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Zeina Hydro se sent victime d’une cabale du maire visant à dresser la population contre elle pour l’empêcher d’étendre son adduction d’eau sur le reste du village. La mairie donne sa version des faits mais en l’absence du maire lui-même.

Dans notre parution du lundi 16 juin, nous faisions état d’une vive tension entre le promoteur de Zeina Hydro, distributeur d’eau potable à Moribabougou, et les populations de cette commune rurale.

Zeina Hydro, qui voudrait construire en hauteur un deuxième château d’eau pour permettre à d’autres usagers de bénéficier d’eau potable, en a été empêché par des jeunes qui ont fait déplacer ses matériaux de construction du site du chantier.

Suite à ces incidents, le patron de Zeina Hydro, Abdoul Baki Cissé a pointé un doigt accusateur sur le maire, Diarrah Diarra, et Mme Maïga Yorobo Sitan Diarra d’avoir monté les jeunes et les femmes de Moribabougou contre son projet d’extension de l’adduction qui voient en cette connexion un fonds politique puisque son épouse,

militante RND et ancienne candidate et challenger du maire aux législatives de 2007, serait l’une des prétendantes sérieuses au poste de maire de Moribabougou aux municipales de 2009.

Le maire Diarrah Diarra, le conseiller municipal Moussa Sissoko, Mme Maïga Yorobo Sitan Diarra, présidente de la Coordination des associations et regroupements des femmes de la Commune de Moribabougou (Carfecm), et le responsable de la Coordination des associations et regroupement des jeunes de la Commune de Moribabougou (Carjcm), Fodé Djiré, ont tenu le vendredi 20 juin à nous donner leur version des faits.

Le maire, qui est le principal accusé dans cette affaire et qui a tenu à nous rencontrer, n’était pas présent à notre arrivée. Selon un de ses conseillers municipaux, Moussa Sissoko, il serait partie à Kati juste avant notre arrivée.

Selon les explications du conseiller municipal, Moussa Sissoko, les relations entre la mairie de Moribabougou et Zeina Hydro est une longue histoire qui remonte aux municipales de 2004 où leur fonds de campagne était de drainer de l’eau potable dans la Commune. Il ajoute que M. Cissé s’est saisi de ce slogan en soutenant financièrement leur liste de candidature.

Dès leur réélection, il se serait aussitôt impliqué à leurs côtés pour donner de l’eau potable à Moribabougou à ceux qui désirent à souscrire un abonnement.

Un premier terrain d’un hectare lui a été offert. Zeina Hydro a demandé et obtenu une seconde parcelle près des rails et qui est à l’origine même du conflit.

Le feu aux poudres

Toujours selon M. Sissoko, Abdoul Baki Cissé a débordé de sa parcelle de 18 m à l’intérieur du terrain de football des jeunes et dans l’emprise de la voie ferrée. C’est en plein cœur de ce terrain qu’il a déversé gravats, moellons et sable. Les jeunes révoltés ont débarrassé leur aire de jeu des matériaux et ils ont adressé une lettre de protestation à la mairie.

A en croire M. Sissoko, Zeina Hydro a été convoqué à la mairie où il lui a été signifié qu’il a empiété sur le terrain de foot des jeunes. Pour montrer patte blanche, M. Cissé s’est dit détenteur d’un titre foncier qu’il a refusé de montrer, a ajouté M. Sissoko.

Aux dires du conseiller municipal, le déplacement des matériaux de construction par les jeunes a mis le feu aux poudres. Car, explique-t-il, sur plainte de M. Cissé, des jeunes ont été convoqués à la gendarmerie de Sangarébougou et mis à la disposition du procureur de Kati qui les avait mis sous mandat de dépôt.

La présidente de la Carfecm a expliqué qu’elle n’est militante d’aucun parti et que sa coordination qui regroupe 63 associations est apolitique. « Mon tort dans cette affaire est d’avoir réussi à extraire les jeunes des mailles de la justice », a-t-elle indiqué.

Et d’ajouter que « si je ne m’étais pas impliquée, plus de 300 femmes de Moribabougou étaient décidées à marcher sur la commune pour faire libérer leurs enfants et le risque serait énorme, car les mères de ces jeunes n’étaient pas prêtes à laisser dormir leurs enfants en prison ». Mme Yorobo Sitan dit avoir été appelée au secours par un des jeunes depuis le tribunal de Kati.

Fodé Djiré de la Carjcm emboîtant le pas à Mme Yorobo Sitan a indiqué qu’ils n’ont rien fait de mal que d’enlever les matériaux de M. Cissé sans casse ni violence.

Le terrain litigieux qu’il dit n’abandonner sous aucun prétexte sert d’aire de jeu aux jeunes officiellement depuis 1989 et qu’officieusement, ce même espace sert non seulement de terrain de foot mais demeure le seul lieu de manifestation publique depuis le temps de leurs arrières grands-parents.

Le deuxième terrain de foot, situé au côté ouest du goudron, serait destiné à accueillir le siège d’une association de femme, a ajouté Mme Yorobo Sitan.


Abdrahamane Dicko

23 Juin 2008