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Dans l’affaire AS Police- Jeanne d’Arc qui défraie actuellement la chronique, « L’Aube » a cherché à en savoir plus en approchant les parties concernées. La ligue de Bamako dit s’en tenir à son communiqué rendu public et qui inflige une sanction de 3 ans à l’AS Police.

Après moult démarches, nous n’avons pu avoir d’interlocuteur du côté de la JA, tous ceux que nous avons eu au bout du fil nous renvoyant systématiquement au président du club, Seydina Oumar Sow, injoignable et introuvable à son bureau et au terrain d’entraînement de son équipe. Du côté de l’AS Police, nous avons failli aboutir au même résultat.

Mais finalement, un responsable, qui a exigé l’anonymat, a accepté de nous entretenir sur les arguments de son club. Nous vous proposons cette version.

Le litige sportif qui oppose l’AS Police à la Jeanne d’Arc de Bamako s’est, depuis quelques jours, transporté sous d’autres couverts. Concluant à une mauvaise foi des responsables de la ligue de Bamako qui ont préféré jouer à la loi « du nombre au détriment du droit », l’AS Police a mené ses propres investigations qui ont abouti à des révélations troublantes à propos de l’identité de certains joueurs de la JA, dont le Béninois Mama Moumouni sur qui se sont focalisées les attentions.

L’interpellation de celui-ci la semaine dernière et de la détention temporaire du secrétaire général de la fédération malienne de football, Yacoubadian Traoré dans les locaux de la BIJ, ont valu à l’équipe de la Police nationale une suspension ferme de 3 ans de toutes les compétitions organisées par ligue de Bamako.

Cette sanction a attiré la colère dans certains milieux sportifs qui ont conclu que l’AS Police est simplement la victime de la cabale de certains responsables de Malifoot dont le secrétaire général est du reste le président d’honneur de la JA.

Pour être rétablis dans leur droit, les responsables de l’AS Police sont prêts à épuiser toutes les voies de recours sportives. C’est pourquoi, ils ont d’abord fait appel de la suspension qui leur a été infligée au motif que l’AS Police est simplement une association sportive, distincte de la police nationale qui mène ses missions républicaines.

Ils expliquent ainsi pourquoi la Brigade d’investigations judiciaires s’est saisie de cette affaire qui concerne une fraude d’identité à un moment où les autorités du pays sont entrain de sécuriser les documents administratifs civils et d’identité maliens.

Selon notre interlocuteur, cette sanction de la ligue de Bamako vise à empêcher les policiers à renverser la tendance et pouvoir représenter Bamako à la montée. Ne renonçant nullement au combat enclenché, l’AS Police a aussi fait appel pour obtenir le droit d’aller représenter la ligue de Bamako. Pour le responsable de l’AS Police, l’appel se rapporte au dossier de réserve et d’évocation concernant certains joueurs de la JA qui ont pris part à la rencontre du 21 juillet dernier.

Pour les policiers, le Certificat international de transfert (CIT) du joueur Souleymane Coulibaly qui est arrivé bien après la qualification de sa licence, n’est enregistré ni au niveau de la FEMAFOOT, ni à la ligue de Bamako, encore moins au secrétariat de la JA. Ils soutiennent que, c’est seulement bien après le match du 21 juillet 2008 que la JA s’est activée auprès de la fédération burkinabé pour obtenir un CIT, en violation des articles 27 et 28 des règlements généraux de Malifoot.

L’autre cas de réserve a porté sur le Camerounais Aimé Ahmada tandis que les évocations pour fraude d’identité portent sur les joueurs Salia Sanou et Mama Moumouni.
Aux dires des responsables de l’AS Police, le premier qui est venu du FC Gaoussou de Bamako (2006-2007) pour la Jeanne d’Arc se trouve être né à deux dates différentes et avec deux mères différentes.

Mais, c’est surtout le cas de Mama Moumouni qui a mobilisé les énergies dans les milieux policiers qui ont alors mené des enquêtes jusqu’à Kidal pour éclairer les responsables de la ligue de Bamako.

D’après notre source, les recherches se sont orientées à Kidal, le lieu présumé de naissance du joueur et à Bagadadji où une copie de l’acte de naissance a été établie au nom de l’intéressé. Il ressort des investigations que le nom de l’officier d’état civil, Broulaye Kouma, qui a signé l’acte de naissance n’a jamais existé à la mairie de Bagadadji.

La signature et le cachet apposés sur le document sont également des faux. De surcroît, Mama Moumouni n’est pas né le 9 août 1993 à Kidal sous le numéro 809 du registre principal de l’état civil de cette localité, il est plutôt de nationalité béninoise. Ces révélations qui ont conduit à son exclusion de l’équipe nationale des cadets qui se rendait en match amical en Guinée ont été rapportées à la ligue de Bamako par l’AS Police.

Malgré toutes ces preuves, les responsables de l’AS Police se disent étonnés du fait que la ligue ne leur a pas donné le gain du match sur tapis vert, après avoir pourtant annulé les licences de Salia Sanou et de Mama Moumouni.

« Pourquoi alors nous avoir donné match perdu alors que les preuves de fraude d’identité sont réfutables ? » s’interroge notre interlocuteur qui reporte ses espoirs au niveau de la FEMAFOOT dont certains membres sont convaincus du bien fondé de l’argument de la Police. Qui espère que justice sera rendue dans l’intérêt supérieur du football malien afin que le milieu soit définitivement assaini de toutes les pratiques mafieuses.

En attendant, notre interlocuteur insiste sur un fait : « La Police ne s’est pas substituée à l’AS Police dans cette affaire, mais elle a mené ses investigations à la suite d’une fraude d’identité pour aboutir au retrait des documents frauduleux. Sinon, il n’y pas jusque là une plainte contre les responsables et complices de cette fraude ». C’est dire que l’AS Police n’a pas encore porté cette affaire devant les tribunaux comme l’affirme la ligue de Bamako pour justifier sa sanction.

Toutefois, d’après les juristes éclairés, cette plainte peut être faite maintenant par n’importe quel citoyen.
Faut-il seulement espérer que le traitement reste au seul niveau des instances du football malien.

SOULEMANE DIALLO

21 Aout 2008