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Les autorités aéroportuaires tentent de faire croire que l’aéroport de Bamako-Sénou est entré dans une phase de modernité irréversible. Utopie.
Dans la deuxième quinzaine du mois d’octobre 2008, la direction des Aéroports du Mali (ADP) diffusait à grand renfort de publicité des sketches à la télévision nationale pour montrer l’effort qu’elle a déployé pour rendre l’aéroport de Sénou beau, attrayant, convivial et confortable pour les usagers.

Rien qu’à voir ou à entendre les comédiens tournant des scènes sur place, le citoyen lambda serait aux anges, croyant que notre pays s’est doté d’un aéroport à la dimension des grandes métropoles.

Dans le cadre du Millenium Challenge Account (MCA) financé par les Etats-Unis d’Amérique, le Mali dispose d’un programme d’agrandissement et de modernisation de l’aéroport international de Sénou. Un projet que n’a cessé de venter l’ancien ministre des Promotions des investissements et des PME, Ousmane Thiam.

Quelques travaux d’envergure ont effectivement eu lieu sur la piste d’atterrissage, il y a quelques mois de cela permettant un trafic plus dense et plus fluide. Mais, l’aéroport de Sénou reste encore aux antipodes du modernisme. Il n’a même pas atteint le tiers du chemin parcouru dans ce sens par les aéroports des capitales comme Dakar ou Abidjan.

En dehors des travaux d’élargissement réalisés sur la piste d’atterrissage de l’aérogare, les bâtiments crasseux des salles d’entrée et d’arrivée restent les mêmes. Les passagers ont toutes les peines du monde à accéder à la petite salle d’arrivée qui a été pourtant rénovée à l’occasion de la Can-2002. L’accueil et l’accomplissement des formalités de police et de douane relèvent toujours du chemin de croix.

Tromperie sur la marchandise

A cause de son étroitesse, cet espace contiendrait difficilement les passagers d’un Boeing A 330 ou 347, soit environ 200 à 300 passagers. Ces derniers font toutes sortes d’acrobaties dans une chaleur torride pour accomplir les formalités d’arrivée auprès de la police des frontières et des douanes. La récupération des bagages sur le tapis roulant est le pire des calvaires. Difficile de retrouver un colis au milieu d’une escouade de bagagistes regroupés en GIE (un phénomène propre à l’aéroport de Sénou). Ces derniers font une obligation de porter les bagages.

Tout le tintamarre semble fait autour des petits travaux réalisés à la façade principale de l’aéroport et devant la salle d’embarquement. En ces endroits ont été érigés des hangars en aluminium coiffés de vitre et qui servent d’une sorte d’issue pour le passager qui se voit protégé contre le soleil ou la pluie.

L’entrée principale est également aménagée en dalles et en fleurs avec quelque coup de peinture sur le mur. Le hangar de la salle d’embarquement donne accès à un bus qui conduit les passagers à l’avion alors que dans les aéroports modernes, l’accès à l’avion se passe discrètement à l’intérieur d’une passerelle et l’on se croirait toujours entre les quatre murs.

Le parking automatique qui donnait un look nouveau à Sénou n’est plus qu’une vieillerie. D’automatique, le parking est passé au manuel. Les machines se plantent à tout bout de champ au passage des véhicules. Il faut l’intervention d’un vigile pour le débloquer. A charge pour l’usager de se présenter encore au guichet pour prendre un ticket au risque de se voir pénaliser.

De qui se moque-t-on, serait-on tenté de dire ? Est-ce pour justifier le pactole mis à disposition pour moderniser l’aéroport de Sénou qui justifie tous ces cris de la part des autorités aéroportuaires ou celles en charge des transports au Mali en vue de charmer le bailleurs américain ? Il y assurément tromperie sur la marchandise.


Abdrahamane Dicko

13 Novembre 2008