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Le congrès tant attendu de l’Adéma-PASJ aura vécu, mais en laissant des traces qui risquent bien de compromettre l’unité et la cohésion au sein de ce parti qui entend reconquérir le pouvoir en 2012.

En plus du désistement de Mandé Sidibé, des frustrations nées de la reconduction d’anciens membres du Comité Exécutif (CE), le président du parti, Dioncounda Traoré, aurait aussi déclenché une guerre ouverte avec Soumeylou Boubèye Maïga, précédemment 1er vice-président du parti qui, à la faveur du 4è congrès ordinaire du parti, se retrouve maintenant… à la 5è vice-présidence.

C’est, en tout cas, l’avis de nombre d’observateurs politiques qui auront été témoins d’une scène assez banale impliquant l’actuel premier vice-président du parti, le camarade Iba N’Diaye, et qui prouve, si besoin en était, l’incapacité de Dioncounda Traoré à maintenir de l’ordre dans les rangs des Ruchers.

De quoi s’agit-il?

Dans la foulée de l’organisation de la cérémonie d’ouverture des assises du 4è congrès ordinaire de l’Adéma, Iba N’Diaye s’est une fois de plus illustré par un comportement offusquant et peu amène, venant surtout d’un homme de son rang.

En effet, soit en connaissance de cause, soit par mépris, la commission d’organisation avait aménagé le présiduim de telle sorte que le poste de 1er vice-président était bien en vue. En termes clairs, au 1er vice-président sortant, Soumeylou Boubèye Maïga, on donnait le plein droit d’occuper sa place, et toute sa place, au présidium.

Dans la pratique, le président entouré, à droite et à gauche, par les1er et 2è vices-présidents. Mais fait inattendu : voilà qu’avant Soumeylou Boubèye, Iba N’Diaye accède à la salle et va s’assoir à la place qui lui est dévolue. Et tout d’un coup, comme mu par un ressort, voilà que le ministre de l’Emploi et de la Formation Professionnelle se lève, drapé dans sa tunique politique. Un geste qui n’est guère passé inaperçu, dans une salle bondée de monde, avec, au premier plan, des diplomates, des invités d’honneurs… et des curieux.

L’attention de tous fut alors brusquement braquée sur Iba N’Diaye. Et que fait ce dernier? Il se dirige directement vers l’autre côté du siège du président, s’empare du carton portant le titre du 1er vice-président et… le jette machinalement sous la table. Son acte accompli, il regagne sa place.

Mais ce n’était pas fini : comme incapable de contenir un mal qui le rongeait depuis, Iba se lève de nouveau et va cette fois-ci s’assoir… à la place réservée au 1er vice-président, donc à Soumeylou Boubeye Maïga. Ce dernier, informé, préféra alors bouder la cérémonie d’ouverture, bien qu’étant présent au CICB, ce vendredi 24 Octobre 2008.

Cet épisode tragi-comique mettant en scène le camarade Iba N’Diaye jette du discrédit sur la sincérité de Dioncounda Traoré vis-à-vis de Soumeylou Boubeye Maïga. On se souvient que lors des festivités du 15è anniversaire de l’Adéma-PASJ à Kayes, le même Iba N’Diaye s’était illustré par le même comportement, aidé en cela par un proche, voire un “homme de main” de Dioncounda Traoré, en l’occurrence Boubacar Bah dit “Bill”.

Alors, de deux choses l’une : soit le président Dioncounda Traoré n’est pas sincère avec Soumeylou Boubèye, soit il n’a pas dit la vérité, quant aux termes des conditions du retour de ce dernier, après son “aventure” de “Convergence 2007”. En effet, on a eu du mal à comprendre si, oui ou non, Soumeylou a été réhabilité après sa réintégration, tant Dioncounda est resté confus sur la question.

Mais de Kayes à Bamako, on se demande bien si les commissions d’organisation pouvaient, sans y être autorisées, se permettre, de leur plein gré, de prévoir des places pour Soumeylou au présidium. Et si l’ordre de prévoir Soumeylou au présidium vient de Dioncounda, alors il n’aurait pas dit la vérité aux membres du Comité Exécutif sortant. Autrement dit, Iba N’Diaye ne pouvait pas se permettre d’agir comme il l’a fait, si la position de Dioncounda était claire par rapport à la réhabilitation de Soumeylou.

Aussi, les partisans de Soumeylou, de fustiger : si Dioncounda nourrissait une once d’égard envers Soumeylou, envers son combat politique livré pour un Adéma plus solide et plus fort, ce dernier n’aurait jamais fait l’objet d’humiliations venant de Iba N’Diaye. Pour lesdits partisans, un homme aussi humble que Soumeylou Boubèye Maïga ne mérite pas cela, car selon eux, il aura consacré toute sa vie et tout son temps au parti Adéma et à l’intérêt du pays.

Et son humilité aura transcendé tous les clivages lors de ce 4è congrès ordinaire du parti, durant lequel l’homme est resté neutre. Il aurait même mis Dioncounda et camarades face à leur responsabilité, quant à son maintien au C.E. “Sortez-moi du C.E, ou mettez-moi où vous voulez, je reste entièrement à la dipsoition de mon parti et de mon pays”, aurait-il fait savoir à ses camarades.

Dans tous les cas, les supputations vont bon train ; et nombreux sont ceux qui pensent que Soumeylou ne pardonnera jamais à Dioncounda Traoré pour l’avoir ainsi “traîné dans la boue des combinaisons politiques”.

De la même manière, en plus d’être irrités par le comportement dit “égoïste” de Iba N’Diaye, des cadres et militants Adéma ont du mal à cerner les véritables motifs du harcellement du désormais 1er vice-président du Comité Exécutif de l’Adéma vis-à-vis de Soumeylou Boubeye Maïga.

Et de se poser la question : qu’est-ce que Soumeylou aurait fait vis-à-vis de Iba, s’il était à sa place ? Une question qu’il n’est pas donné, aux mortels que nous sommes, de savoir…


Adama S. DIALLO

29 Octobre 2008