Partager

Depuis quatre ans, chaque année, pour faire la promotion des arts plastiques, le ministère de la culture initie le marché des arts plastiques du Mali. Cette année, à l’issue de la 4e édition, le Premier ministre Modibo Sidibé a ordonné aux différents ministères d’acheter des œuvres pour orner les différents bureaux. A la date d’aujourd’hui, à part Sadio Gassama, ministre de la Sécurité intérieure et de la protection civile, aucun autre ministre du gouvernement Modibo Sidibé ne s’est exécuté. Pendant que des ministères traînent les pieds, d’autres ont clairement signifié à la direction nationale de l’action publique que l’achat de tableaux se sont pas inscrits dans leur agenda.

Les artistes plasticiens maliens vont devoir attendre encore longtemps pour pouvoir dignement vivre de leur art. Et le développement d’un véritable marché des arts plastiques n’est pas pour demain au Mali. La certitude nous vient de l’analyse que nous faisons du comportement d’un certain nombre de départements ministériels après le marché des arts plastiques 2008. Pour se mettre dans la logique des organisateurs de la manifestation annuelle, lors de sa visite, le 5 juillet 2008, de l’exposition organisée au musée national du Mali dans le cadre de la 4e édition du marché des arts plastiques, le Premier ministre Modibo Sidibé a verbalement demandé aux différents départements ministériels d’acheter des tableaux pour encourager les artistes peintres maliens.

Cette décision du Premier ministre est allée droit dans le cœur des artistes plasticiens maliens. Depuis des années, ces derniers ne ratent aucune tribune au Mali pour demander aux autorités maliennes de donner le bon exemple aux populations, en amenant les différentes structures de l’Etat à acheter des tableaux pour la décoration des bureaux des services publics. L’instruction du Premier ministre de voir chaque département ministériel du Mali acheter des tableaux du marché des arts plastiques 2008, n’est pas tombée dans l’oreille de sourds. Instruction a été donnée à la direction nationale de l’action culturelle (DNAC) de faire des paquets de deux ou trois œuvres à acheminer dans les ministères.

La DNAC qui ne souhaitait qu’une telle volonté politique depuis la première édition du marché des arts plastiques a rapidement mis en place un système pour acheminer les paquets dans les différents ministères. Sur un total de 20 départements ministériels qui ont déjà reçu leurs tableaux, seul le département de la sécurité intérieure et de la protection civile, dirigé par le Général Sadio Gassama, s’est exécuté.

Le 23 octobre 2008, le ministère de la sécurité intérieure et de la protection civile a versé à la DNAC la somme de 775 000 F Cfa pour les trois tableaux reçus. Si des départements traînent à payer à la DNAC le prix des tableaux reçus, certains ont clairement signifié qu’ils n’ont pas d’argent pour acheter des tableaux.

Le motif évoqué par les départements qui refusent de s’exécuter est tout simple et traduit le manque de sensibilité de leur responsable pour la chose culturelle et surtout pour les tableaux d’art. Mais, ici, ce qui est choquant est que les ministres chefs de département peuvent être insensibles à la chose culturelle, mais, ils n’ont aucune excuse quand ils sont insensibles à un souhait du Premier ministre, à l’allure d’une instruction.

A l’allure où vont les choses, il y a de forte chance que les départements qui traînent les pieds et ceux qui refusent de s’exécuter donnent raison au célèbre peintre malien Ismaël Diabaté, doyen des artistes plasticiens maliens et non moins Président de jury de la 4e édition du marché des arts plastiques.

On se souvient, le 27 juin 2008, à la clôture de la 4e édition du marché des arts plastiques, Ismaël Diabaté avait dénoncé l’absence des autorités maliennes durant tout le temps qu’avait duré les expositions. A l’époque, le célèbre artiste peintre malien avait estimé que la manifestation est passée à côté de son objectif. Selon lui, le marché des arts plastiques a été initié par le ministère de la Culture pour faire la promotion des arts plastiques au Mali.

Dans le cadre de cet objectif, le doyen des artistes plasticiens du Mali avait estimé qu’on devait tout mettre en œuvre pour mobiliser le maximum de Maliens pour venir voir les œuvres, et pourquoi pas les acheter. Il avait rappelé que c’est à la demande du Premier ministre Modibo Sidibé que la salle d’exposition du musée national du Mali avait été retenue pour abriter une partie de l’exposition éclatée sur 5 sites dans la ville de Bamako. «Cette exigence du Premier ministre avait suscité beaucoup d’espoir chez les artistes plasticiens.

Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, un Premier ministre marquait sa volonté d’être lui-même présent aux côtés des artistes plasticiens du Mali. Mais du début à la fin des expositions nous avions été surpris de ne pas l’avoir vu», a-t-il déclaré. A l’époque, Ismaël Diabaté avait estimé que la présence du Premier ministre allait entraîner celle de tous les ministres de la République, des responsables des institutions du pays et de plusieurs hautes autorités du pays.

Mais, hélas, encore une fois, Ismaël Diabaté et ses jeunes frères artistes plasticiens maliens devaient se convaincre que le chemin est encore long pour que les autorités comprennent qu’ils ont besoin d’un peu de considération. Ce cri de détresse a été attendu par le Premier ministre. Et le 5 juillet 2008, une semaine après la clôture du marché des arts plastiques, il s’est rendu au musée national du Mali, en compagnie d’une forte délégation de ministres pour visiter l’exposition.

Et mieux, Modibo Sidibé a profité de cette visite pour demander aux différents ministres d’acheter des tableaux. Aujourd’hui, c’est cette instruction du Premier ministre qui n’arrive pas à être exécutée par certains ministres, malgré la modicité des montants qui varient de 375 000 F Cfa à 1 375 000 F Cfa par département.


Assane Koné

05 Novembre 2008