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Depuis la fin des élections générales de 2007 qui l’ont placé au premier rang des partis politiques au Mali, l’ADEMA est dans la logique de réconquérir le pouvoir politique en 2012. Ses dirigeants ne laissent aucune occasion sans le faire savoir à l’opinion. A la suite d’une conférence de presse le 8 novembre 2008 au siège du parti à Bamako-Coura, le président Dioncounda Traoré est revenu sur la question de la candidature de l’ADEMA en 2012.

“Le candidat de l’ADEMA à l’élection présidentielle de 2012 ne viendra pas de l’extérieur. Il n’y a pas de candidat naturel. Il n’y aura ni de primaire, ni de convention. Celui ou celle qui doit être le porte drapeau du parti sera désigné lors d’une conférence nationale au moment venu conformément aux textes. En militant discipliné, je ne fuierai jamais une repsonsabilité ou une mission confiée par le parti”.

Cette dernière phrase du président de l’ADEMA lève du coup un coin de voile sur une éventualité de sa candidature à l’élection présidentielle de 2012. Mais à une seule condition : que le peuple ADEMA lui fait la demande. Dès cet instant, Dioncounda Traoré devient l’homme à abattre dans la Ruche par tous ceux qui ont l’ambition d’être le candidat à une élection présidentielle.

Soumeylou Boubèye Maïga qui nourrit cette ambition depuis 2002 et qui a été chassé du parti en 2007 parce qu’il voulait être le candidat de l’ADEMA, aura une occasion de prendre sa revanche sur Dioncounda aussi ambitieux que lui. Qu’en est-il de Iba N’Diaye, El Madani Diallo et dans une moindre mesure Mandé Sidibé, tous de l’ADEMA et candidats malheureux à l’élection présidentielle de 2002 ?


Dioncounda, l’homme de tous les records à l’ADEMA

Le président de l’ADEMA et également président de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré aura 70 ans en 2012. On le sait en Afrique, l’âge confère parfois des privilèges qui doivent s’exercer dans des circonstances particulières. A 70 ans, on est considéré comme un doyen. Le doyen Dioncounda contrôle aujourd’hui la situation à l’ADEMA. Il a battu tous les records.

Depuis la création du PASJ en 1991, aucun président n’a eu deux mandats successifs à la tête de ce parti. Le 4ème congrès ordinaire de l’ADEMA tenu les 24, 25, 26 et 27 octobre 2008 a reconduit Dioncounda Traoré à la tête du parti pour la troisième fois consécutive. Au rythme où vont les choses, il y a fort à parier qu’il sera le candidat de l’ADEMA à l’élection présidentielle de 2012.

Depuis le départ de Ibrahim Boubacar Keïta de l’ADEMA en 1999, Dioncounda Traoré est devenu le moindre mal pour un parti sans leaders charismatiques. “C’est lui ou le chao” c’est le message que les congressistes ont tenu au sortir des dernières assises. On était décidé à le lâcher, mais à la dernière minute, faute de trouver un bon président consensuel, le peuple ADEMA a retenu Dioncounda comme président du parti.

Il ne reste plus à ce peuple que de demander à être le candidat en l’élection présidentielle de 2012. Mais nous savons que dans les circonstances de genre, c’est l’intéressé lui même qui suscite de désir par les faits et actes. Il se fait entourer par des hommes et femmes en mission, et ce par diverses manières et astuces agissent dans la direction voulue par leur maître.


Soumeylou et la question de la candidature de l’ADEMA à une élection présidentielle

L’ambition de Soumeylou Boubèye Maïga de devenir le candidat de l’ADEMA-PASJ à l’élection présidentielle remonte à fin 2001. Après deux mandats successifs à la tête du Mali (1992-1997 puis 1997-2002), le président Alpha Oumar Konaré ne pouvait plus se représenter constitutionnellement.

En l’absence d’un dauphin désigné par le président sortant, l’ADEMA était face à l’histoire. Il fallait donc trouver un candidat à l’intérieur du parti. Les dix années de gestion du pouvoir ont permis à plusieurs barons du parti de s’enrichir. Chacun se sentait capable de gérer les affaires du pays avec l’aide de l’appareil du parti qui se confondait avec l’appareil de l’Etat.

Et pour autant tous ne peuvent pas être candidats du parti. Les textes de l’ADEMA avaient prévu une compétition à l’interne pour désigner le candidat du parti. Il s’agissait des élections primaires qui se sont achevées par la convention. Tout militant ou responsable du parti pouvait se présenter aux élections primaires. La date du 9 novembre 2001 a été retenue pour la fin du dépôt de candidatures aux élections primaires au sein de l’ADEMA.

Quatre candidatures ont été enregistrées : Mandé Sidibé, 61 ans alors Premier ministre, Soumaïla Cissé, 52 ans en 2002 super ministre de l’Equipement du Transport, de l’Environnement, Soumeylou Boubèye Maïga, 47 ans ministre de la Défense et enfin Ibrahima N’Diaye dit Iba, maire du District de Bamako qui avait 53 ans en 2002.

Le 1er tour des élections primaires fut fixé au 2 décembre 2001. Cinq mille grands électeurs ont été retenus pour choisir deux des quatre candidats. Mandé Sidibé et Ibrahima N’Diaye tombent. Soumaïla Cissé et Soumeylou Boubèye Maïga se sont retrouvés le 6 janvier 2002 à la convention. Tempête dans la marre? Le président Alpha Oumar Konaré a senti que le processus, s’il se poursuivait, allait conduire le parti vers des horizons inconnus.

Il a demandé aux candidats d’observer une pose, le temps de trouver un consensus autour d’un candidat. Les autres ont accepté sauf Soumaïla Cissé qui, par principe, a laissé entendre qu’on ne peut pas changer les règles du jeu en pleine bataille. La demande formulée par Alpha n’a eu l’effet escompté, tout de même le processus a connu un léger retard.

Le premier tour des primaires qui était fixé pour le 2 décembre 2001 n’a eu lieu que le 9, soit 7 jours de décalages. Seuls les délégués des 55 sections (49 cercles, plus les six communes du District) en raison de cinq délégués par section et les 35 membres du Comité Exécutif (C.E) du parti ont pris part à la convention pour désigner l’unique mandat de l’ADEMA à l’élection présidentielle de 2002.

La convention a retenu le nom de Soumaïla Cissé comme candidat du parti. La suite, on la connaît. L’ADEMA a perdu le pouvoir, mais depuis Soumeylou n’a jamais cessé de nourrir l’ambition d’être le candidat de l’ADEMA à l’élection présidentielle. C’est pourquoi en 2007, il a tenté en vain d’être de nouveau candidat de l’ADEMA. Il aura 57 ans en 2012, va-t-il renoncer à ses ambitions au profit de Dioncounda?

Iba N’Diaye, El Madani Diallo… n’ont-ils pas des ambitions présidentielles? Il semble que Dioncounda est le seul mur qui se dresse devant eux et qu’ils se doivent de briser. A eux de réussir ou de renoncer à leurs ambitions.

Daba Balla KEITA

11 Novembre 2008