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L’éminent avocat et professeur d’histoire des institutions à la faculté des sciences juridiques et politiques de l’université de Bamako, Amadou T Diarra, dans une brillante contribution sur «la question de l’exécutif continental africain un faux débat» parle de l’âge d’or du nationalisme africain, «les années 1970- 1980 où le rôle de l’Etat en tant que régulateur des rapports sociaux était ouvertement revendiqué».

Le Mali souffre actuellement d’un manque de nationalisme. Le mot a même disparu du langage des hommes politiques. Selon le petit Larousse, le nationalisme est une doctrine qui affirme la prééminence de l’intérêt de la nation par rapport aux intérêts des groupes, des classes, des individus qui la constitue. Un mouvement politique d’individus qui veulent imposer la prédominance de la nation à laquelle ils appartiennent dans tous les domaines.

Faiblesse de l’Etat

La notion de l’Etat n’a pas été bien assimilée par les cadres de l’administration publique. Cette administration est calquée sur le modèle français. A la seule différence que la notre est entre les mains des princes du jour. Gérée dans le laxisme.

Absence de sentiment national

Au Mali, la référence identitaire n’est pas la nation, mais le clan, le parti et la famille au sens large. On ne se sent guère de devoir envers un Etat qui demeure une entité parfaitement abstraite. On a l’impression dans notre pays que les travailleurs de la fonction publique «travaillent» pour eux mêmes. Vantant récemment ses avoirs devant nous au cours d’un séminaire, «une femme chef de division d’un service déclarait qu’elle n’avait pas le temps de suivre un séminaire de trois jours pour 6000F CFA alors que sa seule signature apposée sur un document lui rapporte 25 000F CFA par jour».


Pourquoi cet état de fait

Il faut noter la précarité des régimes politiques. Les quatre (4) régimes qui se sont succédé au Mali souffraient d’une crise de légitimité. Lorsque ceux qui détiennent les rênes du pouvoir se comportent en délinquants à col blanc, c’est la course effrénée vers le gain facile pour les gouvernés.

Acte I : selon les révélations faites au procès dit la « bande des trois » (Tiécoro- Kissima- Karim) en 1978 à Tombouctou, après la chute de Modibo KEÏTA, le pactole du trésor public a été décaissé et partagé entre les 14 membres du Comité militaire de libération nationale (CMLN) le 20 Novembre 1968. Les sous partagés auront servi aux uns et aux autres à faire le commerce et à construire des villas au quartier l’hippodrome.

Acte II : l’adage qui dit : «qu’on ne bouffe l’héritage de son père qu’une fois», cet adage sied bien à la gestion du patrimoine légué par l’US RDA à la génération montante. Mais hélas ! Pour sa mauvaise gestion, toutes nos sociétés et entreprises ont été liquidées par le régime Moussa Traoré. Les quelques restantes ont été cédées à des nationaux sous le couvert d’étrangers (salles de cinéma Babemba, Rio, Rex).

Actes III : le foncier. C’est la page noire de la démocratie malienne. L’inégale attribution des parcelles à usage d’habitation pour tous dans le district de Bamako a engendré des querelles. Il est devenu un enjeu important pour les politiques. On a démolit des quartiers spontanés au profit des spéculateurs fonciers (Niamakoro, Sénou, Yirimadio). L’ancien aérodrome d’Hamdallaye ACI sera cédé aux grands commis de l’Etat, membres de l’ ADEMA de même que les titres fonciers de la SOTELMA et de l’armée à Souleymanebougou ont été morcelés et attribués à des proches et amis du pouvoir ADEMA (dernier décret d’Alpha du 7 juin 2002).

L’attribution de ces parcelles avaient suscité des réactions des consultants qui avaient soulevé des oppositions en mettant en avant que la zone ne serait pas habitable pour des raisons de crue du fleuve, comme cela avait été le cas lors de la construction de l’Hôtel Kimpeski qui jonche dans le bassin des eaux usées qui se déversent dans le fleuve. Les études de faisabilité des projets HLM Souleymanebougou et Kimpeski n’étaient pas concluantes. Mais les plus hautes autorités se sont entêtées à le faire. Résultat : aujourd’hui, on a commencé à casser certaines constructions à Souleymanebougou pour permettre la construction du 3e pont de Bamako.
Du restaurant Kimpeski, on sent l’odeur nauséabonde des eaux usées.

Acte IV : la lourdeur administrative. Lorsque l’administration devient une association pour malfaiteurs, il faut craindre le pire. C’est à ce phénomène que nous assistons.

L’Etat ? Une affaire. La politisation de l’administration freine tout. Les chefs de service ont peur de prendre des décisions, de signer les documents, de faire des propositions par peur de perdre leur fauteuil. Tout devient objet de «soit transmis». Au supérieur de décider. Celui- ci «soit transmis» à son tour et ainsi de suite jusqu’au ministre qui à son tour transmet le dossier au conseil des ministres. Et finalement c’est le chef suprême qui décide.

Autre fait qui bloque les usagers. Certains services très sollicités sont dirigés par cadres craints par leurs personnels et les usagers.

A la direction de la fonction publique, le directeur serait craint par ses collaborateurs parce qu’il ne veut pas qu’on lui porte la contradiction ou de donner son point de vue sur un sujet. L’adjointe une femme serait alitée depuis longtemps. Pour une signature à apposer au bas d’un document dans les services, il faut débourser des sous mais aussi il faut être patient.

A quoi aurait servi la reforme de l’Etat sans un changement de comportement ? L’incurie et le détournement de deniers publics gangrènent notre administration. Du coup, c’est le festival des pantalons troués tapis dans la haute privilégiature.

Brin COULIBALY

03 Mars 2008.