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Avec la délégation parlementaire des relations avec les pays ACP, sous-commission « sécurité et défense », le président Dioncounda Traoré, en marge de la conférence de donateurs de haut niveau sur le Mali, lors d’une réunion conjointe avec la commission du développement de l’UE, a été fortement interpellé sur l’affaire de la «Mangueraie de Sébénikoro».

jpg_une-1816.jpgUn dossier qui l’a mis mal à l’aise à cause du traitement que son prédécesseur en a fait et de grosses anomalies procédurières qui s’y attachent. A près tout, c’est un innocent qui croupit en prison, depuis six ans, tandis que des fonds allemands sont spoliés. Morceaux choisis des coulisses de ces discussions…

Les Allemands, dans cette affaire, convaincus que leurs fonds ont été spoliés, n’ont jamais lâché prise.

Une fois encore, ils ont interpellé le président Dioncounda Traoré. C’était le 16 mai dernier, à Bruxelles, en marge de la conférence de donateurs sur le Mali, où, le plus officiellement du monde, pendant la réunion conjointe avec la commission du développement de l’UE, le très scandaleux dossier sur le projet immobilier de la « Mangueraie de Sébénikoro » a fait surface.

C’est Monsieur Michael Gahler, président de la commission au parlement panafricain et expert de l’Afrique, qui donne le ton. L’instant est électrique, en ce sens que pareille interpellation parlementaire n’est pas habituelle pour un pays.

S’adressant au président Dioncounda Traoré, devant un parterre de personnalités européennes, il dit ceci : « Merci Monsieur le président, hier, on a promis beaucoup d’argent à votre pays. Moi, je le soutiens en principe. J’ai été l’un des premiers à avoir critiqué ouvertement l’Allemagne, le fait que mon pays se soit montré très réticent dans le soutien militaire de la France. Nous souhaitons dans l’intérêt de la population que votre pays fonctionne mieux à l’avenir, c’est-à-dire que les crédits soient également mieux utilisés cette fois-ci. On a également promis de l’argent, côté commission européenne. Notre commission du contrôle budgétaire va se pencher avec vigilance sur la bonne utilisation de ces crédits ».

En toute logique, il insiste qu’en « contrepartie pour tout cet argent, vous (le président Dioncounda) veilliez enfin à ce que l’Etat de droit s’établisse dans votre pays ».

Puis ensuite, il introduit, sous la forme d’un test pour le président Dioncounda Traoré (selon ses propres termes), dans le débat l’affaire du Mangueraie de Sébénikoro : « J’aurais un test concret pour vous pour voir si vous prenez vraiment les choses à cœur. Ici, parmi les auditeurs, on trouve les investisseurs du projet immobilier la «Mangueraie de Sébénikoro ». Vous les connaissez, vous et d’autres, depuis des années. Ces gens ont investit 13,2 millions d’euro personnels dans la construction des logements. Ils ont créé des centaines d’emplois à Bamako. Des escrocs de haut vol les ont dépossédés de leur bien ».

Parlant du bégaiement du droit, dans cette affaire, il pointe un doigt accusateur : «En 2009, ils ont même gagné devant la plus haute Cour malienne. Et puis votre prédécesseur (Ndrl, ATT) est passé à la télé et a dit que cela ne l’intéressait pas. Il y a même en prison une personne dont la relaxe avait été prononcée par la haute Cour, dans ce contexte ».

Finalement, dans ce dossier, Michael Gahler veut des garanties qu’l’exprime en ces termes à Dioncounda Traoré : «Maintenant, j’aurais une chose à vous demander : laissez libre cours à l’état de droit. Ne vous cachez pas derrière des similis procédures construites a posteriori. Je vous demande ici la promesse formelle du président qui nous garantit la victoire de la vérité et de la justice. Si vous n’arrivez pas à maitriser les escrocs dans cette affaire, comment voulez-vous faire croire aux donateurs qui vous ont donné ces sommes importantes pour le Mali que vous allez les utiliser à bon escient. Alors, s’il vous plaît, passez ce test à propos de la « Mangueraie de Sébénikoro ».

Le mot est lâché et l’interpellation fait mouche.

C’est donc un Dioncouda Traoré, manifestement gêné, lâchant difficilement les mots, qui réagit.

Dans la salle, bombée de monde, l’atmosphère est glaciale, car les faits évoqués sont têtus.

Le président par intérim du Mali est sur la défensive quand il dit : « Je connais le problème de la Mangueraie. Et je sais que vous avez raison de poser la question. Parce que la question a été mal réglée. Il y a un problème de justice qui se pose. Et je crois aujourd’hui, les autorités maliennes en ont conscience et qu’elles feront en sorte que le dossier soit réchauffé et que l’on voie dans quelle direction il faut allez pour effectivement rester conforme à notre volonté de bâtir un Etat de droit. Voilà ce que je peux vous dire par rapport à cela. Je n’ai pas eu à m’occuper personnellement de la question. Mais je sais que c’est un problème qui existe et c’est un problème qu’on va prendre en charge ».

Une fois de plus, au-delà du caractère crapoteux de la procédure, dans ce dossier, qui choque toute conscience civilisée (c’est un innocent qui croupit, depuis six ans, en prison broyé par la machine juridico-répressive de l’Etat), c’est l’image de respectabilité de notre pays, au plan international, qui est écornée.

Or, depuis près d’un an, les nouvelles autorités du pays, gagnées par l’approximative et l’avenant, n’ont pu rien faire sur ce dossier…

Sékouba Samaké

Info-Matin du 24 Mai 2013