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Aucune voiture ne pouvait passer hier devant l’Ambassade de France à Bamako, Square Patrice Lumumba depuis 18 heures. Pour cause. Quelques minutes auparavant, il s’y passait un événement insolite.

Un individu d’une trentaine d’années maximum qui cherchait, en vain, à forcer l’entrée de la chancellerie. En désespoir de cause, l’assaillant sortit un pistolet de marque russe – selon une source policière-, fait deux blessés parmi les passants, avant de jeter une petite bonbonne de gaz de réchaud qui n’explosa pas, même s’il créa un début d’incendie vite éteint par une équipe de la protection civile venue sur les lieux. C’est qu’entre temps, l’assaillant était en train d’être maîtrisé par des policiers maliens du troisième arrondissement dont le commissaire avait été alerté. Le tireur fou sera amené sous bonne escorte à Quinzambougou où l’interrogatoire commença immédiatement.

Quand nous arrivions sur les lieux à 19H40, il y a avait deux policiers français devant le portail du Commissariat où s’était également rendu Niamé Kéita, le Directeur national de la Police. Nous n’avons pu voir l’assaillant qui, selon la même source policière, était en compagnie de la hiérarchie pour la perquisition de son domicile. Où ? Pas de réponse à cette question. Race ? « Un Tunisien ».

L’agent estime qu’il était en pleine possession de ses facultés mentales. Quelques minutes plus tard, un communiqué du gouvernement informait officiellement la nation de l’événement. Voilà pour les faits. Pour les pistes, il est évident que les premiers soupçons du citoyen lambda à Bamako porteront sur Aqmi, même si les policiers que nous avons interrogés se sont refusés à tout commentaire. Le stéréotype pourrait jouer : l’agresseur étant Tunisien, donc Arabe. Mais les milieux plus avertis feraient plus attention à ce raccourci.

La France est certes une cible sur laquelle Aqmi ne cracherait pas et il n’y a pas mieux que son ambassade pour la symboliser. Mais, à première vue, l’arsenal de l’agresseur est celui d’un amateur. Or les hommes de Droudkel ne sont pas à la génération des cocktails molotov mais des ceintures d’explosifs. Mais si l’hypothèse terroriste se confirmait avec une connexion prouvée avec Aqmi, alors il ne saurait y avoir meilleure preuve que la nébuleuse est à Bamako. Cela fait froid dans le dos. L’hypothèse d’un chercheur de visa qui aura été recalé était aussi évoquée, hier soir, dans les « grins » -lieux de causerie de la capitale-. Mais elle est vite battue en brèche. Ce serait, en effet, curieux de quitter Tunis pour venir chercher le visa français à Bamako. La lumière ne tardera pas à se faire.

Adam Thiam

06 Janvier 2011.