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La guéguerre entre Iba N’Diaye, 2e vice-président du CE-ADEMA et non moins ministre de l’Emploi et de la Formation Professionnelle, et Soumeylou Boubèye Maïga, 1er vice-président sortant du CE et ancien ministre d’Alpha Oumar Konaré, continue de plus belle, après le combat du renouvellement du bureau de la section III du District. A l’allure où vont les choses, on est finalement tenté de se demander qui, des deux hommes, sortira vainqeur de ce combat? Mais au fait, comment en est-on arrivé là ?


A l’origine, un conflit de place

Pour rappel, Iba N’Diaye n’a jamais réussi à digérer le fait que Soumeylou Boubèye Maïga ait réussi à se hisser au poste de premier vice-président du parti. D’apparence aussi calme qu’inoffensif, Iba N’Diaye est connu pour être un homme très ambitieux, pour ne pas dire que chez lui, l’envie de jouer des rôles de premier plan est presqu’une obsession. Ceci expliquerait-il que l’homme n’est jamais parvenu, jusqu’à ce jour, à combler ses propres attentes?

Il a voulu faire qu’il fasse main basse sur la section VI du District : ça n’a pas marché. Et il fut contraint à l’exil politique, en se retrouvant à Kayes. Là aussi, les échos qui nous sont parvenus ne lui ont pas du tout été favorables.

Aussi, lorsque survient la rébellion de Soumeylou Boubèye Maïga contre les recommandations de la 7e conférence nationale, appelant à une transformation du soutien politique de l’Adéma à ATT en soutien électoral, Iba fut parmi ceux qui ont opté pour l’adresse d’un message fort à l’endroit du 1er vice-président.

Le problème est que l’actuel ministre de l’Emploi et de la Formation Professionnelle a toujours pensé que Soumeylou lui faisait de l’ombre. Or, dans ce régistre, il n’est pas le seul, car Soumeylou exerce une influence sûre sur tous les compartiments du parti, de la base comme au sommet.

Il est, de loin, le plus charismatique des Ruchers, après Alpha Oumar Konaré qui ne saurait lui-même le devancer, tant en matière d’aura que par l’éloquence et l’expérience. Et lorsque Soumeylou fut suspendu par le CE, puis exclu, à l’issue de la 8e conférence nationale, Iba croyait bien avoir été débarassé d’une grosse épine dans le pied.

Il espérait ainsi jouer un rôle de premier plan aux côtés de Dioncounda Traoré, président du parti, et y tirer profit, pour pouvoir monter d’un , voire de plusieurs crans, lors du prochain congrès.

Mais à vouloir devenir trop glouton, on finit par mal digérer ou vomir, dit-on. Aussi, ayant soupçonné l’homme d’en vouloir un peu trop, Dioncounda et camarades allaient, eux aussi, lui ouvrir un autre front. La demande de la section III de voir levée la sentence d’exclusion contre Soumeylou et camarades fut acceptée comme lettre à la poste.

Même si, soupçonnant le candidat de Convergence 2007 d’avoir les mêmes velléités, le Comité Exécutif s’est limité à l’intégrer sans le réhabiliter.

Iba n’en demande pas, puisque le front pouvait se transporter ailleurs. Le 2e vice-président commencera alors à placer ses hommes dans les structures du parti, en commune III, là même où milite Soumeylou. L’objectif recherché était de lui barrer la route. Pourquoi ?


De conflit de place au conflit d’intérêt

Ainsi, ce qui, au départ, n’était qu’un conflit de place se transforma vite en conflit d’intérêt. Iba voulait tout simplement plus de responsabilité et de pouvoir d’influenciation, pour donner une chance à un projet qui lui tenait à coeur : celui de parvenir, d’ici 2012, à imposerl’actuel Premier ministre Modibo Sidibé, comme candidat des Ruchers à l’élection présidentielle.

Pourtant, beaucoup de responsables ruchers sont prêts à parier leur tête que le combat du 2e vice-président n’a rien à voir avec le Premier ministre. Selon eux, Iba veut juste se servir de ce dernier pour assouvir sa faim : devenir lui-même candidat. Et il n’aurait pas jetté son dévolu sur Modibo Sidibé s’il s’était rendu compte qu’il échouerait dans son projet.

Conscient donc que son projet ne peut prendre corps avec un Soumeylou aussi fougueux que rebelle dans le CE, Iba voulait coûte que coûte empêcher ce dernier de gravir les échellons. Dans cette logique, il avait réussi à moitié, puisqu’à la surprise générale, Soumeylou n’était pas parmi les délégués de sa sous-section, à la conférence de renouvellement du bureau de la section III.

L’ex 1er vice-premier ne figurera dans le bureau de ladite section que grâce à une jurisprudence du Comité Exécutif qui, du reste, viole les textes du parti.

Toujours est-il que la porte du CE est ouverte à Soumeylou, car, difficilement, Dioncounda et camarades pourraient l’empêcher de prendre part au congrès, même s’il n’est pas désigné comme délégué de sa section. L’argument qui lui a permis de récupérer sa place à la section lui permet aussi de prendre désormais part aux assises du congrès.

Quid donc de Iba N’Diaye ? Son sort reste pendant, dans la mesure où, au niveau de la section de Kayes, il a du mal à consolider ses assises. Toujours est-il qu’une chose est claire : il n’a pas dit son dernier mot ; car, à l’image de Soumeylou, le CE peut également lui donner toutes ses cartes. On peut même dire qu’il est égayé par la victoire de son clan sur celui de Soumeylou en commune III du District.

Son projet tiendra-t-il encore la route?

Si tout n’est pas perdu pour le ministre de l’Emploi et de la Formation Professionnelle, il n’en est pas de même pour son fameux projet de fabrication d’un candidat présidentiable pour l’Aéma en 2012. Non seulement des voix s’élèvent de plus, en plus, dans le parti de la Ruche, pour barrer la route à toute velléité de vouloir imposer un candidat autre qu’un rucher à la présidentielle de 2012, mais la venue annoncée de Soumeylou au CE (sauf revirements de dernières minutes) n’augure rien de bon pour Iba, même si, de par les purs hazards de la vie, il parvenait à devenir président de l’Adéma.

En effet, quand Soumeylou s’opposait au soutien du parti à la candidature d’ATT, il avait conscience qu’il s’opposait à tous les responsables du parti. Un contre tous, donc : un challenge qui était tout sauf facile. Mais cela n’a pas empêché l’ex-ministre de la Défense d’aller jusqu’au bout de sa lolique.

Or, pour ce qui est du désir d’Iba de voir le Premier ministre, ou lui-même, candidat du parti en 2012, nombreux sont des cadres et militants Adéma qui n’y adhérent pas. A commencer par Dioncounda, qui se découvre lui-même des qualités de présidentiable. Rien ne prouve aussi que Soumeylou, une fois recasé, ne va pas récidiver en 2012. D’où l’inquiétude de nombreux cadres et militants ruchers, par rapport à la désignation du candidat Adéma à cette échéance.

Les adémistes sauront-ils tuer leurs divergences pour souffler dans la même trompette, autour d’un candidat consensuel ? La réponse à cette question permettra d’avoir un aperçu très clair sur les véritables chances de l’Adéma à l’élection présidentielle de 2012.

Adama S. DIALLO

30 Juin 2008