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L’espoir fondé par les travailleurs de l’Abattoir Frigorifique de Bamako (AFB) sur la privatisation de leur entreprise -depuis le 22 Octobre 2002- s’est aujourd’hui transformé en désespoir, et pour causes.

Depuis la fin du mois de Septembre 2007, les travailleurs ont été mis devant le fait accompli : la réduction de leurs salaires de 115 000 à 31930FCFA, soit 27% de réduction ; de 105.000 à 43.280 FCFA, soit 41% ; de 106 000 à 48 995 FCFA, soit 46%; et de 65 000 à 24.880 FCFA, soit 36% de réduction.

Rappelons que l’Abattoir Frigorifique de Bamako (AFB) est un établissement public national doté de la personnalité civile et de l’autonomie financière. Il a pour mission la prestation de services nécessaires à la préparation de la viande à partir des animaux de boucherie, dans les conditions d’hygiène et de salubrité publique prévue par les textes en vigueur.

Ces prestations sont facturées sous forme de redevances et taxes d’abattage. Jusqu’en 1994, les taux étaient fixés par Arrêté du ministre des Finances. Les recettes sont les taxes d’abattage (payées par les bouchers), la location de chambres froides, les ventes de sous-produits…

Selon nos sources, depuis la dévaluation du FCFA en 1994, l’AFB connaissait, certes, des difficultés, mais sa viabilité n’était pas compromise.

Qu’en est-elle de sa privatisation ?

Aux dires du Collectif des victimes de réduction de salaires de l’ABF, à la dévolution des actifs de l’entreprise le 22 Octobre 2002, les travailleurs voulaient obtenir simplement des éclaircissements sur certains points tels que leur traitement par rapport à la nouvelle situation, le plan social (payement des droits et indemnités de réinsertion), la situation des aires d’abattage, les conditions de retrait de ces aires qui rapportaient 33% en recettes.

Toujours selon le Collectif des travailleurs, au jour de ladite cession ou dévolution, il n’y a eu, au préalable, ni assemblée générale, ni mission d’information de l’autorité de tutelle.

Ce jour du 22 Octobre 2002, toutes les conditions étaient réunies pour faire le maximum de victimes parmi les travailleurs, compte tenu du nombre d’agents de sécurité du commissariat du 3e arrondissement mobilisés à cet effet“, a ajouté le Collectif.

Aussi, la privatisation de l’entreprise a été effectuée avec cette seule mesure d’accompagnement : le maintien de tous les employés à leur niveau de salaire. A en croire le Collectif des travailleurs, à la privatisation de l’AFB, certains paramètres non moins importants ont été ignorés. Il s’agit, entre autres, de la sécurité de la population et des droits et indemnités des travailleurs.

La direction dans le collimateur des travailleurs

A entendre le Collectif des travailleurs, les éventuels acquéreurs de l’AFB seraient essentiellement intéressés par son patrimoine : terrains, bâtiments, hangars, installations industrielles…

A défaut d’un investissement important (rénovation des matériels de production, création et diversification des activités), les recettes en présence, même si elles étaient doublées, ne peuvent pas faire vivre l’AFB. En conséquence, les premières victimes seraient les travailleurs, dont certains connaissent déjà la réduction des salaires et le licenciement abusif, fera savoir le Collectif.

A nos questions et démarches de conciliation, la Direction générale a opposé l’argument que les accessoires de salaire sont liés à la fonction. Si cela est, ces montants indiqués nous ont cependant été alloués plus de 15 ans, pour la plupart des cas, en raison du niveau très bas des salaires, et sans aucune mise en cause en aucune année, jusqu’à ce mois de Septembre 2007, cinq ans après la privatisation de l’entreprise. A cet effet, certaines majorations légales ont été purement et simplement rayées, différentes des primes et des indemnités…”, a expliqué le Collectif.

Aussi, les travailleurs, dans une déclaration, ont demandé, entre autres, l’instauration urgente d’une atmosphère apaisée, conviviale et de confiance pour l’efficience du travail ; l’acquisition d’une grille actualisée des salaires ; l’augmentation des salaires de niveau bas ; la régularisation urgente et sans condition des salaires unilatéralement réduits et leur rappel aux intéressés ; la prise en compte des acquis salariaux validés par les accords Patronat-Gouvernement-Centrale syndicale ; et le règlement des cotisations de l’INPS.

Moussa TOURE

10 Mars 2008.