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Alors que le panier de la ménagère est troué, le fils du berger ne va pas à l’école, l’enfant diplômé d’un déflaté entame une grève de la faim pour avoir du travail, les hommes du pouvoir roulent carrosse, amassent des fortunes colossales, construisent de somptueuses villas. Ces gens là ont aujourd’hui un seul objectif: que les fondations et les associations créées de toutes pièces s’approprient des leviers du pays. Qu’ils soient politiques, économique, social et culturel. Et ils ne sont pas loin de réaliser leur rêve. Les Maliens se laisseront-ils faire? Assurément pas!

De retour des vacances, début septembre, les Maliens n’imaginaient pas que les ministres de l’équipe de Modibo Sidibé, requinqués de quelques jours de repos à l’intérieur comme à l’extérieur du Mali, continueraient toujours à dormir comme si de rien n’était. Tant les dossiers, qui les attendaient, sont énormes: école, insécurité, incivisme, etc. Malheureusement, rien ne semble bougé dans les départements ministériels. On a l’impression que les ministres sont là pour évacuer les affaires courantes. Conséquence: l’immobilisme total.


Comment en est- on arrivé là?

Le Mali, qui avait amorcé depuis des années le renouveau de l’action publique ce qui l’a attiré félicitation et considération, est au creux de la vague. Depuis l’arrivée en 2002 au pouvoir de l’homme qui a su regrouper les adversaires politiques d’hier autour de la « dépouille Mali » sans les réconcilier comme il l’avait juré devant ses compatriotes, un nouveau mode de gouvernance a vu le jour: le laxisme. Les vertus cardinales, qui caractérisaient notre société, cèdent la place petit à petit à d’autres comportements qui sapent dangereusement les soubassements de notre pays. Les voleurs sont les mieux récompensés. Alors que autrefois dans notre société, le sort du voleur était réglé dans le bois sacré s’il n’arrivait pas à prendre la poudre d’escampette.

Le président Amadou Toumani Touré dit ATT est le maître d’orchestre de cette aventure sans lendemain. Il a opté pour tout sauf le mérite, la compétence, l’intégrité. Avec la complicité des hommes politiques guidés uniquement par leur appétit glouton et vorace, ATT est parvenu à ériger la médiocrité comme un critère déterminant dans le choix des hommes devant occupé des hautes fonctions dans l’administration.

Pourtant, le pays regorge des compétences qui peuvent le sortir du trou dans lequel on l’a délibérément plongé pour que les protégés de Koulouba pompent le peu de ressources qui restent.

L’ascension de cette nouvelle race de courtisans a plombé l’administration. Le visage qu’ils ont donné à notre administration est monstrueux. Le fossé entre les administrateurs et les administrateurs est des plus grands. Et pourtant, nous sommes dans un contexte de décentralisation. La prestation dans les services aujourd’hui laisse à désirer.

Nous pouvons dire sans risquer de se tromper que notre pays est le monde où on constate des ratures sur les documents officiels. Cette situation laisse indifférent tout le monde. « On ne peut pas rejeter tes dossiers à cause de cette petite surcharge« , lancent ceux qui sont chargés d’établir les actes administratifs.
Pourtant, ils n’ont pas tort. Les dossiers passent.

A cela s’ajoutent le retard et l’absentéisme. Les bureaux sont quasiment désertés. Les quelques travailleurs consciencieux, qui sont dans leurs bureaux, « n’hésitent pas à dire que « Je ne peux rien faire. Le chef est sorti pour des courses. Et je ne sais pas quand est ce qu’il sera là »

Nous pensons que tout cela rentre dans la politique que ATT, la mise en place pour que les fondations et les associations de soutien puissent casser les ressorts de notre administration afin que celles-ci assurent les services. A y regarder de près, ce schéma semble porter ses fruits. Les hommes de Koulouba sont dans tous les rouages de l’administration. Et le malheur est que tant que vous n’avez pas un bout de notes de ces gens, il sera difficile que vous obtiendrez satisfaction.

Le poids des associations caritatives et de soutien est écrasant. L’exemple le plus frappant est la Fondation pour l’Enfance. Elle a éclipsé le ministère du Développement social, principal organisateur du mois de la solidarité. Elle a été plus visible que le département même. Et a reçu presque plus de dons que le ministère.

Au rythme où on va, ces associations n’hésiteront pas un jour à demander un transfert de compétence.

Seuls les représentants du peuple peuvent demander des comptes à ces structures.
Auront –ils le courage de leurs collègues mauritaniens pour démanteler les provenances de leurs sous?

Yoro SOW

03 Novembre 2008