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Dans une lettre ouverte adressée au président de la République, l’Association pour le développement de Banconi-Djanguinébougou Wèrèda, se disant excédée par la mairie de la Commune I après les casses du mois, ne porte pas de gant et demande diligence au président de la République sinon, avertit-elle, demain… il sera trop tard.

« Excellence M. le président,

J’ai l’honneur de venir très respectueusement attirer votre attention sur la violation flagrante de la loi par la mairie de la Commune I du district de Bamako qui peut, si rien n’est fait troubler l’ordre social. Ainsi en votre qualité du chef de l’Etat, chef suprême des armées, président du conseil supérieur de la magistrature, garant de l’indépendance du pouvoir judiciaire, je vous demande de bien vouloir user de votre pouvoir hautement hiérarchique en diligentant immédiatement toutes enquêtes et mesures nécessaires en vue de faire cesser les agissements de la mairie qui n’honorent pas la démocratie malienne.

A cet effet, en prenant le peuple malien en témoin, je porte à votre connaissance ce qui suit :

Nous sommes habitants de Banconi-Djanguinébougou Wèrèda en Commune I du district de Bamako depuis plus d’une décennie sur le site communément appelé 84 hectares. Plus de 600 familles y logent. Qu’en août 2004 nous avons impuissamment assisté à la démolition de nos constructions par la mairie de la Commune I en absence d’un titre exécutoire ou décision administrative sans sommation ou une mise en demeure. En son temps, la mairie avait refusé tout compromis, nous avons de ce fait introduit une requête aux fins de confirmation de propriété et réparation de préjudice devant le tribunal civil de la Commune I de Bamako.

Après deux ans de procès, le tribunal a finalement vidé son délibéré le 6 novembre 2006 après l’avoir rabattu plus de 4 fois. Comme le droit n’a pas été dit, par acte n°91 en date du 10 novembre 2006, appel a été régulièrement interjeté du jugement entrepris. Le dossier toujours pendant devant la Cour d’appel a été inscrit au rôle pour la première fois le 18 octobre 2007.

Mais avant, nos conseils Mes Boh Cissé et Tièsselo Konaré furent approchés par leurs confrères de la mairie en ce que celle-ci serait désormais favorable au dialogue. En accueillant favorablement la nouvelle, nous avons tenu une réunion extraordinaire. Le procès-verbal de ladite réunion a été notifié à nos conseils pour être transmis aux conseils de la mairie.

Malheureusement nos avocats ont bloqué le PV de la réunion ; mais pour quelle raison ? Que fort curieusement, en dépit de l’effet suspensif de l’appel édicté par l’article 573 du décret n°99-254/P-RM du 15 août 1999 portant Code de procédure civil, commercial et social ainsi libellé : « L’appel remet la chose jugée en question devant la juridiction d’appel pour qu’il soit à nouveau statué en fait et en droit » et notre volonté de négocier (que la mairie sait par le fait de ses espions qui assistent à nos réunions), la mairie a envoyé sur le site les 27, 28, 29, octobre 2007 trois Bulldozers avec plus de 200 policiers pour déguerpir environ 600 familles en cassant tout sur leur passage comme en août 2004.

Ce crime odieux, on le sait bien, a été perpétré avec la complicité des plus hautes autorités de notre pays en ce soi-disant Mois de solidarité où cette histoire de casse s’est répétée à Djanguinébougou Wèrèda. Devant un tel tableau que dire de votre volonté de donner un toit aux Maliens sachant bien que vous avez été informé en temps réel pratiquement au même moment que le ministre des Collectivités territoriales ? Depuis, nous attendons votre réaction qui tarde à venir.

Est-ce à dire que la politique de logement du gouvernement du Mali « un toit pour tous »s’adresse à une couche privilégiée de Maliens qui ne sont pas plus Maliens que nous. Si tel est le cas qu’on nous montre maintenant et tout de suite le pays devant nous accueillir. Mais c’est bien vrai que le ridicule ne tue plus au Mali. Plus grave encore, comme pour remercier les plus hautes autorités du pays qui l’ont mandatée, Mme le maire s’est exprimée sur une radio de la capitale peu après la démolition du quartier de Banconi-Djanguinébougou Wèrèda « que les opérations se sont déroulées dans de bonnes conditions ».

A ces mots, nous disons que la population victime des casses a estimé que face à ce « coup de force », il fallait opposer un « repli tactique ». Que c’était la seule façon d’éviter un bain de sang. Nous ne pouvons plus laisser la mairie piétiner impunément nos droits. Tout compte fait, la ré-attribution du site à d’autres citoyens plus nantis se fera sur nos cadavres avec le plan de bornage que la mairie se propose de faire.

Pour cette seconde phase, la contre-attaque sera sanglante car on répond à la violence par la violence. A ce propos, a-t-on coutume de dire que : « le village appartient certes, au chef du village mais celui qui n’a rien que faire de ce monde peut se permettre tout ».Alors qui de la mairie ou de l’ADDW aura le dernier mot ? « Wait and see ». Et nul n’est et ne sera au-dessus de la Loi, l’Etat et ses démembrements y compris, force reste à la loi et nulle nation ne peut prospérer dans le désordre encore moins dans l’injustice.

Vous en souhaitant bonne réception, je vous prie d’agréer, M. le président de la République l’assurance, de ma déférente considération ».

Bamako, le 22 novembre 2007

Le président de l’Association,

Bah Kona Konta

(Tél. : 641 62 27)

30 novembre 2007.