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Les zones de la CMDT produisent 56 % des céréales du pays et disposent de plus de 70 000 ha de rizière, mais elles ont été volontairement exclues des facilités accordées pour l’Initiative riz, comme la subvention des intrants.

« Nous ne nous reconnaissons pas dans le PDES encore moins dans cette initiative qui nous exclut parce que le gouvernement veut à tout prix brader la CMDT pour servir les intérêts des capitalistes », ont déclaré les travailleurs en conférence de presse. La section syndicale de la filière coton s’est insurgée hier contre la privatisation de la CMDT dont ils ont demandé le report.

Se considérant comme des victimes d’une politique de bradage programmée par le gouvernement, les travailleurs exigent un plan social pour la réduction du nombre des travailleurs comme solution alternative à une vague de licenciements à venir. La privatisation qui ne profite qu’à ses commanditaires au gouvernement n’a jamais permis de résoudre les problèmes de la filière cotonnière, selon les conférenciers.

Le plan d’action du PDES, l’initiative riz avec ses objectifs pour le moins surréalistes ont conduit à un délaissement total de la CMDT qui pour autant est le grenier qui recouvre une production totale de plus de 56 % de la production nationale des céréales sèches, déplore le syndicat des travailleurs de la filière coton du Mali.

L’initiative riz qui vise à éviter le drame de la famine ne doit pas exclure cette zone, car disent les conférenciers, le riz n’est pas le premier produit de consommation partout au Mali.

Les céréales sèches sont plus consommées dans certains milieux que le riz. Du coup l’exclusion des régions CMDT dans le plan d’action du PDES devient pour le moins séditieuse se cache derrière la politique inavouée d’étouffer cette zone, de décourager les travailleurs de la filière y compris les paysans afin de déclarer irréversible la nécessaire privatisation de la CMDT.

Selon le secrétaire général du syndicat, Zakariyaou Diawara, nulle part autour de nous, la privatisation n’a permis de résoudre les problèmes de la filière. Au Bénin, au Togo, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, elle s’est soldée par un échec et dans certains cas, l’Etat a été amené à intervenir en injectant de l’argent pour éviter un drame social.

Les travailleurs ont pris l’exemple sur le cas de l’Huicoma dont la privatisation a entraîné le licenciement de près de 800 travailleurs livrés à eux-mêmes. Les conférenciers se sont inquiétés de l’attitude de nos gouvernants dans un pays où les hautes autorités ne parlent que de lutte contre la pauvreté. Un discours donc du bout des lèvres sans mesures réelles de traduction dans la réalité.

« Le gouvernement nous a trahi et veut continuer à nous trahir. Quand le ministre de l’Agriculture déclare à la télévision que la liquidation de la CMDT équivaut à 0 cas de licenciement, cela n’est que pure fantaisie. Il nous laissera à un triste sort avec le privé acquéreur qui fera ce qu’il veut. Nous exigeons un plan social car nous voulons rester avec notre dignité et notre honneur de Maliens », selon les conférenciers.

Selon les syndicalistes, leur engagement, c’est pour le Mali et l’avenir jugera de la noblesse de leur action. Les travailleurs ont pris à témoin le ministre de l’Agriculture, le président de l’APCAM, l’Assemblée nationale du Mali et les partis politiques qu’ils invitent à s’intéresser à leur triste sort qui est aussi une question nationale.

L’irréparable semble déjà aux portes quand on sait que les cotonculteurs boudent les distributeurs de graines en cette période de semis, alors qu’il est avéré que le prix du coton est en train de remonter.

Notre pays risque de perdre le bénéfice de ce clin d’œil divin. Ils ne veulent plus produire car non payés pour la récolte de l’année précédente dont le prix avait connu une chute vertigineuse. A ce jour, 17, 5 milliards de Fcfa de coton enlevé aux producteurs, égrené et totalement évacué reste encore non payé. Les intrants pour la campagne agricole n’ont pas été livrés.

Le secrétaire général a fait le constat d’un accroissement considérable des prix de cession des intrants agricoles qui va de 36 % pour le nitrophosphate à 116 % pour le fongicide coton. “Aucune subvention sur les intrants pour les producteurs de coton, alors que la zone rizicole a été fortement subventionnée dans le cadre de l’initiative riz du gouvernement.

C’est le mécontentement à tous les niveaux de la fière, depuis les paysans jusqu’aux usines qui sont dans un état de désuétude inopérante”, ont dénoncé les conférenciers.

Des nuages profilent à l’horizon, a dit le secrétaire général et aucune action ne sera exclue pour que justice soit faite. Les travailleurs de la CMDT semblent être au bord de l’exaspération et de la perte de tout espoir. Que leur restera-t-il s’ils sont excédés jusqu’au désespoir ?


B. Daou

06 Juin 2008