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Alhousseini Touré est un technicien supérieur de santé à la retraite. Médaillé Etoile d’Argent du Mérite national avec effigie Abeille.
De 1960 à 1970, il a fait cinq (5) demandes de lots. En juin 1970, M. Touré a été convoqué par la Commission chargée de la distribution des lots. A l’époque, c’était à la prison civile et les gendarmes s’occupaient de cette tâche.

La Commission lui a remis un papier d’enquête prouvant qu’il n’est pas détenteur d’aucun terrain dans le périmètre urbain de Bamako. Après avoir fourni tous les renseignements nécessaires, Alfousseini s’est rendu en Cote d’Ivoire.

A son retour, il se présenta à la Commission. Sa surprise a été grande, son dossier n’a connu aucune évolution. On était en 1972.

En 1973, l’infatigable Touré reprit mon bâton de pèlerin afin de relancer les autorités compétentes avec à son actif plus de trente (30) demandes comportant les actes de naissance de ses enfants, acte de mariage, quitus fiscal.

Pour notre retraité, tous les anciens membres du Bureau Exécutif Central (BEC) ont certainement chacun dans leur poche sa demande de lot.
En 1980, quand il a fait le décompte de ses demandes de lot, il s’élevait à cinquante (50) toutes déposées au domaine.

En 1984, il a bénéficié d’un lot au Projet urbain de Magnambougou. La loi prévoyait le payement de 250.000 FCFA. Après un an d’exonération, on devrait prélever 29.850FCFA sur la solde.

Malheureusement, avec le retard dans le payement de salaires, Alfousseini Touré n’a pas pu honorer ses engagements. Mais selon les propos de notre interlocuteur, il a fait un soubassement, dont les travaux se faisaient petit à petit, qui lui a coûté près de 600.000 F CFA. Indépendamment de ce travail, il a planté des arbres.

En 1986, M. Touré a eu un terrain par convoitise au quartier Hamdallaye. Il a confié le travail de topographe à son cousin Alou Touré qui travaillait aux Travaux Publics (TP). Ce dernier lui a recommandé de fournir un dossier concernant cette parcelle. Ensuite, il est allé voir le gouverneur Moussa Keïta (commandant militaire) qui lui a demandé de déposer son dossier sur son bureau et de revenir le lendemain.

«Quand je suis venu au rendez-vous, il m’a fait savoir que le dossier a disparu. Et quand je lui ai demandé ce qu’il fallait faire maintenant, il m’a répondu arrogamment, qu’il n’est pas là pour me conseiller ce que je dois faire», se désole M. Touré. Depuis lors, il a pris son mal en patience.


En 1991
, il est admis à la retraite. Année à laquelle, le peuple malien s’était soulevé contre le régime de Moussa Traoré. Ainsi, tous les dossiers des retraités ont subi les affres des manifestants car la direction des Caisses des retraités a été brûlée par les manifestants. Donc, il est resté de janvier à juillet 1991 sans percevoir aucun sou comme pension.


En février 1991, il a été convoqué au Projet urbain pour le payement du reliquat ou être exproprié du lot de Magnambougou.

A l’époque, le directeur adjoint du Projet était un de ses camarades de classe. «Quand je suis allé le voir, il m’a fait savoir qu’il me retire le terrain si je ne payais pas la totalité de la somme que je devais au Projet (soit 960.000 F). Je lui ai fait savoir que je suis à la retraite et que je n’avais aucune ressource à ma disposition et qu’en outre, j’ai près de 20 personnes à ma charge et qu’il m’était impossible de payer quelque chose au projet. Je l’ai supplié, j’ai même coulé des larmes, j’ai tout dit mais il est resté de marbre», déplore- t- il.

Malgré cet état de fait, quelques jours après, M. Touré rencontre son camarade DGA au Projet urbain de Magnambougou qui lui a dit ceci : «pour ne pas tout perdre, je vais t’aider à vendre le terrain.»

Après la vente du lot qui s’élevait à 1.800.000 F, le Projet a versé 600.000 F à la BDM, remis 400.000 F à Alfousseini Touré et le reste le Projet urbain l’a englouti.

Et depuis lors, M. Touré est sans parcelle et toujours en location. «Ce qui m’a déconcerté le plus, ce sont les déclarations du lieutenant colonel Karamoko Niaré, gouverneur de Bamako à l’époque des faits. Il m’a fait savoir qu’il n’était pas chargé de la distribution des lots. Que c’était le travail des maires. Pourtant, un haoussa nigérien, qui coupe mes chevaux, m’a exhibé une lettre d’attribution signée des mains de Karamoko Niaré.»

«Je suis en location, après 36 ans de service à la santé, à Médina Coura rue 14X19 porte 256 depuis plus de 28 ans, père de six enfants dont deux diplômés sans boulot fixe», regrette- t- il.

Combien sont-ils d’Alhousseini Touré à Bamako sans toit ? Pourtant, il y a un ministère chargé de la Solidarité et des Personnes âgées et une Fondation qui partage.

Adam et Lobbo faites quelque pour le sexagénaire afin que ses obsèques se déroulent sous son propre toit.

Alhousseini Touré, ancien sportif

18 Mai 2009