la BHM-SA à recouvrer ses 42 milliards de FCFA gelés sur des débiteurs solvables, qui refusent de payer parce que jouissant d’une solide protection dans les sphères du pouvoir.

A croire qu’on a voulu régler des comptes qui n’ont rien à voir avec le redressement de la BHM-SA.

Saouti Labass Haïdara

22 juin 2006.