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Si l’on n’y prend garde, il n’y aura pas une semaine du détenu à l’occasion de l’EID 2008. En effet, le 18 Novembre 2008, la section syndicale de la justice a déposé un préavis de grève de 48 heures, pour les 10 et11 Décembre 2008, sur toute l’étendue du territoire national, et reconductible 15 jours plus tard si satisfaction n’est pas obtenue.

Pis, comme pour enfoncer le clou, le syndicat demande à tous les chefs d’établissement de l’administration pénitentiaire et de l’éducation surveillée d’appliquer des consignes : la présence effective de tous les éléments en tenue correcte pour mieux renforcer la sécurité ; la libération des cas d’expiration de peine. Sans oublier que pendant la grève, il n’y aura pas de visites, pas d’extraction, pas d’ordre d’extraction, pas d’ordre d’incarcération, pas de transfèrement et pas de plats et de colis extérieurs dans les prisons !

La raison d’une colère

La section syndicale de la justice est une des quinze sections du Syndicat National des Travailleurs des Administrations d’Etat (SYNTADE), affilée à l’UNTM. Composée en majeure partie de surveillants de prison qui assurent la surveillance et la gestion de la presque totalité des centres de détention du Mali, elle est dirigée par le Lieutenant Abdoulaye Fofana, Contrôleur des services pénitentiaires et de l’éducation surveillée.

Faut-il le rappeler, le 13 Mars 2008, cette section syndicale avait déposé un préavis de grève qui comportait les préoccupations de ses militants. Mais 5 jours plus tard, un consensus avait été trouvé entre le ministre de la Justice et le syndicat, en présence de Siaka Diakité, Secrétaire Général du SYNTADE et de l’UNTM. Ce qui permit la lévée de ce mot d’ordre de grève.

A la suite de ce consensus, le ministre de la Justice avait promis l’eldorado au syndicat, parole contre parole. Mais à l’arrivée, la surprise des syndicalistes sera grande de constater la mauvaise foi du ministre. C’est donc à cause de ce comportement que la section syndicale de la justice a décidé de déposer ce nouveau préavis.

La guerre pour un vrai statut

Dans son préavis de grève du 18 Novembre 2008 adressé au ministre du Travail, de la Fonction Publique et de la Réforme de l’Etat, la section syndicale de la justice expose ses revendications. En effet, les surveillants de prison sont gérés par un statut particulier, objet du décret n°03-326 P-RM du 06 Août 2003.

Mais ce statut a montré des insuffisances, car il ne prévoit ni de dispositions disciplinaires pour ce corps para-militaire, ni un plan de carrière fiable, le mode de recrutement étant l’un des plus mauvais. A preuve, aujourd’hui on a des surveillants “manchots”, des surveillants “handicapés” parce que n’ayant pas l’usage de leurs jambes.

Par ailleurs, la Section syndicale constate qu’elle est méprisée par les autorités. Car chaque fois qu’elle lance un mot d’ordre de grève, le gouvernement s’empresse de signer un protocole d’accord qui n’est jamais appliqué. C’est dire que les surveillants de prison font l’objet d’un rejet total.

Leurs services rattachés sont gérés par de tierces personnes, en violation de leur statut particulier qui, malgré ses insuffisances, dispose, en son 1er article, qu’ “il est institué un cadre unique…” . Et l’article 2 va plus loin en disant que “le personnel est chargé de la surveillance et de la gestion des établissements pénitentiaires et d’éducation surveillée”.

Comme si cela ne suffisait pas, l’adjoint au Directeur national, qui est censé être le chef du personnel, est aussi une tierce personne tout comme le Directeur national. Ce qui fait que les problèmes des Surveillants de Prison sont discutés en leur absence par des gens qui pensent vraisemblablement que quand les Surveillants de Prison vont émerger, eux ils vont tomber.

En effet, ils ne comprennent pas pourquoi l’autorité tient à un gendarme à la tête de la Maison Centrale d’Arrêt de Bamako, à un Professeur d’enseignement à la tête du Centre de Bollé mineurs, et à une assistante sociale à la tête du Centre de Bollé femmes. Pourtant, parmi les Surveillants de Prison, il y a des Inspecteurs qui ont le niveau Maîtrise.

