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Quatre décennies après les indépendances politiques, le sort réservé aux langues africaines ne fait que renforcer les inégalités face aux connaissances scientifiques, techniques et technologiques. En sept ans d’existence, l’Académie africaine des langues (Acalan) ambitionne de bouleverser cette tendance.

Il y a sept ans que l’Académie africaine des langues nationales (Acalan) a été mise en place à l’initiative de l’ancien président Alpha Oumar Konaré. L’institution vise à valoriser les langues africaines en faisant d’elles des langues de travail à tous les niveaux, en vue de promouvoir leur usage, de faciliter et renforcer les échanges culturels et socio-économiques entre les Etats africains et de contribuer ainsi à la réalisation de l’Union africaine et au développement du continent.

A l’occasion de l’an VII de sa création, le président/secrétaire exécutif intérimaire (Acalan), le Pr. Adama Samassékou est revenu au cours d’une conférence de presse tenue lundi dernier à la Maison de la presse sur les conditions de la mise en place de sa structure, avant d’évoquer les étapes de la mise en place de l’Académie, les défis et perspectives. Le Pr. Samassékou avait à ses côtés le ministre de la Culture et le représentant de l’Unesco au Mali.

Du 9 au 11 juillet 2001, date d’adoption de la décision consacrant la validation politique du projet à la tenue de la 2e session du Conseil d’administration intérimaire tenue à Bamako le 7 juin 2008, que de chemins parcourus. Les textes de l’Acalan, selon les explications du président/secrétaire exécutif intérimaire ont connu des avancées.

L’ancien ministre de l’Education de base et de l’Alphabétisation, en a profité pour évoquer les défis et perspectives de la structure à dimension panafricaine. Ils se focalisent, à ses dires, autour de la création de conditions concrètes de sauvegarde et de préservation des langues africaines qui sont, à terme, toutes menacées, la contribution à un développement endogène de l’Afrique grâce à l’utilisation des langues africaines, dans une perspective de consolidation de l’intégration et de l’unité du continent ainsi que de la démocratie, la mobilisation des ressources nécessaires, humaines et financières à l’exécution de son programme d’activités.

Pour M. Samassékou, les langues africaines ne peuvent se développer sans une vraie politique à un niveau supérieur. « Si vous voulez que les langues se développent en Afrique, enseignez-les dans les écoles ! Les peuples africains ont toujours vécu leurs langues et leurs cultures ».

Il s’agira, aux dires du conférencier, de faire en sorte que les femmes et les hommes qui parlent ces langues puissent les écrire et les utiliser en toute occasion, ce qui constituera, sans aucun doute, une garantie de renforcement des capacités et de la démocratie.

Quatre décennies après les indépendances politiques, le sort réservé aux langues africaines ne fait que renforcer les inégalités face aux connaissances scientifiques, techniques, et technologiques. Ce rapport d’inégalité entre les langues officielles héritées de la colonisation, loin de favoriser un meilleur partage des connaissances et des pratiques modernes, hypothèque toute participation de nos populations aux processus de prises de décisions d’une part, et à l’amélioration de leurs conditions de vie d’autre part.

Comme pour corroborer les propos d’Amadou Hampaté Bah qui disait que « de tous les éléments qui caractérisent l’individu, du physique au vestimentaire, c’est la langue qui demeure l’élément le plus évident ».

Amadou Sidibé

10 Septembre 2008