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Acherif Ag Assalat, chargé du volet Justice, Droits Humains du CapDH relate  qu’un véritable Etat de droit implique la promotion et la protection des droits humains

Dans ces dernières années, les droits de l’homme sont menacés au Mali. Cela s’accentue au fil du temps. Pour en savoir davantage, nous nous entretenu avec Acherif Ag Assalat, chargé du volet Justice, Droits Humains du Centre d’assistance et de promotion des Droits Humains. Le Centre d’assistance et de promotion des Droits Humains (CapDH) est une association malienne, apolitique et à but non lucratif, créée en 2008. Il a pour vision de faire du Mali un véritable Etat de droit dans lequel les droits sont promus et respectés. Il intervient autour de trois axes : la promotion et la défense des droits humains ; l’éducation à la culture de la paix et de la citoyenneté ; l’assistance aux victimes de violation des droits humains et aux personnes vulnérables.

Quelle analyse faites-vous du respect des droits humains au Mali dans ces 3 dernières années ? 

Acherif Ag Assalat : Ces trois dernières années ont été marquées par un cycle de crises  multiformes qui, jusqu’alors, tarde à connaitre son épilogue. Ces crises qui sont d’ordre sécuritaire, économique et politique ne sont pas sans conséquences sur le respect des droits humains. On sait déjà que depuis 2012, plus de la majeure partie du territoire national échappe au contrôle de l’Etat et que la nature ayant horreur du vide, des groupes armés de toute obédience ont foisonné d’abord au Nord puis au Centre. Ces groupes majoritairement terroristes  font leurs lois dans différentes localités et ciblent aussi bien les forces armées que les populations civiles. Cet état de fait a entrainé une insécurité grandissante ayant occasionné des abus et violations massives des droits de l’homme, notamment des exécutions sommaires, des enlèvements, des attaques, des braquages, des arrestations et détentions arbitraires, etc. On se rappelle déjà des massacres des populations civiles dans plusieurs localités de la région de Ménaka par des groupes terroristes. On ne pourrait également oublier les conflits intercommunautaires au Centre avec leur lot de pertes en vies humaines (les massacres d’Ogossagou, de Sobane Da, de Liébé….). 

Aujourd’hui, l’insécurité n’a pas de frontière et les populations peinent à vaguer librement à leurs occupations. Des milliers d’écoles restent fermées du fait de cette insécurité et les déplacements massifs des populations sont quasi permanents. Cela ressort d’ailleurs dans les rapports de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH), de la Division Droits de l’Homme de la MINUSMA et de Amnesty International.

 En 2020, la proclamation des résultats définitifs des élections législatives a donné naissance à une crise socio-politique marquée par des mouvements de contestation puis par des manifestations de plusieurs acteurs hétéroclites qui réclamaient une bonne gouvernance des affaires publiques. Pendant cette période, nous avons aussi assisté à des arrestations extrajudiciaires, notamment celles du Président de la République, de son Premier Ministre et d’autres personnalités. Et au pire des cas, nous avons assisté à des morts d’hommes. Mais malheureusement, jusqu’à présent les auteurs ne sont ni identifiés officiellement ni arrêtés. 

Lundi dernier encore, le Président de la Transition et son Premier Ministre ont été arrêtés en dehors des procédures légales et conduits à Kati. Le lendemain, on apprend sur la chaîne nationale ORTM qu’ils ont été mis « hors de leurs prérogatives » par le Vice-président de la Transition. Voyez-vous ! Jugez donc par vous-mêmes !

Quel serait l’impact de la bonne promotion des droits humains au Mali ? 

A.A.A : Nous avons l’habitude de dire qu’un véritable Etat de droit implique la promotion et la protection des droits humains. Cela m’amène à dire qu’une bonne promotion ou une promotion tout court des droits de l’homme contribue au respect de la dignité humaine et des droits fondamentaux de chaque citoyen. Quand les populations connaissent suffisamment leurs droits, il va de soi qu’elles veillent elles-mêmes à leur respect et saisissent tout naturellement la justice par les voies légales en cas d’abus ou de violation de leurs droits.   

Il ne faut cependant pas oublier que cette promotion dont on parle constitue un défi majeur quand on sait que nous avons une population à majorité analphabète, une population qui ne sait ni lire ni écrire alors même que nos textes sont en français. Il est donc important qu’on communique suffisamment sur nos textes dans les différentes langues locales du pays. Le CapDH contribue aujourd’hui à la promotion et à la protection des droits de l’homme ainsi qu’à l’épanouissement social de la population en général, des couches vulnérables en particulier, à travers l’assistance juridique et judiciaire, l’information, la formation et la mise en œuvre de actions spécifiques de développement. 

 – Que préconisez-vous pour mieux redynamiser ce secteur ? 

A.A.A :

Aujourd’hui, la priorité des priorités c’est la sécurité des personnes et de leurs biens. Rien ne peut se faire sans ça. Et pour ce faire, il faut que l’Etat soit présent sur toute l’étendue du territoire national. Il faut qu’il assure sa souveraineté. L’Etat doit ensuite assurer dans les différentes localités les services sociaux de base (eau, santé, éducation,…). Une des priorités  les plus importantes c’est aussi de lutter contre l’impunité. 

Tant que les auteurs et complices d’abus et, ou de violations des droits de l’homme ne sont pas identifiés, arrêtés et jugés, on continuera à dénoncer sans que cela ne serve à grand-chose.  L’Etat  en tant que principal responsable des droits de l’homme, doit donc entreprendre des mesures fortes pour lutter contre l’impunité. 

Jacques Coulibaly

@Afribone