Pour se défendre face aux critiques, l’autorité a toujours laissé entendre que ces Inspecteurs sont inexpérimentés, bien que l’adjoint au Directeur national ait fait son stage probataire vers les années 1999-2000, apprend-on. En plus des Inspecteurs, il y a plus d’une trentaine de contrôleurs désœuvrés à qui des postes reviennent de droit. Mais l’Etat ne le fait pas.

C’est pourquoi les surveillants crient à la violation flagrante des articles 1er et 2 du décret n°03-326 P-RPM du 06 Août 2003 portant statut particulier des fonctionnaires du cadre de la surveillance des services pénitentiaires et de l’éducation surveillée. La non application des deux arrêtés n°08-2471 et n°08-2472 du 08 Septembre 2008 fait
partie des causes de la révolte de la section syndicale de la justice.

D’autres doléances

En plus de l’octroi d’un staut de nature législative qui leur permettra d’avoir des dispositions disciplinaires pour des agents exerçant dans un milieu aussi sensible que la prison, les surveillants de prison demandent l’octroi de primes et indemnités, conformément au décret n°03-326 P-RM du 06 Août 2003, surtout, l’indemnité spéciale de la surveillance qui compenserait les 96 heures de travail par semaine, au moment où les autres fonctionnaires ne travaillent que pendant 40 heures par semaine. Cette indemnité spéciale compenserait la garde de détenues malades à l’hôpital, où ils s’exposent à toutes sortes de maladies contagieuses.

Signalons qu’un protocle d’accord avait accepté la dotation annuelle des Surveillants de prison en tenue de travail et bi-annuelle en dotation complète. Ils veulent l’application correcte de ce protocle d’accord gardé dans les tiroirs comme tant d’autres. Ils veulent également l’équipement des maisons d’arrêt en moyens de communication et matériels informatiques, car quand on prend la Maison Centrale d’Arrêt de Bamako, on constate qu’il n’y a pas un système de communication entre les différents miradors et le chef de poste du jour.

Pour la petite histoire, en fin Octobre 2008, une délégation de l’Ambassade des Etats Unis d’Amérique a effectué une visite de travail au sein de la MCA de Bamako. Lorsqu’ il a été dit à la délégation qu’il n’y a pas un système de communication et d’alerte entre les miradors et le chef de poste, le chef de la délégation n’en croyait pas ses oreilles. Or il suffit qu’il y ait une évasion pourqu’on s’en prenne tout de suite au pauvre surveillant.

C’est le cas, lors de l’évasion de prisonniers intervenue en Décembre 2006 à la suite de laquelle, informés, tous les chefs militaires et de sécurité se sont tout de suite retrouvés à la MCA. La sentinelle du mirador a donné un premier coup de feu ; mais quand il a voulu donner le deuxième, l’arme n’a pas répondu. Après la visite des lieux, l’un d’eux a laissé entendre, à propos des surveillants : “Les jeunes, vous étes dans une bouchérie !” . On avait promis des moyens de travail, mais jusqu’ici, les surveillants n’ont rien vu. En attendant, à la MCA, pour garder les détenus, on utlise des bâtons au lieu d’armes à feu.

La formation continue des agents, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Mali, constitue aujourd’hui une impérieuse nécessité. En plein 21e siècle, le Mali ne compte pas un seul spécialiste en sciences pénitentiaires ; et le pays ne dipose d’aucune doctrine en la matière. Cela va-t-il continuer, quand on sait que la 1ère promotion de surveillantes de prison n’a, jusqu’à présent, pas reçu sa formation professionnelle?.

Qu’il soit mis fin à l’immixtion de la DNAPES dans la gestion des budgets des chefs d’établissement pénitentaire à travers une initiative dite “initiative médicaments”.

Selon les surveillants, le Directeur national retient de 50 000 à 150 000 FCFA sur les dotations, sans aucune base juridique, pour leur fournir, en retour, quelques comprimés de nivaquine, d’aspirine et d’antibiotiques par trimestre. Ces pauvres chefs d’établissement donc sont obligés d’accepter, de peur d’être relevés de leurs postes.

L’arrêté fixant les détails des attributions des chefs de section de la DAF du ministère de la Justice, la mise de moyens logistiques et financiers au niveau de la DAF du ministère de la Justice, leur permettant d’exercer dans des conditions idoines, sont d’autres doléances de la section syndicale de la justice.


Barou

24 Novembre 2008