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Les raisons

La Sécurité d’Etat, la grande oreille, qui écoute à nos portes, sans aucune autorisation, surveille les «sms» et les conversations téléphoniques de certains personnes sensibles notamment celles des journalistes et aussi des prisonniers comme Mamadou Baba Diawara de la BHM.

A l’issue de ces écoutes téléphoniques illégales, il leur a semblé, nous indique-t-on, sur la base d’une interprétation erronée desdites écoutes que l’ex-PDG de la BHM attend un Commando. Selon nos sources, en fait de Commando en réalité, Diawara n’attendrait que l’arrivée de l’importante délégation de l’Union Européenne composée de députés et investisseurs Allemands au Mali.

Diawara, à l’annonce de leur probable arrivée, aurait dit sur le ton de l’amusement que cette délégation ne repartirait pas sans lui. Ces propos auraient été déplacés de leur contexte et interprétés comme la préparation d’une fuite et la délégation des Allemands assimilée à un Commando.

Le régisseur de la MCA qui est un agent de la SE serait à l’origine de cette méprise. Il informa les autorités que quelque chose se tramait pour la libération de l’ex-PDG de la BHM, Mamadou Baba Diawara par la force et décida de l’isoler en durcissant ses conditions de détention.

Un régisseur doit-il se rendre coupable de violation des règles de fonctionnement de la justice et se rendre coupable de détention arbitraire et de séquestration de détenu ?

C’est sans doute son appartenance à la SE, une survivance de la police politique, qui lui donne ce sentiment illusoire que violer la loi est sans conséquence. Agent de la SE, le régisseur de la MCA est l’homme le plus puissant de son ministère. Officier de gendarmerie, intègre et sérieux, il dirige la maison centrale d’arrêt de Bamako d’une main de fer. Sa carrière est cependant ternie par son refus d’appliquer les décisions de justice pour faire plaisir à sa hiérarchie, telle que la décision de libérer l’ex-PDG de la BHM suivant un arrêt de la Cour Suprême.

Doit-on alors maintenir à la tête de la MCA un officier de gendarmerie qui obéit plus à la hiérarchie qu’aux lois républicaines ? La question reste posée dans une démocratie où le respect de la forme républicaine de l’Etat exige une séparation des pouvoirs.

Un cas d’école

Le cas de l’ex-PDG de la BHM interpelle tous professionnels de droit pénal. C’est assurément un cas d’école qui doit être enseigné dans les écoles de droit. Après l’arrêt N°53 du 27 mai 2009, libérant Mamadou Baba Diawara des charges retenues contre lui, jugement irrévocable, il est resté en prison jusqu’au 29 décembre 2009, date du fameux rabat d’arrêt, qui en plus n’est pas suspensif de la liberté. Cette procédure, fait-il le rappeler, profite plutôt au condamné qu’à la partie civile. Nous avons d’ailleurs appris, contrairement à ce qui avait été dit, que les Allemands ont bel et bien investi dans le fameux projet. Ils ont en effet donné toutes les preuves à ATT qui, médusé, aurait dit qu’on l’a encore trompé. Tous comme des larrons en foire ont profité de la naïveté du pouvoir pour dépouiller la BHM.

ATT désormais sur ses gardes

L’affaire Diawara a dû amener le président à être plus prudent avec l’incarcération hâtive des mis en cause dans les rapports du Végal. Et pourtant, l’ex-PDG de la BHM a été l’objet d’un rapport du Végal et de l’Inspecteur des finances, dont les résultats n’ont pas signalé de malversation.

Avec Diawara, ATT veut faire passer un message clair, à savoir, même un «Frère» à lui n’échapperait pas à la justice s’il et coupable. Même innocent, ATT est aujourd’hui prisonnier des actes de désinformation orchestrés par les aigrefins. Le calvaire de Diawara perdure au mépris de la loi, ce qui lui donne le statut du prisonnier d’ATT en personne.

Birama Fall

19 aou 2010