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La nomination de certains ministres du gouvernement Modibo Sidibé, le 3 Octobre 2007, avait été favorablement appréciée, sinon accueillie en grande pompe par l’opinion nationale. Aussi, au delà des différentes missions qui leur ont été assignées, la plupart de ces représentants du gouvernement étaient considérés comme des “messies” capables de sortir notre pays de l’ornière. Mais qu’en est-il?…

Le fait est que malheureusement pour le peuple malien, -et à l’insatisfaction du Président de la République-, certains de ces ministres n’ont guère été à la hauteur de l’espérance et de la confiance placée en eux. Aussi, ces insuffisances risquent de rendre plus difficile l’exécution du Programme de Développement Economique et Social (PDES) initié par le Chef de l’Etat, au lendemain de son plébiscite, le 29 Avril 2007.

Du reste, l’enjeu de ce PDES explique le choix porté sur le Premier ministre Modibo Sidibé. En effet, l’ancien Secrétaire Général de la Présidence, qui en connaît et maîtrise tous les contours pour avoir été, pendant longtemps, dans le “sillage” du Président ATT, était presque unanimement accueilli par les observateurs de la scène politique malienne.

Aussi se rappelle-t-on que lors de la rentrée politique du gouvernement, le Chef de l’Etat avait, pour ainsi dire, mis tous les ministres en garde : “Chaque ministre sera jugé selon sa valeur, et suivi. Et le mérite de la récompense sera désormais instauré “, avait-il prévenu.

Après sept mois d’exercice du gouvernement, la sanction fut donc appliquée, telle un couperet, frappant ainsi, ce 4 Avril 2008, le ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Commerce, Mme Bah Fatoumata Nènè Sy.

Tant en haut lieu que dans le milieu de l’homme de la rue, ce limogeage semblait d’autant plus prévisible qu’il n’a surpris personne, même si, par ailleurs, certaines sources prétendent que la limogée avait tout simplement démissionné. Ce qui, bien considéré, paraît …du pareil au même, et pour cause.

Les (ou la) raisons du brusque départ de l’un des ministres les plus contestés du gouvernement ne sont, sans nul doute, point étrangères à de la carence ou de l’incompétence. Sans parler des propos cafouilleux et contradictoires par lesquels la ministre limogée s’est toujours illustrée.

Est-ce donc par respect ou égard envers l’opinion nationale, voire internationale, que Mme Bah Fatoumata Nènè Sy a été déclarée “démissionnaire“?… Toujours est-il qu’en la matière, les choses sont aussi limpides qu’il faut que ladite “démissionnaire” ait, au préalable, présenté sa lettre de démission certifiée.

En tout cas, depuis ce limogeage d’un des leurs, la panique s’est comme installée dans les rangs des membres du gouvernement. Et certains ministres, et non des moindres, ne dorment plus aujourd’hui que d’un oeil, sinon pas du tout.

Pourtant dès leur nomination, plus d’un Malien avait non seulement misé sur leur réussite, mais surtout parié que ces ministres ne seront à nuls autres pareils, et que juste après leur nomination, ils allaient aussitôt s’illustrer par des résultats encore plus frappants.

Mais hélas, il semble qu’aujourd’hui, ces ministres sont complètement dépassés et même submergés par les différentes tâches et missions de leurs départements.

Ainsi, depuis leur arrivée, ces ministres initient uniquement des réunions dites intempestives, mais sans véritable finalité concrète. Et au jour d’aujourd’hui, bien d’entre eux ne parviennent pas à se doter de plans de stratégie pour le fonctionnement de leurs départements respectifs.

Aussi, depuis un certain temps, les travailleurs de ces départements ne décolèrent pas contre leurs ministres. En effet, ils leur reprochent de nommer certains cadres qui n’ont jamais fait leurs preuves, et qui, pire, ont été purement et simplement dégradés de leurs postes stratégiques : les uns comme Conseillers, et les autres comme Chefs de cabinet.

Ces ministres sont tellement dépassés par les évènements qu’ils ne savent plus à quel saint se vouer. Aussi, il n’est pas rare de les voir, au cours de leurs missions à l’étranger, emporter dans leurs bagages des parents ou des amis. Du coup, ils en profitent pour importer des marchandises au Mali et les vendre.

Selon nos informations, ces ministres mercantiles sont “téléguidés“ par des hommes d’affaires tapis dans l’anonymat qui se prétendent …proches de ATT(la rengaine habituelle). Certaines nominations sont même proposées, voire imposées par ces opportunistes à ces ministres. Ce qui explique que ces derniers ne peuvent plus se faire exigeants.

Un ministère n’est pas comme un service rattaché, ni comme une association, ni comme une entreprise. C’est un ensemble, un tout. Seulement, il faudra savoir composer avec le personnel demeurant”, a déclaré un travailleur de l’un de ces ministères.

Aujourd’hui, ces ministres sont complètement essoufflés par un dilemme : d’un côté, ils ne peuvent plus résister aux desiderata de ces opportunistes érigés en souteneurs ; et de l’autre, ils ne veulent pas être en conflit avec les cadres du personnel demeurant. Ce qui expliquerait leurs hésitations et leurs cafouillages.

En tout cas, si ces ministres continuent de persister dans de futiles tergiversations, le Président de la République, en concertation avec le Premier ministre, doivent tout simplement envisager leur limogeage.

Car, à ce stade du laxisme ou de l’incompétence de certains de ces ministres, ce sont les objectifs contenus dans le PDES qui risquent tout simplement d’en pâtir, du moins de ne pas être atteints.

Or le peuple malien attend avec impatience la tenue des promesses du Chef de l’Etat. Et tout compte fait, on ne peut d’ailleurs pas faire une bonne omelette sans casser des oeufs.

Sadou BOCOUM

16 avril 2008.