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La détention prolongée du président-directeur général de West African investiment Company SA, Ismaïla Haïdara inculpé et mis sous mandat de dépôt depuis le 29 juin 2007 pour complicité d’escroquerie, d’abus de confiance et d’abus de biens sociaux et de Mamadou Baba Diawara dans la fameuse affaire de la BHM/WAIC commence à inquiéter fortement les Allemands qui a toujours soutenu le Mali dans ses efforts de développement.

Ismaïla Haïdara, il faut le rappeler, est à la tête de WAIC en partenariat avec des Allemands. Cette société immobilière qui a pour vocation principale la construction et la viabilisation de terrain s’est engagée le 16 février 2001 dans une convention de collaboration avec la Banque de l’habitat du Mali (BHM).

Un projet grandiose de réalisation de logements appelé «réalisation du projet de la Mangueraie de Sébénikoro» dans lequel la BHM était censée «garantir la commercialisation par ses partenaires promoteurs des logements construits par le WAIC».

Il ressort de la même convention de collaboration que la BHM-SA avait en plus l’obligation de financement de quatre logements tests et surtout la commercialisation des logements construits par la WAIC et le paiement des unités construites : c’est ainsi que la réalisation du projet de la Mangueraie de Sébénikoro démarra sur une superficie de 10 hectares.

Chacune des parties mettra la main à la poche : la BHM donna une garantie de commercialisation de 3 milliards F Cfa et d’autres sommes d’argent se chiffrant à plus de 7 milliards F Cfa, selon les conseils de la banque.

Quant aux investissements étrangers, venant tous de l’Allemagne, et apportés par la WAIC, ils sont estimés à 9 milliards F Cfa soit 15 millions d’euros.
C’est ainsi que les travaux de la viabilisation ont commencé en 2002 par une entreprise Allemande (Entreprise Mario Schliewe).

Le financement de la banque était garanti par le Fonds de Solidarité Africaine d’une valeur de 2,4 milliards de F Cfa. Une garantie destinée au projet de la Mangueraie de Sébénikoro en faveur de la société IFA-BACO et déposée à la Banque de l’habitat du Mali.

Le reste du financement devait être apporté par la WAIC.
Mais déjà en 2003, vu les difficultés de trésorerie de la banque, la WAIC devrait continuer seul le financement du projet pour éviter un arrêt du projet.

Face à l’incapacité de la société IFA-BACO d’honorer ses engagements contractuels vis-à-vis de WAIC, la BHM-SA leur proposa l’achat du projet en sa qualité de deuxième principal bailleur de fonds pour éviter tout conflit.

La WAIC accepta l’achat du programme qui s’est élevé à un montant de 2 milliards F Cfa soit 3 millions d’euro et en contrepartie, la banque s’engageait à convaincre l’Etat malien de l’achat des maisons de la zone A à un montant de 5milliards F Cfa pour faire face au Sommet Afrique-France qui était prévu en 2005 à Bamako.

Cet engagement n’a jamais été respecté par la BHM encore moins par l’Etat. Et contre toute attente, la nouvelle direction de la banque dirigée par Mamadou Baba Diawara bloqua le compte de recette de la WAIC qui était en même temps son compte de financement du projet.

Pire encore, la BHM décida de ne plus reconnaître la garantie de commercialisation de 3 milliards F Cfa et la convention de partenariat qui les liait. Pour donc couvrir les investissements étrangers (Allemands) estimés à 9 milliards F Cfa, soit 15 millions d’euros, la WAIC utilisa ces titres fonciers pour mobiliser des fonds au niveau des partenaires financiers Allemands afin de garantir le financement du projet.

Malgré les nombreux courriers et les propositions de sortie de crise faits par la WAIC, la BHM-SA resta campée sur sa position.
Mieux, elle décida à travers une série de procès de prendre des hypothèques forcées sur les titres fonciers de la WAIC en 2005 au niveau du tribunal de la Commune IV.

Tous ces procès ont été gagnés par la WAIC au niveau de toutes les instances judiciaires du Mali (1ère instance, Cour d’appel, Cour suprême). La WAIC monta alors à son tour une requête aux fins de déblocage de son compte de recette sous astreinte. La banque ayant refusé a été condamnée à l’ouverture du compte de recette sous astreinte de 500 000 F Cfa par jour de retard.

Cette décision a été confirmée au niveau de la Cour d’appel. Mais avec tout cela, la banque n’a pas réagi. La WAIC, fort de son bon droit, a introduit une demande de dommages et intérêts au niveau du tribunal de la Commune V, jugement qu’elle a aussi gagné.

Malgré tous ces désagréments et réconfortée par les décisions judiciaires rendues en sa faveur, la WAIC a tenté encore de trouver une solution à l’aimable en adressant des courriers au ministre des Finances, à la Primature et à travers l’ambassade d’Allemagne au ministre des Affaires Etrangères.

C’est après l’échec de toutes ces tentatives de revenir dans les meilleurs sentiments de bonne collaboration avec la banque et sur avis de l’ambassade d’Allemagne au Mali que la WAIC s’est enfin décidée à donner la grosse à son huissier pour exécution.

Suite à l’exécution de ladite grosse qui a abouti à la saisie de tous les comptes de la BHM au niveau des autres banques de la place, les avocats de la BHM-SA donnèrent une allure pénale au dossier. Une plainte datée du 29 mai 2007 fut en effet déposée contre le PDG de la WAIC auprès du procureur de la République près le tribunal de première instance de la Commune III du District de Bamako pour complicité d’escroquerie, d’abus de confiance et d’abus de biens sociaux. Suite à cette plainte, Ismaïla Haïdara, le PDG de la WAIC a été inculpé puis placé sous mandat de dépôt depuis le 29 juin 2007.

La colère des partenaires

Près de 10 mois après cette arrestation qu’ils qualifient d’illégale car estimant les accusations invraisemblables et sans fondement, les partenaires allemands d’Ismaïla Haïdara commencent à s’impatienter.

Ces derniers n’arrivent pas en effet à comprendre comment après toutes les enquêtes rondement menées sur le terrain qui ont toutes établi que le PDG de la WAIC n’a jamais ouvert de compte au niveau de la BHM de Paris encore moins un compte fictif au Mali pour ses besoins personnels, que leur partenaire ne bénéficie pas des mesures de liberté provisoire avant le jugement proprement dit.

Ce qui inquiète le plus les Allemands, c’est la dernière loi votée par les députés du Mali qui donne les pleins pouvoirs à la BHM-SA de recouvrer toutes ses créances. Une loi taillée sur mesure qui compromet dangereusement les intérêts des Allemands dans la réalisation du projet de la Mangueraie de Sébénikoro. Dans ce projet, les investissements allemands sont estimés à plus de 9 milliards de F Cfa.

Un pactole que les Allemands veulent coûte que coûte récupérer.
De sources sûres, les partenaires allemands qui ont garanti financièrement le fonctionnement du projet envisageraient fortement certaines actions contre notre pays.

Selon les mêmes sources, ils auraient déjà pris attache avec les partenaires techniques du Mali à l’extérieur (Union Européenne, Banque mondiale, Fonds monétaire International) pour demander le gel de tous les financements en faveur du Mali tant que les 9 milliards qu’ils ont investis dans ce pays ne sont pas restitués.

En plus de ces démarches, ils se proposent en outre de porter plainte contre le Mali devant un tribunal arbitral international.

Birama Fall

25 mars 2008.