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Consécutivement aux récents remous qui ont secoué la ruche suite au congrès de l’Association des municipalités du Mali (AMM), l’Adema Pasj s’apprête sans doute à vivre une autre cassure. En effet, la proposition d’exclusion pure et simple du parti des deux frondeurs, Abdel Kader Sidibé et Adama N. Diarra, respectivement maire de la commune III du District de Bamako (et ancien président de l’AMM) et de la commune de Kourouma, était soumise hier mercredi à l’appréciation du comité exécutif du parti de l’Abeille.

Si celui-ci entérine cette proposition d’exclusion, on n’assisterait ni plus, ni moins qu’au retour des démons de la division et de la cassure au sein de la ruche. Les deux exclus pourraient bien quitter définitivement le parti au lieu d’attendre leur probable réintégration.

Il passe pour être le plus grand parti de l’échiquier politique, en termes du nombre de ses élus mais aussi du taux élevé de ses cadres dont beaucoup occupent les plus hautes sphères de l’État. L’ADEMA PASJ, puisqu’il s’agit de lui, s’est déjà positionnée au starting-block pour la récupération du pouvoir en 2012.

Dans cette optique, le parti multiplie les contacts avec d’autres formations politiques. Objectif : ratisser le plus large possible avant les prochaines échéances électorales. Certaines de ses démarches, ont été fructueuses.

D’autres, par contre, se sont soldées par un échec. Ce fut le cas avec le RPM (Rassemblement pour le Mali) de Ibrahim Boubacar Keïta, celui là même qui, en 2000, avait quitté le navire ADEMA sur fonds de grandes divergences et frustrations au sein du parti.

Mais, l’ADEMA serait-il ce parti où il faut toujours compter avec les frustrations? Comme le dit l’adage, « Chassez le naturel, il revient au galop ». A l’image d’IBK en 2000 et de Soumaïla Cissé en 2002, certains vont-ils quitter le PASJ en cette période où le parti s’est résolument mis en route pour Koulouba?

Certains le croient fermement. En effet, le parti aborde cette période charnière sur fond de malaise et querelles internes entre chefs abeilles. Cette situation, conséquence directe du dernier renouvellement du bureau de l’Association des municipalités du Mali (AMM), a ressuscité les vieux démons. Et, le parti ADEMA pourrait faire face, dans les jours à venir à une nouvelle cassure.

Avec de nombreux cadres, maires et conseillers municipaux acquis à sa cause, Abdel Kader Sidibé, président sortant de l’AMM, a suffisamment de ressources pour faire tanguer le navire ADEMA. Déjà, de nombreux observateurs de l’échiquier politique national s’accordent à reconnaître au maire de la commune III du District de Bamako un poids politique certain.

Ce qu’il avait démontré lors des dernières communales où, placé en 10è position (l’ADEMA n’a jamais eu plus 9 conseillers en commune III), il a réussi à faire retourner la situation pour se faire réélire.
Dans cette affaire Abdel Kader Sidibé, le bureau exécutif national du parti a surpris l’opinion. Car, pendant qu’il tend la main aux autres, une sorte de chasse aux sorcières est ouverte à l’intérieur même de la ruche.

Or, au même moment, le président du parti, Dioncounda Traoré qui a fait une déclaration lors du 19è anniversaire de la création de l’ADEMA célébrée le mardi dernier au palais de la culture, s’évertue à cacher le malaise et tente, en même temps, de donner sa propre lecture du dialogue au sein de la ruche et de la gestion des crises.

Il est bien beau d’inviter les militants à s’unir derrière les idéaux et valeurs fondatrices du parti, mais faudrait-il que l’exemple vienne du sommet. Certes, comme l’a affirmé Dioncounda lui-même, « la victoire en 2012 n’est pas possible sans unité et sans la cohésion au sein du parti ». Mais, cette cohésion ne se décrète pas, elle est appelée à se construire et à se consolider au fil du temps. Et cela est particulièrement vrai pour une formation politique de la trempe de l’ADEMA.

En politique, comme dans bien d’autres domaines, les frustrations ont été à la base de beaucoup d’échecs et d’espoirs déçus. L’ADEMA gagnerait à rallier les autres à sa cause, mais sans pousser ses propres cadres et militants vers la sortie. Ce qui passe par le dialogue, la culture de la concession et surtout privilégier la recherche de l’entente avec les cadres qui, à tort ou à raison, pourraient ne pas partager certaines prises de position du parti.

Dans un contexte marqué par les préparatifs de 2012, le PASJ, ne manque ni les moyens, ni les ressources pour repenser rapidement ses blessures.

Oumar Diamoye

27 Mai 2010.